Macron à la reconquête du monde agricole

Macron à la reconquête du monde agricole

Le président veut faire rempart contre les violences que subissent les paysans, et montrer le chemin parcouru depuis les États généraux de l’alimentation.

Le Salon de l’agriculture est au personnel politique ce qu’est le Mondial aux footballeurs. Un rendez-vous crucial, où tout est scruté, commenté, critiqué. Le genre de moments qui font et défont une carrière. Alors, pour sa troisième participation en tant que chef de l’État, Emmanuel Macron a décidé de miser sur l’écoute et la câlinothérapie. «Les agriculteurs illustrent l’attachement au travail, qui avec l’école et la santé, sont les fondamentaux de ce à quoi je crois», a-t-il cajolé d’emblée, dans un entretien avec plusieurs titres de la presse quotidienne régionale, publié vendredi.

L’objectif ne sera clairement pas, cette année, de renouveler le marathon de plus de 14 heures de 2019, assure-t-on à l’Élysée. Il n’y aura pas non plus d’allocution. Le président a choisi un autre positionnement: jouer les remparts contre le dénigrement ambiant dont sont victimes les agriculteurs. Ce fameux «agribashing» qui avait fait monter les tracteurs à Paris en novembre dernier. «Les tensions, on les sent sur l’élevage et le bien-être animal, sur l’agriculture et l’utilisation des pesticides. Je ne tolérerai aucune violence à l’encontre des agriculteurs», a poursuivi le locataire de l’Élysée.

Alors qu’on est entré dans la seconde partie du quinquennat, Emmanuel Macron espère montrer le chemin parcouru depuis son discours de Rungis de 2017. Un discours fondateur dans sa relation avec les campagnes, dans lequel il promettait d’améliorer le sort des agriculteurs. Depuis, la loi alimentation sortie des États généraux de l’alimentation en 2018 a apporté des améliorations notables, notamment dans les secteurs du lait où les éleveurs ont désormais vu leurs revenus s’améliorer.

Mais l’essai doit encore être transformé dans les filières bovines ou dans celles des fruits et légumes. Didier Guillaume, le ministre de l’Agriculture en convient d’ailleurs. Ce dernier, qui assure ne pas avoir été fragilisé par son parachutage raté aux municipales à Biarritz, l’accompagnera ce samedi.

Plus qu’une longue déambulation chez les exposants, le président devrait rendre hommage à Jacques Chirac puis s’attarder au chevet des secteurs fragilisés. Il a prévu d’aller au contact des viticulteurs tricolores touchés de plein fouet par les sanctions douanières américaines en octobre sur les vins tranquilles. Cette surtaxe de 25%, appliquée en répression des subventions européennes accordées à Airbus, pourrait plomber les exportations françaises au pays de l’Oncle Sam jusqu’à 250 à 300 millions d’euros.

Autre filière: les pêcheurs au-dessus desquels plane la menace de la fermeture des eaux britanniques aux pays communautaires, dans le cadre des négociations post-Brexit. Une épée de Damoclès pour le secteur qui dépend à 20% de ces eaux anglaises, et qui sera au cœur des négociations avec Londres.

Surtout au sortir du sommet européen, les ressources de la PAC devraient être au cœur des débats pour le chef de l’État qui a expliqué en milieu de semaine en faire une «priorité absolue». Sur ce point, les syndicats agricoles l’attendent au tournant sur sa capacité à défendre la manne européenne d’environ 9 milliards d’euros (16% du budget de la PAC), indispensable pour une grande partie de 450.000 agriculteurs.

Les agriculteurs ont l’art de se faire entendre. Emmanuel Macron le sait, qui cherchera à éviter les chausse-trappes. En 2018, il avait été sifflé. Cette année, plusieurs centaines d’agriculteurs du nord du bassin parisien et des Hauts-de-France prévoient des actions, lors de son passage. Ils s’insurgent contre l’entrée en vigueur depuis le 1er janvier dernier des zones de non-traitement, ces bandes tampons situées entre 5 et 10 mètres des maisons d’habitation, sur lesquelles ils ne pourront plus mettre de produits phytosanitaires.

Autre motif d’insatisfaction qui irrite les éleveurs bovins: la signature de l’accord de libre-échange entre l’Europe et le Canada (le Ceta), et celui à l’étude entre l’Europe et le Mercosur. À l’extérieur du salon, des associations antispécistes pour le bien-être animal devraient également être de la partie.

Pour autant, Emmanuel Macron a un atout dans son jeu pour calmer l’ire des agriculteurs: la réforme des pensions actuellement au Parlement. Les paysans verront bien leurs retraites s’améliorer. En tout cas ceux qui quitteront leurs champs une fois le nouveau système universel entériné. Avec 760 euros en moyenne par mois pour les hommes, et 580 euros pour les agricultrices, les campagnes sont effectivement les plus mal loties. Et ce, même si 80% des agriculteurs sont affiliés à plusieurs systèmes de retraites et perçoivent de fait, davantage. La mise en place prévue en 2022 (pour une carrière complète) d’un seuil minimal de 1000 euros nets par mois, bénéficiera donc surtout aux 250.000 personnes qui n’ont qu’une source de pension. Un argument sonnant et trébuchant.

 

Par Olivia Détroyat, Marcelo Wesfreid et Eric de La Chesnais

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