Le Mercosur face à la menace protectionniste

Le Mercosur face à la menace protectionniste

À quelques jours de l'investiture du nouveau président argentin, le Brésil assure que le Mercosur « ne retournera pas dans la caverne » du protectionnisme.

Le président du Brésil, Jair Bolsonaro, lors du cinquante-cinquième sommet du Mercosur à Bento Goncalves, au sud du Brésil, le 5 décembre 2019.

C'est sans doute dans un esprit de conciliation que le Brésil a choisi la bourgade viticole de Bento Gonçalves, non loin de la frontière avec l'Argentine, le Paraguay et de l'Uruguay, pour organiser le sommet du Mercosur réunissant les quatre pays. Hôte de la réunion,  Jair Bolsonaro a promis une bonne dose de , en dépit des différences idéologiques qui le séparent du président élu argentin, Alberto Fernandez. Le péroniste de gauche ne prendra ses fonctions que mardi prochain. « Si nous nous affrontons, nous sommes perdants. Mais l'Argentine a bien plus à perdre », a prévenu le président brésilien, alors que le pays voisin est toujours plongé dans une profonde crise économique.

Calendrier pas innocent

Le Brésil, qui assure la présidence tournante du Mercosur jusqu'à la fin de l'année, n'aurait-il pas pu organiser ce sommet un peu plus tard afin de prendre le pouls de la nouvelle administration argentine ? « Bolsonaro a justement organisé cette réunion de sorte qu'il ne rencontre pas Fernandez, ce qui est un très mauvais présage », croit savoir Oliver Stuenkel, professeur de relations internationales à la Fondation Getulio Vargas.

La tension entre les deux pays est patente : « Nous avons effacé le Mercosur protectionniste de notre mémoire. Nous sommes sortis de la caverne pour trouver une place au soleil. Nous ne retournerons pas dans la caverne », a assuré le chef de la diplomatie brésilienne Ernesto Araújo, dans une référence à peine voilée aux tentations de repli sur soi attribuées aux péronistes argentins.

Le Mercosur n'a en outre toujours pas réussi à s'accorder sur la baisse des droits de douane, alors que le Brésil souhaitait une réduction unilatérale de 14 % à 6 % pour les biens industriels. « Le Brésil considère que l'ouverture commerciale est un outil pour le développement, et insiste à ce titre sur la nécessité de réduire les droits de douane », a insisté Jair Bolsnaro qui a également souhaité que la Bolivie devienne membre du Mercosur à part entière. 

De plus, le Brésil et l'Argentine, tous deux visés par la menace de Donald Trump de taxer les importations d'acier et d'aluminium, n'affichent toujours pas de position commune face aux Etats-Unis.

L'accord UE-Mercosur dans la balance

Six mois après  l'accord de libre-échange négocié avec l'Union européenne , le Mercosur est plongé dans l'incertitude. En fin de mandat, Mauricio Macri est arrivé à Bento Gonçalves les mains vides, et le futur président argentin a adopté une position critique envers cet accord. Toutefois, relève Alberto Pfeifer, professeur de relations internationales à l'Université de São Paulo, l'Argentine ne devrait pas tourner le dos à l'accord. « Ils vont tenter de s'adapter, et l'Argentine pourrait même bénéficier d'un calendrier allégé de réductions tarifaires différent de celui du Brésil », dit-il.