A l’ONU, Emmanuel Macron appelle à ne pas se satisfaire d’un « multilatéralisme des mots »

A l’ONU, Emmanuel Macron appelle à ne pas se satisfaire d’un « multilatéralisme des mots »

22/09 - 18:19 - Le président français appelle l’Europe à affirmer sa souveraineté entre les Etats-Unis et la Chine. Il qualifie aussi de « ligne rouge », l’usage du Novitchok dans l’empoisonnement contre l’opposant russe Alexeï Navalny.

« Il n’y aura pas de remède miracle à la déstructuration de l’ordre contemporain. » Dans un discours enregistré à l’occasion de la 75e Assemblée générale des Nations unies, réduite cette année à une succession hors sol de monologues vidéo, Emmanuel Macron a présenté sa vision des relations internationales à l’heure de la crise sanitaire et économique. A six semaines de l’élection présidentielle américaine, qui conditionne de nombreux dossiers brûlants, le chef de l’Etat a aussi livré, mardi 22 septembre, une feuille de route très longue, traditionnellement exposée fin août à la conférence des ambassadeurs, annulée cette année. Elle s’articule notamment autour de la notion de souveraineté : celle de l’Union européenne, qui doit être consolidée pour exister entre les Etats-Unis et la Chine, et celle des autres peuples, de la périphérie russe au Moyen-Orient, dont la France veut soutenir les aspirations légitimes, sans ingérence.

Pour le président français, le Covid-19 a imposé une nouvelle réalité mondiale, « claire, brutale, certainement vertigineuse ». Selon lui, « toutes les fractures qui préexistaient à la pandémie – le choc hégémonique des puissances, la remise en cause du multilatéralisme ou son instrumentalisation, le piétinement du droit international – n’ont fait que s’accélérer et s’approfondir » depuis six mois. Cette tendance se traduit notamment dans « la fracturation de nos moyens d’action collectifs ».

Elle trouve son illustration au cœur même des Nations unies, au Conseil de sécurité, paralysé par ses divisions. L’adoption d’une résolution symbolique sur une trêve mondiale dans les conflits a pris des mois de négociations. « Avoir tant de mal à nous accorder sur si peu… », a soupiré le président français. L’Elysée a aussi bataillé en coulisses, en vain, pour que les pays du P5 – les cinq membres permanents – se réunissent. « Deux d’entre eux ont préféré à l’efficacité collective l’affichage de leur rivalité », a regretté Emmanuel Macron, en référence à la Chine et aux Etats-Unis.

Le chef de l’Etat refuse de se laisser enfermer dans le paradigme, désormais très répandu, d’un affrontement sino-américain qui prendrait le pas sur tout le reste. Appelant de ses vœux « la fondation d’un nouveau consensus contemporain », Emmanuel Macron a estimé qu’il ne fallait plus se « contenter d’un multilatéralisme des mots qui ne permet d’agréer que le plus petit dénominateur commun ». Prévu le 12 novembre, le Forum de Paris pour la paix doit servir, selon le dirigeant français, à jeter les bases de ce nouvel ordre international. En ce même mois de novembre, le G20 représentera aussi « un rendez-vous décisif pour la mise en œuvre du moratoire sur la dette » des pays africains, que l’Elysée a promu au cœur de la crise sanitaire.

Le président français a salué, au titre de rare avancée, le « pas historique d’unité, de souveraineté et de solidarité » accompli par l’Union européenne (UE) pendant la crise, concrétisé par le plan de relance adopté en juillet. Cinq ans après l’accord de Paris sur le climat, Emmanuel Macron souhaite que l’UE se montre exemplaire sur ce plan, rappelant l’objectif d’atteindre la neutralité carbone en 2050. Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission européenne, veut que les Vingt-Sept relèvent à « au moins 55 % » – au lieu de 40 % – l’objectif de réductions des émissions dans l’UE d’ici 2030.

Œuvrer à un cessez-le-feu durable en Libye

En invoquant comme la première des priorités la lutte contre la prolifération nucléaire et le terrorisme, Emmanuel Macron est revenu sur deux dossiers délicats du moment, le programme nucléaire iranien et l’empoisonnement d’Alexeï Navalny en Russie. Le président a répété la position ferme des pays de l’E3 (Grande-Bretagne, Allemagne, France), soutenue en cela par la Russie et la Chine : Washington n’est pas en « situation » d’activer le mécanisme du « snapback », pour réintroduire les sanctions onusiennes contre l’Iran. « Ce serait porter atteinte à l’unité du Conseil de sécurité, à l’intégrité de ses décisions, et ce serait prendre le risque d’aggraver encore les tensions dans la région », a estimé M. Macron.

Concernant l’empoisonnement à l’agent neurotoxique Novitchok de l’opposant russe Alexeï Navalny, le président français a appelé une nouvelle fois Moscou à faire la lumière sur cette attaque, « au nom de la sécurité collective ». « Cette clarification doit être rapide et sans défaut, car nous ferons respecter nos lignes rouges », a averti M. Macron, dans une allusion à d’éventuelles sanctions, promues au sein de l’UE par Paris et Berlin. Mais c’est d’abord l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC) qui devra se prononcer, à la mi-octobre, sur ce sujet. La France, elle, se dit prête à suivre la position de l’Allemagne, en fonction des réponses apportées par la Russie.

Liban, Syrie, Mali, Ukraine, Méditerranée orientale, conflit israélo-palestinien : M. Macron a rappelé brièvement les positions françaises dans les crises du moment. « Nos principes d’action doivent être clairs et notre main ne doit plus trembler dans leur application : le respect des droits souverains des peuples, la consolidation des Etats de droit et de leurs moyens d’action, l’exigence et la responsabilité pour assurer la mise en œuvre effective des décisions actées sous l’égide des Nations unies », a-t-il énuméré. Selon le président français, la Libye serait « l’illustration parfaite des erreurs auxquelles nous pouvons nous-mêmes conduire lorsqu’on ne respecte pas la souveraineté des peuples ». M. Macron a précisé qu’il voulait œuvrer « dans les prochaines semaines » à un cessez-le-feu durable, en réunissant tous les pays voisins de la Libye. Les petites avancées diplomatiques récentes, obtenues sous la discrète mais efficace médiation suisse, étaient surtout intra-lybiennes, entre représentants du gouvernement de Tripoli et forces de l’Est.

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