Trump réussit à faire élire son candidat à la tête de la Banque interaméricaine de développement

Trump réussit à faire élire son candidat à la tête de la Banque interaméricaine de développement

Mauricio Claver-Carone, un avocat de 44 ans d’origine cubaine connu pour être l’architecte de la politique dure de Washington envers le Venezuela et Cuba, a été élu samedi avec 66,8 % des voix.

Donald Trump a gagné la partie. Malgré l’âpre bataille menée par l’Argentine pour éviter ce que d’aucuns perçoivent comme une nouvelle atteinte au multilatéralisme, le président des Etats-Unis a finalement remporté son pari de faire élire son candidat à la tête de la Banque interaméricaine de développement, la principale source de financement des pays latino-américains.

Cette élection met ainsi fin à une tradition, non écrite mais toujours respectée jusque-là, que l’institution soit présidée par une personnalité latino-américaine, bien que les Etats-Unis en soient le premier bailleur de fonds aux côtés des 47 autres Etats membres (dont 28 de la région).

Mauricio Claver-Carone, un avocat de 44 ans d’origine cubaine connu pour être l’architecte de la politique dure de Washington envers le Venezuela et Cuba, a été élu samedi 12 septembre avec 66,8 % des voix. Pour être élu, il devait obtenir plus de 50 % des voix, et être choisi par au moins 15 des 28 pays membres de la région. Il a finalement obtenu le vote de 30 pays, dont 23 d’Amérique latine selon une source interne de la BID.

Une fronde menée par l’Argentine

Cependant, seize pays, dont la France – a fait savoir une source gouvernementale au Monde –, se sont abstenus de voter, montrant le rejet que cette candidature avait inspiré dans la région et dans le monde. Une véritable fronde avait été menée par l’Argentine – qui présentait son propre candidat – depuis que Washington avait annoncé, en juin, que M. Claver-Carone participerait à la course. Buenos Aires, suivi par le Chili, le Costa Rica, le Mexique et par le chef de la diplomatie de l’Union européenne, Josep Borrell, considéraient que le vote devait être repoussé, l’épidémie due au coronavirus ne permettant pas un débat en présentiel à la hauteur des enjeux.

Les craintes étant aussi, et surtout, qu’un président de la BID aligné sur Washington ne sape l’une des institutions capables d’amortir le coût de la pandémie de Covid-19 et n’oriente différemment les aides qu’elle accorde.

Pendant des années, la BID a en effet été une véritable bouée de sauvetage pour des pays ravagés par la pauvreté et sans accès aux crédits internationaux, leur permettant de financer des programmes d’infrastructures routières, des ponts, des ports ou des installations électriques, de se remettre de catastrophes – comme le tremblement de terre à Haïti –, et concédant aussi des aides à des groupes marginalisés.

Coup de force de Donald Trump

Changement climatique, développement durable, lutte contre l’exclusion des populations indigènes et afro-descendantes, égalité de genre… « Ces défis sont au centre des préoccupations des Latino-américains et des Caribéens, mais ce sont des problèmes que le gouvernement de Trump n’a pratiquement jamais mentionnés, tant au niveau national qu’international », dénonçait le 10 août Christopher Sabatini, du think tank Chatham House de Londres, dans une tribune publiée dans le Washington Post, appelant les pays membres de la BID à « ne pas permettre que le gouvernement de Trump force l’élection en septembre juste parce qu’il veut laisser sa trace partisane sur la banque ».

L’imposition par Donald Trump de son candidat a en effet été vue comme un coup de force pour renforcer la mainmise des Etats-Unis sur les institutions régionales et une façon de contrebalancer l’influence croissante de la Chine dans la région.

Mauricio Claver-Carone, qui prendra ses fonctions le 1er octobre pour cinq ans, a plusieurs fois dit sa préoccupation face à l’influence croissante de Pékin dans la région à travers des projets d’aides financières : « La meilleure chose à faire, c’est de travailler avec tous nos amis alliés et tous les actionnaires de la BID pour la convertir en une véritable puissance financière, avait-il dit à El Pais le 2 septembre. Il vaut mieux que ce soient les Etats-Unis et la région qui le fassent, plutôt que de chercher des financements d’autres pays par désespoir. »

Une vision de la BID que ne partage pas Felipe Sola, le ministre argentin des affaires étrangères : « Lutter contre l’influence de la Chine en Amérique latine, ce n’est pas la fonction de la BID », clame-t-il, se réjouissant au contraire que « la Chine a annoncé 1 milliard de dollars de prêts presque sans taux d’intérêt pour l’Amérique latine et le Covid ».

Mercredi 9 septembre, l’ex-président français François Hollande, l’ex-premier ministre espagnol Felipe Gonzalez et l’ex-président du Conseil italien Massimo D’Alema avaient signé une tribune dans Libération demandant aux Etats membres de l’UE de « s’inscrire dans la démarche » de « faire en sorte de reporter » le vote afin de « préserver les équilibres assurés depuis des décennies autour des grands principes du multilatéralisme ». En vain, donc.

Tout au long de ces deux derniers mois, la stratégie de Buenos Aires avait été d’appeler à ne pas participer au vote, afin de ne pas atteindre le quorum de 75 % nécessaire à sa validation, ce qui aurait repoussé la nouvelle élection à mars 2021, soit après l’élection présidentielle du 3 novembre aux Etats-Unis et, espérait-on, la défaite de Donald Trump face à son rival démocrate, Joe Biden. Or, l’Argentine, le Chili, le Costa Rica et le Mexique réunissaient 22 % des voix : il manquait donc 3 points pour atteindre 25 % et bloquer le vote, que Buenos Aires espérait obtenir des pays européens (qui totalisent 9,3 %).

Mauricio Claver-Carone, lui, réunissait, entre autres pays gouvernés par la droite, les voix du Brésil de Jair Bolsonaro, de la Colombie d’Ivan Duque et du… Venezuela, le leader de l’opposition et président autoproclamé du pays, Juan Guaido, étant reconnu comme son représentant officiel par la plupart des pays membres de la BID.

Au dernier moment, deux jours avant l’élection, le Mexique (7,3 % de voix), sous la pression des Etats-Unis, a opéré un retournement et décidé de participer finalement au vote, mettant à bas la stratégie de ne pas obtenir de quorum. D’autant plus que les pays de l’Union européenne n’avaient visiblement pas réussi à se mettre d’accord sur un report.

Face au revirement mexicain, l’Argentine a finalement décidé de ne pas présenter son candidat, Gustavo Beliz. L’élection de Mauricio Claver-Carone, resté seul et unique postulant, n’était, de fait, plus qu’une formalité.

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