Présidence de la BID l'Argentine organise la fronde face à Trump

Présidence de la BID l'Argentine organise la fronde face à Trump

Buenos Aires, farouchement opposé au candidat poussé par la Maison-Blanche présente son propre candidat, Gustavo Béliz, pour présider la Banque interaméricaine de développement (BID). Et compte sur le soutien du Mexique.

Buenos Aires s'est fait le porte-voix de la contestation. Et au sujet du candidat américain à la présidence de la Banque interaméricaine, habituellement dévolue à un représentant latino-américain, le ministre des Affaires étrangères argentin Felipe Solá ne mâche pas ses mots : Mauricio Claver-Carone « exprime l'aile la plus dure de « l'idéologisation » de la politique américaine dans son regard sur l'Amérique », a-t-il déclaré. Arguant de la nécessité d'un vote présentiel, le ministre a réclamé le report des élections au mois de mars et confirmé que le candidat national, Gustavo Béliz, était toujours dans la course.

Le pays compte sur le soutien officiel du Mexique et de son président Andrés Manuel López Obrador (centre-gauche) ami naturel de l'actuel gouvernement péroniste. « Dans tous les cas, le Mexique n'allait pas soutenir le candidat des Etats-Unis. Mais en termes de votes, l'Argentine n'a pas le soutien d'un pays important, le Brésil, avec qui les relations sont très froides », souligne Ignacio Labaqui, politologue à l'Université catholique argentine (UCA).

Un fin connaisseur « de l'intérieur »

Gustavo Béliz, 58 ans, avocat de formation, occupe actuellement le poste de secrétaire aux affaires stratégiques, un office de super-conseiller créé par le président Alberto Fernández (centre-gauche) lors de son arrivée au pouvoir en décembre dernier. Rompu à la politique, il avait déjà été sollicité par des gouvernements péronistes : brièvement sous la présidence de Carlos Menem (1989-1999), comme ministre de l'Intérieur puis sous celle de Néstor Kirchner (2003-2007), comme ministre de la Justice. « Dans les deux cas, il a quitté son ministère avec fracas, dans le désaccord. Malgré cela, il s'agit d'une personne discrète. D'ailleurs, en dépit de son poste de secrétaire, on ne le voit pas dans les médias », remarque Ignacio Labaqui. Les coulisses du bras de fer entre Trump et la Banque interaméricaine de développement

Alors que les membres de l'administration actuelle investissent massivement Twitter, Gustavo Béliz reste absent des réseaux sociaux. Argument central en faveur de sa candidature : il connaît la BID de l'intérieur. Pendant quinze ans, jusqu'à l'année dernière, il a occupé différentes fonctions au sein de l'institution, notamment celle de directeur de l'Institut pour l'intégration de l'Amérique latine et des Caraïbes, antenne de la BID basée à Buenos Aires.

Nécessité d'une vision latino-américaine

« Et pour la reconstruction de nos économies il est fondamental d'avoir une vision latino-américaine à la BID parce que nous sommes les plus durement frappés économiquement et ceux pour qui il va être le plus dur de s'en sortir », a avancé le ministre des Affaires étrangères argentin en évoquant les conséquences de la pandémie. La BID, un rôle précieux en Amérique latine et aux Caraïbes

« L'Argentine s'expose, elle fait le pari d'une victoire de Joe Biden aux élections présidentielles américaines mais il peut s'agir d'une imprudence ou d'un excès d'optimisme », analyse Ignacio Labaqui. « Conserver des bonnes relations avec les Etats-Unis est essentiel dans le cadre des négociations sur la dette avec le FMI ».

De fait, les déclarations argentines ont suscité une volée de bois vert chez le candidat américain. Mauricio Claver-Carone a accusé Buenos Aires d'attitude « subversive » et de « tentative d'obstruction », usant de la (très latino) métaphore footballistique : « au lieu de terminer le match, ils veulent voler le ballon et partir en courant du terrain ».

www.prensa.cancilleria.gob.ar es un sitio web oficial del Gobierno Argentino