Vaccins : l'Argentine dans la course à la production

Vaccins : l'Argentine dans la course à la production

Pour faire face aux difficultés d'approvisionnement, l'Argentine mise sur la production locale de vaccins. La levée des brevets sera au menu des discussions entre le président argentin et Emmanuel Macron, ce mercredi.

C'est un président argentin en proie à une grave crise sanitaire qui sera reçu ce mercredi à l'Elysée par Emmanuel Macron. Alberto Fernández fait face à une nouvelle vague de Covid-19. Outre la négociation de la dette nationale avec le Club de Paris et le FMI, il profitera donc de sa tournée européenne pour évoquer l'épineux problème de l'accès aux vaccins contre le Covid-19.

Avec un peu plus de 20.000 cas et 400 décès par jour en moyenne sur la dernière semaine et une situation économique qui exclut un nouveau confinement généralisé, le gouvernement dispose d'une faible marge de manoeuvre.

3 % de la population vaccinée
Le système de santé a presque atteint son point de saturation fin avril, une situation que l'Argentine avait jusque-là évitée. « J'étais un fervent défenseur de mesures très strictes. Mais je suis conscient que malgré les difficultés, les conséquences économiques et sanitaires seraient bien pires », se résigne Alan, urgentiste dans un hôpital privé de la capitale.

Pour l'heure, à peine 17 % de la population a reçu une première dose et un petit 3 % a complété sa vaccination . Avec le vaccin russe en tête, suivi par le chinois Sinopharm et, loin derrière, le vaccin d'Oxford-AstraZeneca via le système Covax mis en place par l'Organisation mondiale de la santé (OMS).

Retards de livraison
Mais l'approvisionnement est chaque fois plus difficile . L'Inde a envoyé une livraison du vaccin AstraZeneca produit localement (Covishield) en février, avant de sombrer dans une crise sanitaire alarmante. Le vaccin chinois Sinopharm pourrait arriver au compte-gouttes dans les prochaines semaines, les autorités privilégiant l'immunité de leur population en vue des festivités du centenaire du parti communiste en juillet. Et l'Argentine attend toujours le premier arrivage, prévu initialement en mars, des 22 millions de doses d'AstraZeneca pour lesquelles elle a pourtant déjà déboursé 60 % du montant.

Alors que l'hiver austral pointe son nez, l'Argentine a donc décidé de passer à la vitesse supérieure. Reconnu en Amérique latine pour ses ressources humaines et technologiques, le pays se présente comme l'un des rares candidats de la région à même de fabriquer des vaccins.

Double stratégie
Le pays produit déjà le principe actif du vaccin AstraZeneca. Ce dernier devait ensuite être conditionné au Mexique pour être redistribué dans toute la sous-région, à l'exception du Brésil. Mais les restrictions aux exportations de matériel médical mises en place par les Etats-Unis ont empêché le laboratoire mexicain de finaliser le processus et les premières doses en partie fabriquée en Argentine n'arriveront qu'à la fin du mois, au mieux.

L'Argentine mise donc sur deux stratégies. D'abord, la demande de levée des brevets sur les vaccins, portée depuis le début de la pandémie par le gouvernement d'Alberto Fernández. Mais « la libération des brevets en Argentine n'aura aucun effet immédiat. Ce qui est important à court terme, c'est la divulgation du savoir-faire technologique », explique Ariel Juan Ibañez, avocat et président de la Chambre des agents de la propriété industrielle d'Argentine.

En attendant, le pays joue donc de ses bonnes relations pour se positionner sur l'échiquier de la bataille diplomatique que se livrent la Chine, les Etats-Unis et la Russie et obtenir des accords de production avec les différents fabricants. Depuis un peu plus d'un mois, la ministre de la Santé, Carla Vizzotti, négocie tous azimuts, misant sur la concurrence entre les grandes puissances mondiales. En quelques jours, elle a fait pression pour que Washington assure l'approvisionnement des intrants nécessaires à la production du vaccin au Mexique, avancé sur une première phase de production du vaccin russe dans un laboratoire argentin et obtenu un accord de principe avec le chinois Sinopharm. L'Argentine est lancée dans une véritable course contre la montre alors que les premiers cas des variants indien et sud-africain ont été détectés lundi.

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