Mauricio Macri à Paris: «persona non grata»?

Mauricio Macri à Paris: «persona non grata»?

L’ex président argentin, est arrivé samedi à Paris de Buenos Aires confinée. Il doit passer 14 jours en France avant de pouvoir se rendre en Suisse. Installé dans le luxueux hôtel « La Réserve » près de l’Elysée, il a dû déménager dans l’appartement d’un ami, suite aux vifs commentaires parus dans la presse argentine.

Mauricio Macri a apparemment décidé de passer ses vacances sur la Côte d'Azur, le lieu d'hébergement est tenu secret pour éviter une réaction similaire à celle qui a déclenché son choix parisien. Le voyage de l’ex président a provoqué un tollé y compris dans les rangs de sa propre formation politique « Juntos por el cambio » (Ensemble pour le changement). Contesté depuis quelques mois, certains remettent en cause son leadership de l’opposition au gouvernement du président Alberto Fernandez.

C'est grâce à sa double nationalité italienne et argentine, que Macri a pu se rendre à Paris sans problème, ce que les autres Argentins ne peuvent toujours pas faire. Le chef de cabinet du ministère des Affaires étrangères, Guillermo Justo Chaves, a averti que le problème du voyage de l'ancien président Mauricio Macri en France "est une question d'éthique, de responsabilité, et non pas judiciaire"… Alors que l'on demande au peuple argentin la responsabilité de rester chez lui, l'impression que cela donne en voyageant est que « je peux me déplacer librement et le reste ne m'importe pas », a déclaré le chef du cabinet.

L’opportunité de partir « en vacances » n’est pas anodine. L’ex président accumule une série d’enquêtes judiciaires qui pourraient, in fine, l’amener à passer quelques années en prison. La dernière en date, son implication dans les écoutes illégales, lors de son mandat, de l’AFI (Agence de renseignement). Selon le journaliste Gustavo Veiga (Pagina12) « …la plus ancienne est enregistrée dans le volumineux dossier, en cours depuis 19 ans, de la dette de la poste argentine que le groupe familial dirigé par son père Franco, a exploité entre 1997 et 2003 et dont le contrat a été résilié par le gouvernement de Néstor Kirchner. Ses tribulations se poursuivent avec la plainte pour l’achat de parcs éoliens dont une transaction aussi rapide qu'une étoile filante lui a permis d'empocher des profits exorbitants: environ 15 millions de dollars, pour les acheter à l'espagnol Isolux et les revendre en un temps record à Genneia -du groupe Macro- et à la chinoise Goldwind ».

Dans la liste des affaires s’ajoute la participation de son groupe familial à Ausol, la plus importante société de péage. De ce réseau trouble dérive une augmentation de 250 pour cent des tarifs (elles sont passés de 4 pesos à 75,50) expliquant le bonus des actions vendues par la famille de l'ancien président. Une autre affaire trouble : la vente de la compagnie d’aviation MacAir - qui faisait partie de SOCMA (l’entreprise familiale) - à la compagnie aérienne colombienne Avianca, ce qui a permis à la holding un bénéfice supplémentaire de 460 millions de pesos (46 millions d’euros de l’époque).

Pourquoi se rendre en Suisse ?

Le 28 janvier 2020 l’ex président Macri a été nommé président de la Fondation FIFA. Il s'agit d'une entité indépendante à but caritatif, créée en 2018 dans le but de «lever des fonds pour la réhabilitation et la reconstruction des infrastructures sportives endommagées ou détruites dans le monde».

Le lien avec le patron de la FIFA, Gianni Infantino, a été la clé de sa nomination. Les deux hommes se connaissent très bien et se sont rencontrés à plusieurs reprises. Tous deux sont visés par la justice dans leur pays. Infantino pour indices de comportement criminel dans l'exercice de sa position de leader du football mondial (voir ici).

Dans quelques jours, ils se reverront comme cela s'est passé à Buenos Aires en novembre 2018, lorsque Mauricio Macri a invité les Suisses au G20 ; ou le 30 juin 2019, quand il y a eu un retour de gentillesse à Zurich : Infantino l'a décoré ce jour-là du prix Living Football.
Lors de sa nomination Daniel Ferreiro, porte-parole présidentiel de l'AFA (Association du Football Argentin) s'est déclaré «déçu» par la désignation: «L'ingénieur Macri a promu l'intervention du football pour son propre intérêt afin de laisser les clubs les plus pauvres dans une certaine vulnérabilité et les contraindre tacitement à accepter la Super League.. Macri conçoit le football comme un bussines ; cela signifie que les clubs les plus pauvres reçoivent toujours moins et les clubs les plus riches davantage. »

Aucun agenda n’a été communiqué officiellement par l’entourage de Mauricio Macri. On en saura plus dans 14 jours. Il est certain que cette « présidence » d’une fondation suisse est un excellent alibi pour se rendre dans un pays qui n’a pas d’accord d’extradition avec l’Argentine.

www.prensa.cancilleria.gob.ar es un sitio web oficial del Gobierno Argentino