Rencontre avec Trump -Amlo soumis, les Mexicains saoulés

Rencontre avec Trump -Amlo soumis, les Mexicains saoulés

Pour son premier déplacement à l’étranger en dix-huit mois de mandat, le président Obrador se rend ce mercredi aux Etats-Unis pour célébrer l’accord de libre-échange avec son voisin et le Canada. Beaucoup y voient un aveu de faiblesse du socialiste, dont le pays est sans cesse insulté par Washington.

Le président mexicain, Andrés Manuel López Obrador, affichait un enthousiasme sans réserve à la veille de sa première rencontre avec Donald Trump ce mercredi, pour célébrer l’entrée en vigueur de l’AEUMC, l’Accord Etats-Unis - Mexique - Canada. «Nous parlerons sans doute de base-ball !» Lors de son inébranlable conférence de presse matinale, le président mexicain annonçait les thèmes qu’il compte aborder avec son homologue américain lors de leur rencontre. Entendez : on n’abordera pas les sujets qui fâchent.

Face à la bonhomie du chef d’Etat mexicain, le tonnerre gronde sur les réseaux sociaux. «Il va nous faire honte. Il ne parle même pas anglais !» D’autres se contentent de publier une caricature de lui cirant les mocassins de Trump avec le drapeau mexicain… Ou de reposter les images traumatisantes des enfants séparés de leurs parents dans les centres de rétention pour migrants.

«Amlo», comme on l’appelle ici, fera court et discret : il ne rencontrera pas de migrants mexicains vivant aux Etats-Unis. Ils sont pourtant plus de 35 millions et comptent parmi les plus vulnérables en ce qui concerne la saignée d’emplois due au Covid-19. Il ne peut ignorer que son tout premier déplacement à l’étranger en dix-huit mois de mandat a une forte portée symbolique. Mais dans ce cas, «la realpolitik prend le pas sur les affinités idéologiques», analyse Victor Aramburu, politologue et professeur de sciences politiques au TEC de Monterrey. «Amlo rompt une vieille tradition présidentielle, qui consiste à ce que la première visite à l’étranger d’un chef d’Etat mexicain se fasse dans un autre pays latino-américain.» On aurait pu s’attendre à ce que la première sortie de ce président casanier se fasse en Argentine, par exemple, pour rencontrer un autre président socialiste, Alberto Fernández…

Angles arrondis

Mystérieuse raison diplomatique, ou soumission vexante ? Le Mexique et les Etats-Unis sont deux économies parmi les plus intégrées au monde ; Amlo est le premier président mexicain à s’identifier au socialisme, concept-épouvantail pour Trump. C’est sur ce terrain miné que les deux mandataires cohabitent depuis l’arrivée au pouvoir du héros de la base populaire mexicaine, en décembre 2018. Pourtant, Amlo a réussi pendant tout ce temps à passer entre les balles des tweets assassins lancés par son impétueux homologue à tous ceux qui le contrarient. C’est, en partie, grâce à des angles méthodiquement arrondis par ses soins. Trump voulait que le Mexique paie le mur frontalier qui viserait à combattre la migration des sans-papiers. Il n’y a pas eu de factures de ciment, ni de métal, mais un déploiement autrement plus coûteux de 15 000 membres de la Garde nationale mexicaine à la frontière Nord. Ils font désormais office de gardes de sécurité - non pas pour protéger le territoire national comme l’exigeraient leurs fonctions mais pour protéger celui du voisin du Nord. Avec des résultats jugés «satisfaisants» par Washington.

López Obrador va-t-il, par sa visite tout sourire, servir les intérêts électoraux de Donald Trump ? Bien sûr, cela ne fera pas de mal à la cote de popularité du républicain auprès des Hispanos à l’approche de la présidentielle. Mais «d’ici à novembre, cette visite sera oubliée depuis longtemps, nuance Aramburu. De plus, a-t-il vraiment le choix ? Quand 80 % de l’économie mexicaine dépend du commerce avec les Etats-Unis ?» En 2017, les échanges annuels entre les trois pays de l’accord représentaient la somme titanesque de 1 100 milliards de dollars…

De fait, l’entente entre les deux voisins est cruciale : «Ils auront sans doute beaucoup à se dire sur la manière dont ils peuvent remettre en branle au plus vite les chaînes de production», afin de soigner les plaies de la catastrophe économique du Covid-19 - une crise à laquelle les Etats-Unis et le Mexique continuent de payer des tributs parmi les plus lourds, avec des millions d’emplois perdus et respectivement 130 000 et 30 000 morts.

Bourde inexcusable

Malgré tout, pour un homme politique qui a fait de sa carrière un combat contre le néolibéralisme, s’offrir une première sortie de territoire pour célébrer un traité de libre-échange peut sembler une bourde inexcusable. Mais ce nouvel accord est considéré par de nombreux analystes comme progressiste pour le Mexique, comparé au traité antérieur, l’Alena : hausse du salaire minimum, renforcement de la démocratie syndicale… Des mesures qui devraient avoir un impact direct sur les 20 % des Mexicains les plus pauvres. C’est en tout cas ce qu’avancent les soutiens du Président. Reste à voir si ce sera assez pour faire passer l’image d’Amlo tapant sur l’épaule de celui qui a tant de fois taxé les Mexicains de «bad guys». Laurence Cuvillier Correspondance à Mexico

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