Martin Guzman : « Nous avons besoin de coopération et de bon sens de la part des créanciers » de l’Argentine

Martin Guzman : « Nous avons besoin de coopération et de bon sens de la part des créanciers » de l’Argentine

Le ministre de l’économie du pays négocie actuellement la restructuration de la dette nationale, alors que Buenos Aires est au bord du défaut de paiement.

L’Argentine, en proie à une grave crise économique et sociale depuis 2018, négocie avec ses créanciers privés la restructuration d’une importante partie de sa dette – 66 milliards de dollars sur 323 milliards (61 milliards d’euros sur 298 milliards). L’offre du gouvernement prévoit une décote de 5,4 % sur le capital, de 62 % sur les intérêts, et un moratoire de trois ans sur les paiements. Martin Guzman, le ministre de l’économie depuis décembre 2019, et ancien chercheur à l’université Columbia, à New York, craint un défaut de paiement si aucun accord n’est trouvé avant le 22 mai.

Les négociations entre l’Argentine et ses créanciers privés n’ont pas abouti à un accord à la date prévue du 8 mai. Quels sont les principaux points de blocage ?
-Notre priorité est d’obtenir un accord durable, qui permette de restructurer la dette de manière compatible avec le retour d’une croissance durable de l’Argentine. Nous avons décidé de prolonger l’échéance jusqu’au 22 mai. Certains créanciers ont accepté notre offre, d’autres non. Nous essayons de résoudre ces différends, mais nous ne voulons pas faire de promesses que nous ne pourrons pas tenir, par exemple payer des taux d’intérêt élevés comme nous le demandent certains créanciers, alors que nous n’en avons pas les capacités.

En plus de cela, nous faisons face à la crise du Covid-19, comme le reste du monde, ce qui aggrave notre situation. Nous avions engagé un processus de restructuration de la dette dans un contexte déjà difficile, et, malgré le Covid, nous continuons d’avancer sur ce processus, sans remettre en cause nos prévisions à moyen et long termes. Nous avons présenté une offre et sommes ouverts à des propositions alternatives qui respectent les contraintes auxquelles nous faisons face.

Que se passera-t-il si les négociations ne parviennent pas à un résultat avant le 22 mai. L’Argentine pourrait-elle entrer en défaut de paiement ?
-L’Argentine fait aujourd’hui face à des conditions qui sont celles d’un défaut de paiement virtuel. Le « risque pays » est très élevé, et les conditions d’accès au crédit sont très mauvaises. Nous souhaitons revenir à une dette supportable, avoir des conditions permettant le retour de la croissance, et obtenir une intégration appropriée de l’Argentine sur les marchés internationaux de crédit. Plus tôt cela arrivera, mieux ce sera pour toutes les parties concernées.

Nous voulons éviter une situation de défaut de paiement technique, mais cela ne dépend pas que de nous. Nous avons besoin de collaboration, de coopération et de bon sens de la part de nos créanciers. Il faut savoir que 52 % de nos enfants de moins de 14 ans vivent sous le seuil de pauvreté. Un mauvais accord entraînerait davantage de pauvreté, d’inégalités et de chômage.

Quel est le rôle du Fonds monétaire international dans ces négociations, et où en sont les discussions autour de la restructuration de la dette de l’Argentine auprès de l’institution (44 milliards de dollars) ?
-Les premiers remboursements au FMI doivent avoir lieu en 2021. Nous devons d’abord rembourser les créanciers privés, et c’est pourquoi nous négocions avec eux. Mais nous avons une relation très constructive avec le FMI, nous travaillons très bien ensemble. C’est le FMI qui, le premier, a déclaré que la dette argentine n’était pas supportable, et ils ont produit récemment une note technique détaillant les capacités de remboursement de la dette par l’Argentine, année par année.

Ce document nous est utile dans nos négociations avec les créanciers privés. Nous travaillerons ensuite avec le FMI pour obtenir un nouveau programme, fondé sur les objectifs suivants : rétablir la stabilité macroéconomique du pays, retrouver la croissance et garantir la stabilité sociale.

Beaucoup de pays sont confrontés à une crise de la dette. Faut-il, comme l’ont suggéré les Nations unies en avril, mettre en place un nouveau cadre réglementaire international de restructuration des dettes souveraines ?
-Le monde en a certainement besoin, mais cela n’aura pas lieu de sitôt. De nombreux pays qui sont en ce moment en difficulté doivent trouver des solutions par eux-mêmes dans le cadre réglementaire actuel. Or le monde se trouve à un moment charnière. Les Etats doivent jouer un rôle important pour protéger leur secteur privé menacé par la crise du Covid-19. Cela signifie que l’on a besoin de la coopération de tous, et de manière responsable.

Ce n’est pas le moment d’affaiblir les Etats à une période où ils sont appelés à jouer un rôle si important, comme c’est le cas pour l’Argentine. L’accord sur la dette souveraine va avoir une incidence sur l’avenir. D’ailleurs, le problème ne concerne pas seulement l’Argentine. Toute crise non résolue peut avoir des conséquences dans d’autres pays. C’est l’opinion de nombreux économistes.

Dans le cadre des négociations sur la dette avec les créanciers privés et le FMI, prévoyez-vous des mesures d’austérité ou des coupes budgétaires ?
-Dans notre plan sur dix ans, l’Argentine s’engage à dégager un excédent budgétaire. Mais cela doit être compatible avec la reprise économique. Or les conséquences économiques de la pandémie de Covid-19 vont
être lourdes. L’Etat a lancé des plans d’aide à destination des secteurs les plus vulnérables et des entreprises pour permettre à l’économie de repartir ; il doit verser des indemnités chômage et soutenir les salaires. Ces mesures vont bien sûr impliquer un déficit budgétaire plus important que celui prévu avant le début de la pandémie.

Certains économistes et membres de l’opposition ont critiqué la prolongation du confinement, prévu jusqu’au 24 mai à Buenos Aires et dans sa banlieue. La détérioration de la situation économique ne met-elle pas aussi des vies en danger ?
-Nous avons défini trois principes pour surmonter cette crise. Le premier, c’est que la santé des gens est notre priorité absolue. Etant donné la situation dans laquelle se trouvait l’Argentine, dont le système de santé s’est détérioré ces dernières années, nous avons décidé un confinement strict afin de prévenir la circulation et l’expansion du virus.

Notre deuxième principe est de défendre les plus fragiles.

Et notre troisième, de préserver nos entreprises. Nous avons adopté un certain nombre de mesures pour protéger à la fois les personnes et les sociétés. Le confinement a aussi été rendu plus flexible ces dernières semaines. Dans le même temps, nous avons mis en place des protocoles de prévention très stricts afin d’éviter que le virus se répande. Nous avons besoin d’avancer à petits pas, c’est le plus prudent, afin de sauvegarder à la fois la santé des gens et l’économie. Julien Bouissou et Aude Villiers-Moriamé(Buenos Aires, correspondante)

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