Raphaël Glucksman, Nicolas Hulot et Paul Magnette : « Il faut abandonner l’accord commercial entre l’Union européenne et le Mercosur »

Raphaël Glucksman, Nicolas Hulot et Paul Magnette : « Il faut abandonner l’accord commercial entre l’Union européenne et le Mercosur »

Le député européen, l’ancien ministre de l’écologie et le président du PS belge, interpellent, dans une tribune au « Monde », Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission européenne, à propos du traité de libre-échange avec l’Amérique du Sud, qui accélère notamment la déforestation de l’Amazonie.

Tribune. Le jeudi 29 avril, une équipe internationale a publié une étude alarmante dans la revue scientifique Nature Climate Change. Elle nous apprend que l’Amazonie brésilienne a rejeté plus de carbone qu’elle n’en a absorbé ces dix dernières années.

Selon les scientifiques, cela constitue un « basculement majeur et inédit » dans l’histoire du monde. A cause de l’activité humaine, l’Amazonie – qui fournit plus de 20 % de l’oxygène de notre planète – est littéralement en train de mourir. Et nous avec.

Il est urgent d’agir. Avant qu’il ne soit trop tard. Comment ? En commençant par abandonner purement et simplement l’accord commercial entre l’Union européenne (UE) et le Mercosur [Brésil, Argentine, Urugay, Paraguay], qui, malgré de vives oppositions citoyennes et politiques, est toujours sur la table.

D’abord, car on ne signe pas un accord avec un pays dont un dirigeant bafoue les droits humains et s’assoit sur ses engagements environnementaux. Ensuite, car le contenu même de cet accord est une catastrophe climatique : il va accélérer la déforestation de l’Amazonie, détruire la biodiversité et faire exploser les émissions de gaz à effet de serre.

Un « protocole additionnel »
Une étude d’experts, présidée par l’économiste Stefan Ambec et mise en place par le gouvernement français, a conclu que l’accord entre l’Union européenne et le Mercosur accélérerait la déforestation d’au moins 25 % par an au cours des six prochaines années du seul fait de la hausse de la production de viande bovine que va engendrer cet accord. Cela représente la disparition de 36 000 km2 de forêt chaque année.

Dans le même temps, cet accord menace aussi la survie des populations autochtones, des paysans et des petites exploitations, tant en Europe qu’en Amérique du Sud.

Au lieu de l’abandonner, on apprend que vous redoublez d’efforts pour sauver cet accord. Dans le même temps, la Commission européenne vient d’être épinglée par la médiatrice de l’UE pour mauvaise administration en concluant cet accord de commerce sans avoir correctement réalisé l’étude d’impact sur le développement durable.

On apprend, enfin, qu’un « protocole additionnel » au traité ainsi que la « scission » du traité pour faciliter l’approbation du volet commercial seraient à l’étude afin de contourner la mixité de cet accord et l’opposition de certains Etats membres. Cela est proprement inacceptable.

Pour lutter contre le réchauffement climatique et asseoir l’autonomie stratégique de l’Europe, il faut réviser la politique de libre-échange généralisée de ces dernières décennies. De toute urgence. Nous ne sommes en aucun cas opposés au commerce, ni même à la négociation d’accord de commerce par principe, mais nous pensons qu’aujourd’hui que nous devons mettre la politique commerciale européenne au service de la transition écologique et de plus de justice sociale.

Respect de nos standards
Pour passer du libre-échange au « juste échange », l’Union européenne doit, par exemple, adopter rapidement un règlement européen imposant des mesures miroirs aux produits importés. En d’autres termes, l’UE doit imposer le respect de nos standards de production à tous les aliments qui entrent sur le marché commun.

Il est par exemple inacceptable que des éleveurs européens soient mis en concurrence sur le marché européen avec de la viande brésilienne qui a été produite selon des pratiques interdites dans l’UE (possibilité d’utiliser des farines animales, absence de règle sur le bien-être animal, aucune règle de traçabilité et possibilité d’utilisation d’antibiotiques comme activateurs de croissance…).

Passer du libre-échange au « juste échange », c’est aussi inclure des chapitres développement durable contraignants dans les accords de commerce. C’est aussi faire des engagements des réductions de gaz à effet de serre pris dans le cadre de l’accord de Paris une condition sine qua non pour baisser des droits de douane.

En attendant, vous devez de la transparence aux citoyens européens et à leurs représentants. Nous vous saurons gré, Madame la présidente, de clarifier le calendrier et la position de votre Commission sur cet accord qui engage notre destin à tous.

Les signataires : Raphaël Glucksmann, député européen (Place publique) ; Nicolas Hulot, ancien ministre de l’écologie et président d’honneur de la Fondation Nicolas-Hulot pour la nature et l’homme ; Paul Magnette, président du PS belge et bourgmestre de Charleroi

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