Une viande bovine américaine de « haute qualité » toute relative dans nos assiettes

Une viande bovine américaine de « haute qualité » toute relative dans nos assiettes

Les éleveurs européens s’inquiètent d’un possible doublement des volumes de bœuf importé des Etats-Unis sans droits de douane.

Quelque 35 000 tonnes. C’est la quantité de viande bovine américaine que Bruxelles envisage d’importer sans droits de douane, chaque année. Soit un doublement des volumes actuels. Les députés européens devront trancher la question de ce quota supplémentaire de bœuf « made in USA », jeudi 28 novembre. Les éleveurs français, eux, s’étranglent, en imaginant cette « offrande » faite à Donald Trump.

Le couteau entre les dents, ils dénoncent le côté léonin de cet accord commercial négocié discrètement de part et d’autre de l’Atlantique. Sur le papier administratif, la viande importée est dite de « haute qualité ». « En fait, ces viandes américaines sont issues de bovins qui ont pu être nourris aux farines de sang de ruminants, aux farines de porc et aux litières de volaille », explique Bruno Dufayet, président de la Fédération nationale bovine. Des pratiques strictement interdites en Europe, mais largement répandues aux Etats-Unis.

    « En fait, ces viandes américaines sont issues de bovins qui ont pu être nourris aux farines de sang de ruminants, aux farines de porc et aux litières de volaille »

Seule interdiction formelle – à condition de pouvoir la contrôler –, elle ne doit pas contenir d’hormones. En effet, les tractations se sont déroulées dans le cadre de la révision d’un accord dit « Panel Hormones ». Pour comprendre l’histoire, il faut remonter à 1984. L’Europe décide d’abolir l’usage des hormones dans ses élevages et l’importation de viande en contenant. Immédiatement, les pays exportateurs, dont les Etats-Unis, le Canada et l’Australie, attaquent cette décision auprès de l’Organisation mondiale du commerce.

« Un non-sens absolu »

Une épreuve de force qui se conclut, en 2009, avec l’octroi, par l’Europe, d’un contingent de 45 000 tonnes de viande de bœuf à droits de douane nuls, chaque année. Il est ouvert à tous les exportateurs, avec comme règle du jeu : premier arrivé, premier servi. Les Etats-Unis s’en octroient environ, bon an mal an, 17 000 tonnes. Cette fois, dans la nouvelle négociation, les Américains ont obtenu de s’arroger la part du lion. Soit 35 000 tonnes.

« Alors que Trump taxe nos vins, nos fromages et fait énormément de tort à notre économie, les dirigeants européens augmentent les quotas d’importation de bœuf américain, c’est un non-sens absolu », dénonce Eric Andrieu, député européen PS chargé de l’agriculture. Selon lui, l’Europe, qui s’était engagée à ne conclure aucune négociation commerciale avec les Etats-Unis portant sur le volet agricole, ne tient pas sa parole. Et de s’interroger : quid des pays d’Amérique du Sud et de l’Australie réduits à la portion congrue ? Ils auront des arguments à mettre dans la balance pour obtenir une ouverture plus large du marché européen. Chacun a en tête la négociation en cours du traité de libre-échange entre l’Europe et les pays du Mercosur (Brésil, Argentine, Uruguay, Paraguay). L’effet domino menace l’équilibre fragile des éleveurs bovins européens.

 

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