Michel Barnier: «Je veux être un président qui respecte les Français et fait respecter la France»

Michel Barnier: «Je veux être un président qui respecte les Français et fait respecter la France»

15:14 - L’ancien ministre confie au Figaro les raisons de sa «détermination» à porter les couleurs de la droite et du centre à la présidentielle. Et se pose déjà en rival d’Emmanuel Macron pour 2022.

- Pourquoi êtes-vous candidat à la primaire de la droite et du centre?

Michel BARNIER. - Je suis candidat pour être un président qui respecte les Français et qui fait respecter la France. Nous sommes dans des temps exigeants. Le monde qui nous entoure est dangereux, instable, fragile. Notre pays va mal. Il faut une alternance pour réconcilier, remettre ensemble et agir vraiment.

Quels ont été les moteurs de votre décision?

Être candidat à la présidence de son pays est une décision grave. Cela justifie le temps de la réflexion et de la préparation. Depuis la fin de ma mission sur le Brexit, j’ai beaucoup écouté, dialogué et travaillé pour construire une équipe et un projet. C’est aussi cela le respect vis-à-vis des citoyens. Aujourd’hui, je suis prêt et je suis heureux de le dire depuis la Savoie, terre de mes racines familiales et politiques.

Dans ma famille politique, les talents sont nombreux, bien au-delà d’ailleurs de ceux qui veulent participer à cette élection

Michel Barnier
Sur quels points votre candidature peut-elle se démarquer?

Dans ma famille politique, les talents sont nombreux, bien au-delà d’ailleurs de ceux qui veulent participer à cette élection. C’est une grande chance. Nous aurons besoin de tous. Personnellement, c’est mon expérience que je suis prêt à mettre au service de la France. Une expérience construite durant vingt ans en Savoie puis en tant que ministre, et enfin au niveau européen. L’expérience, c’est un peu le contraire de l’amateurisme évoqué par certains. Tout au long de ma vie politique, j’ai privilégié le faire plutôt que le dire, en allant au bout des projets sans perdre d’énergie dans des polémiques et de la communication. C’est cette capacité à agir vraiment que je veux mettre au service de la France.

Votre profil n’est-il pas trop européen et votre tempérament trop discret pour être le prochain président de la République?

Les Français ont envie et besoin d’un président qui fait ce qu’il dit et qui agit. Cet état d’esprit m’anime aujourd’hui et il m’animera aussi durant les cinq ans qui viennent. S’agissant de l’Europe, depuis mon premier engagement gaulliste, je pense qu’elle a toujours été une ambition française. Or, notre influence recule depuis une dizaine d’années, contrairement à celle de l’Allemagne. Il faut la reconstruire méthodiquement. Et puis, il faut changer beaucoup de choses à Bruxelles parce que les erreurs faites par les Européens et la Commission expliquent la distance qui s’est créée avec les citoyens, l’incompréhension et la colère parfois. Trop de dérégulation, trop de naïveté, trop de bureaucratie: je crois être bien placé pour savoir ce qu’il faut changer et pour y parvenir.

Je connais bien la Ve République et ses institutions dans lesquelles rien n’oblige à une gestion solitaire du pouvoir

Michel Barnier
Quelles sont vos différences avec Emmanuel Macron?

Ici, en montagne, on sait que dans une cordée, chacun est nécessaire. Je ne dirai jamais de quelqu’un qu’il n’est rien. Je me fais aussi une certaine idée de la fonction présidentielle. Elle exige à la fois de la force, une vision mais aussi de l’humilité. Enfin, je connais bien la Ve République et ses institutions dans lesquelles rien n’oblige à une gestion solitaire du pouvoir. Le président de la République doit entraîner, rassembler, relever la ligne d’horizon mais il ne peut pas tout faire seul. Il a besoin d’un Parlement vigilant et actif, des collectivités territoriales, de dialogue social… Pour réussir, il faut une gestion plus collective et plus partagée du pays. La France sera plus forte aussi si elle est plus décentralisée.

Face aux crises actuelles auxquelles la France est confrontée (Covid-19, chaos afghan), que feriez-vous concrètement si vous étiez en responsabilité?

Dans cette crise, qui a déjà provoqué beaucoup de victimes et de souffrances, il ne serait pas digne de faire de la polémique mais l’une des leçons que je retiens est que nous n’avons pas su jouer collectif. Dans l’urgence, les communes, les départements et les régions ont été beaucoup plus flexibles, mobiles et efficaces que l’État, qui a été beaucoup trop solitaire. S’agissant de l’Afghanistan qui est un tout autre sujet, le retrait américain était prévisible. Nous nous sommes nous-mêmes retirés il y a neuf ans. Aujourd’hui, la France a évidemment un devoir moral d’accorder l’asile à celles et ceux qui ont travaillé pour elle. Mais il faut dire aussi que l’on n’accueillera pas tout le monde. Et ce n’est pas d’abord à l´Europe, mais aux pays de la région, de proposer l’asile. Nous devons regarder lucidement ce que nous devons faire pour notre sécurité. Ce que nous ne faisons pas pour la France et l’Europe, personne ne viendra le faire à notre place. Au-delà du soutien apporté à nos armées, nous devons augmenter notre effort en matière de défense et de recherche. L’horizon devrait être de le porter à 3 % du PIB. Enfin, nous devons absolument accentuer la lutte contre le djihadisme partout, en étant conscient qu’elle ne passe pas seulement par l’action militaire et qu’il n’est pas présent seulement en Afghanistan. Il sévit aussi au Sahel, dans la corne de l’Afrique, du Mali au Mozambique… Nous devons nous protéger.

Les failles de notre politique migratoire seront au cœur de la présidentielle. En quoi le moratoire que vous proposez apporterait-il des solutions?

C’est peu dire que nos politiques française et européenne d’immigration ne fonctionnent pas. Et quand une politique ne fonctionne pas, il faut la changer. C’est l’esprit de ce moratoire, de ce coup d’arrêt qu’il faut donner très vite au laisser-faire et au laisser passer. Un gel de l’immigration permet de remettre à plat toutes les procédures: titres de séjour, regroupement familial, droit d’asile, expulsions, reconduites aux frontières… Cela exige aussi de recréer un consensus national et d’instaurer un dialogue avec nos partenaires européens, notamment pour nous assurer que les frontières extérieures de l’UE ne soient plus des passoires. Ce moratoire doit aussi permettre de contractualiser avec les pays d’origine pour qu’ils contribuent à maîtriser les flux migratoires en contrepartie de notre aide au développement. Il faut aussi que nous soyons réellement souverains sur les mesures à prendre. Cela passe par un référendum sur l’immigration complétant notre Constitution. Je le proposerai immédiatement en mai, à l’occasion du deuxième tour des élections législatives.

Avant même d’être fixée ou non par un congrès LR, la primaire de la droite suscite déjà les critiques. Elle serait une source de divisions et, en l’absence de Laurent Wauquiez, elle serait vaine… Que répondez-vous?

J’ai toujours été fidèle à ma famille politique que je n’ai jamais quittée. Je respecterai les règles qu’elle fixera pour désigner son candidat. S’il y a un vote ouvert, comme cela est souhaitable, notre responsabilité sera de conduire un débat respectueux et intelligent.

Que pensez-vous du choix de Xavier Bertrand de se tenir hors de cette primaire tout en tendant la main à ses concurrents?

Au bout de cette route, nous devrons tous assumer une responsabilité, sérieuse et grave, devant les Français: celle de l’unité pour répondre à leurs attentes. Notre famille politique est celle qui compte le plus de militants, d’élus et de personnalités capables de participer au gouvernement de la France. Notre projet politique correspond au centre de gravité des attentes. Personne ne nous pardonnerait des divisions. Quand on veut participer à une telle compétition et gagner le soutien d’une force politique, il faut en accepter les règles dès le départ. C’est simplement une question de loyauté et de confiance réciproques.

Avez-vous déjà reçu des soutiens d’élus? Quel sera leur poids dans cette compétition?

S’il y a un vote pour départager, tous les soutiens sont utiles. Chaque citoyen qui se reconnaît dans les valeurs et les objectifs de la droite et du centre pourra participer à ce départage. Évidemment, je ne me serais pas engagé dans cette campagne sans être encouragé, conseillé et soutenu par de nombreux élus, parlementaires européens et nationaux mais aussi entrepreneurs, agriculteurs, professionnels de la santé, chercheurs, sportifs… Vous le verrez, je peux compter sur une équipe solide, diverse et crédible.

L’idée de «tickets» pour bâtir une alternance circule. Qu’en pensez-vous?

Spontanément, ce n’est pas l’idée qui s’attache à l’élection du président de la République dans nos institutions. Mais ce qui est certain, c’est que le moment venu, je présenterai une équipe composée de femmes et d’hommes capables de diriger ensemble ce grand pays qui est le nôtre. Pour l’élection du mois d’avril, un travail plus large de rassemblement demandera du temps. Il faut garder ses nerfs et être calme. Au-delà des procédures, le plus important, ce sont les changements dont la France a besoin pour être la première puissance économique, agricole et écologique d’Europe. Ce sont aussi les grands chantiers que nous devrons engager de toutes nos forces avec une méthode radicalement différente.

Avez-vous eu l’occasion d’exposer votre «détermination» auprès de Nicolas Sarkozy lors de votre visite au cap Nègre cet été?

Oui, bien sûr, je l’ai vu à plusieurs reprises au cours des semaines passées. Parce que je suis à ses côtés depuis de nombreuses années, j’ai pour lui beaucoup d’amitié et de fidélité. Surtout, son conseil est important pour moi.

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