Passe sanitaire et vaccination : face à la résurgence du Covid-19, Emmanuel Macron fait le pari de l’intransigeance

Passe sanitaire et vaccination : face à la résurgence du Covid-19, Emmanuel Macron fait le pari de l’intransigeance

A quelques mois de la présidentielle, le chef de l’Etat n’hésite pas à cliver : malgré la fronde estivale contre sa stratégie sanitaire, il reste largement soutenu par l’electorat qui pourrait lui être favorable en 2022.

De Tokyo 2020 à Paris 2024, la flamme olympique a changé de mains, dimanche 8 août. « Nous sommes prêts ! », a assuré Emmanuel Macron sur les réseaux sociaux en prévision de ce rendez-vous qui placera la capitale française au centre de l’attention mondiale. Mais cet horizon joyeux paraît encore lointain tant l’épidémie de Covid-19 bouche les perspectives. Les Français devront encore cohabiter avec le virus « tout au long de cette année 2021 et sans doute pour plusieurs mois de l’année 2022 », a reconnu le président de la République lors de sa dernière allocution, le 12 juillet. La gestion de cette crise devrait déterminer en grande partie son éventuelle réélection. Dans ce calendrier, l’été 2021 représente un moment charnière. D’abord chef de guerre, puis président épidémiologiste, ou pédagogue, le locataire de l’Elysée prend aujourd’hui le pari de cliver à propos de la vaccination. « Le seul chemin vers le retour à la vie normale », estime-t-il.

L’extension du passe sanitaire, imposé depuis lundi dans les bars et restaurants, les TGV et les avions, en plus des cinémas, théâtres ou musées, participe de cette stratégie. Elle « devrait nous permettre de gagner peut-être 10 millions de Français vaccinés », a prédit le ministre de la santé, Olivier Véran, dimanche, dans Le Parisien. « Le passe et la progression de la vaccination devraient nous éviter d’autres couvre-feux et confinements », a ajouté M. Véran. Pour l’heure, un peu plus de 44 millions de personnes ont reçu au moins une dose de vaccin – l’exécutif vise le chiffre de 50 millions à la fin du mois d’août. Ce qui ne va pas sans heurts.

Pour son quatrième week-end de mobilisation consécutif, le mouvement contre le passe sanitaire a gagné en ampleur. 237 000 personnes ont défilé, samedi 7 août, sur l’ensemble du territoire, selon le ministère de l’intérieur. Ils n’étaient que 114 000, trois semaines plus tôt. Leur mot d’ordre : la « liberté » face à la « dictature sanitaire ». En contrepoint de cette fronde estivale – soutenue par 35 à 40 % des Français, selon différents instituts de sondages –, le gouvernement se veut le porte-voix des citoyens « raisonnables ». 76 % des sympathisants macronistes sont hostiles au mouvement, affirme une enquête Elabe, tout comme 61 % de ceux du Parti socialiste et 62 % du parti Les Républicains. Trois électorats clés pour le chef de l’Etat en vue de l’élection présidentielle de 2022.

« Quelques dizaines de milliers de citoyens en perte de sens »
Emmanuel Macron a multiplié les vidéos sur Instagram et TikTok, la semaine dernière, pour répondre aux « fausses informations » et inciter à se faire vacciner. Des messages adressés aux jeunes, en particulier, réputés plus hésitants. Dans Paris Match, jeudi, le chef de l’Etat a dénoncé avec force les manifestants, ces « quelques dizaines de milliers de citoyens en perte de sens telle qu’ils peuvent dire qu’on vit en dictature ». Des hommes et des femmes porteurs à ses yeux d’une « violence radicale ».

Si le mouvement se déroule sans débordements majeurs, dans certaines manifestations, les références récurrentes au nazisme ou à l’étoile jaune choquent. A Metz, samedi, une ancienne candidate du Front national (qui a rompu avec le parti) a brandi une pancarte ouvertement antisémite, suscitant l’indignation – une enquête a été ouverte par le parquet de Metz.

« Ce mouvement charrie ce qu’il y a de plus nauséabond dans la société. L’antisémitisme, le complotisme, la contestation de la science et de la démocratie », a dénoncé Pieyre-Alexandre Anglade, porte-parole du groupe La République en marche (LRM) à l’Assemblée nationale. « Le visage de la France qui se bat, c’est celui des millions de Français qui ont respecté les gestes barrière, ont fait attention à leurs proches, se sont vaccinés. Et dont on parle beaucoup moins, hélas, que du magma d’antivax, anti-sciences, anti-Etat, a regretté pour sa part Olivier Véran. Je veux bien entendre les peurs, tout faire pour rassurer. Mais à un moment, ça suffit. »

Mélange hétéroclite de « gilets jaunes » et de militants d’extrême gauche ou d’extrême droite, la mobilisation anti-passe compte aussi nombre de Français qui assurent se mobiliser dans la rue pour la première fois de leur vie. De quoi représenter un point de vigilance au sein du gouvernement, notamment en vue de la rentrée. « Ce n’est pas neutre d’avoir 200 000 personnes dans la rue à cette période, surtout quand on voit que c’est présenté positivement dans la presse quotidienne régionale, qui parle de manifestations familiales ou bon enfant, prévient un ministre. Il faut faire gaffe quand on les pointe du doigt. »

L’enjeu principal reste l’efficacité de la politique mise en place par l’exécutif. La mise en œuvre du passe sanitaire va ainsi faire l’objet d’une « semaine de rodage », a reconnu le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal, pendant laquelle l’indulgence sera de mise. Un assouplissement est d’ailleurs accordé, a annoncé Olivier Véran, puisque le passe sera valide – outre la vaccination – grâce à un dépistage négatif de moins de soixante-douze heures, et non plus quarante-huit heures. Les autotests « supervisés par un professionnel de santé » seront acceptés dans ce cadre, en plus des tests PCR et antigéniques.

« Je suis inquiet de la mise en œuvre, souffle une tête d’affiche du gouvernement. Les restaurants, ça va être autre chose que les cinémas. Puis, nous aurons les trains du retour des vacances, la rentrée scolaire… Et l’obligation de vaccination des soignants à partir du 15 septembre va être encore plus dure à exécuter. » Le moindre raté sera utilisé aussi bien par les opposants du gouvernement que les manifestants contre le passe.

Pendant ce temps-là, la Guadeloupe et la Martinique se trouvent confrontées à une « vague épidémique très intense », s’est inquiété Olivier Véran, tandis que des déprogrammations et des transferts de patients ont été demandés en métropole dans certains départements du sud, confrontés au variant Delta. Ces deux sujets devraient occuper le gros du conseil de défense sanitaire auquel Emmanuel Macron doit participer en visioconférence, mercredi 11 août, depuis le fort de Brégançon (Var). Le calendrier concernant l’injection d’une troisième dose de vaccin pour les personnes vulnérables pourrait être précisé à cette occasion. Une étape de plus dans le marathon de la lutte contre l’épidémie.

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