Une Europe plus verte, plus numérique et plus « géopolitique » : Ursula von der Leyen veut relancer ses grands projets

Une Europe plus verte, plus numérique et plus « géopolitique » : Ursula von der Leyen veut relancer ses grands projets

15:18 - La présidente de la Commission a profité de son discours sur « l’état de l’Union » pour revenir à ses priorités.

Jean-Pierre Stroobants et Virginie Malingre

Il y a un peu moins d’un an, en novembre 2019, Ursula von der Leyen s’était exprimée devant le Parlement européen, dont elle attendait le vote pour pouvoir prendre la présidence de la Commission. Elle avait alors présenté son programme pour une Europe plus verte, plus numérique et plus « géopolitique ». Mais l’irruption de la pandémie de Covid-19, qui a plongé le Vieux Continent en récession, a mis un coup d’arrêt à ces chantiers. Mercredi 16 septembre, Mme von der Leyen a voulu reprendre le fil de son mandat lors de son discours sur « l’état de l’Union » dans cette même enceinte, et relancer ses grands projets, en les inscrivant dans ce monde post-Covid qu’elle peine à dessiner.

L’exercice était attendu, d’autant que la présidente de la Commission avait elle-même, ces derniers jours, entretenu la curiosité. Pas un Tweet sans le hashtag #SOTEU (pour « State Of The European Union ») ; même les masques de ses collaborateurs se sont retrouvés marqués de cet acronyme mystérieux pour ceux qui ne suivent pas avec attention les affaires communautaires.

Un « Magnitsky Act européen »

Pendant une heure et vingt minutes, Ursula von der Leyen a égrainé ses priorités. Au premier rang desquelles, la santé, un domaine dans lequel l’Europe aimerait avoir plus de pouvoir. Le « pacte vert », qui doit permettre au Vieux Continent d’atteindre la neutralité carbone en 2050, a également occupé une place de première importance dans son discours. Pour cela, a-t-elle précisé, les émissions de gaz à effet de serre devront diminuer d’« au moins 55 % » d’ici à 2030 (par rapport à 1990), et non pas de 40 % comme prévu jusque-là.

La présidente a également insisté sur la nécessité pour l’Union européenne (UE) d’accélérer sa transition technologique. Sans quoi « d’autres agiront avant nous et fixeront les normes », a-t-elle plaidé, en insistant sur les données industrielles, l’intelligence artificielle ou la 5G. Elle a notamment promis de mettre en place, pour chaque citoyen de l’UE, une « identité numérique européenne » qui « pourra être utilisée partout en Europe pour tout faire, louer un vélo ou payer ses impôts ». Et s’est engagée à ce que 20 % des 750 milliards d’euros du plan de relance servent à financer la digitalisation de l’économie.

Enfin, l’ancienne ministre d’Angela Merkel s’est attardée sur le rôle de l’Europe sur la scène mondiale. A propos des relations « des plus importantes, mais des plus difficiles » avec la Chine, elle a notamment évoqué la question de la défense des droits de l’homme. Et glissé qu’il serait temps que les Européens passent au vote qualifié (et non pas à l’unanimité) quand il s’agit d’appliquer des sanctions contre un pays qui viole ces droits. La présidente a même annoncé un « Magnitsky Act européen », calqué sur le « Magnitsky Act » américain, qui permettrait d’imposer des mesures restrictives à toute personnalité russe accusée de violer les droits de l’homme.

« Ursula von der Leyen a donné un calendrier sur quelques-uns de ses grands engagements. C’est une bonne chose, commente Stéphane Séjourné. Depuis un an, nous n’avons vu aucun texte législatif nouveau arriver au Parlement européen. Aucun parlement national n’accepterait cela », poursuit l’eurodéputé français, proche d’Emmanuel Macron. Alors que la France doit prendre la présidence du Conseil, au premier semestre 2022, en pleine campagne pour l’élection présidentielle, l’Elysée aimerait bien, à ce moment-là, être en mesure de faire aboutir des dossiers importants à ses yeux. Ce qui nécessite qu’ils soient lancés sans tarder… « Où sont toutes les initiatives de la Commission ? On a eu des papiers verts, des papiers blancs mais rien n’a vraiment avancé », abonde l’Allemand Manfred Weber, le président du groupe des conservateurs du PPE au Parlement européen.

Pas de discussion avec le Parlement

De fait, la Commission avait, entre décembre 2019 et mars 2020, présenté ses projets pour le pacte vert ainsi que les stratégies industrielle et numérique de l’Union, mais, depuis l’irruption du Covid-19, elle a consacré toute son énergie à gérer cette crise sans précédent. « Il y a eu une cinquantaine de textes pour faire face à la crise, que ce soit pour alléger le régime des aides d’Etats, soutenir les vaccins, ou suspendre les contraintes budgétaires des Etats », nuance un diplomate. « Il y a quelques mois, certains voulaient profiter de la pandémie pour bloquer l’agenda d’Ursula von der Leyen, par exemple sur la transition écologique », rappelle un haut fonctionnaire, qui se réjouit que cet écueil ait été évité.

En revanche, alors que pour faire vivre son plan de relance, Mme von der Leyen a besoin de l’accord du Parlement européen, elle n’a pas abordé le sujet avec les eurodéputés. Sur aucun des sujets qu’ils veulent voir amendés – un mécanisme plus dur de versement des aides conditionné par le respect de l’Etat de droit, des engagements sur la mise en place de ressources propres afin de rembourser les emprunts de la Commission, ou le renforcement de certains programmes – elle n’a pas ouvert de portes. « On aurait pu penser qu’elle le ferait », regrette un diplomate.

www.prensa.cancilleria.gob.ar es un sitio web oficial del Gobierno Argentino