Les mamans trop souvent discriminées au travail

Les mamans trop souvent discriminées au travail

12:51 - La discrimination genrée au travail persiste en Belgique où quelque 75% des travailleuses l’ont subie en raison de leur grossesse ou de leur volonté d’avoir des enfants, d’après l’Institut pour l’égalité des femmes et des hommes (IEFH).

«Comptez-vous avoir prochainement un enfant?», «Vivez-vous une relation stable?»… Ces questions posées lors d’entretiens d’embauche, a priori anodines, représentent bien souvent le socle d’une discrimination des femmes au travail liées à la grossesse ou à la maternité, alerte l’IEFH qui fait état de chiffres alarmants.

Directe ou indirecte

Trois travailleuses sur quatre ont ainsi été confrontées à une forme de discrimination, préjudice, inégalité de traitement et tensions au travail sur base de leur grossesse ou de leur volonté de maternité. «Les femmes doivent savoir qu’elles ont le droit de ne pas renseigner ces informations lors d’entretiens pour un poste», martèle la directrice adjointe de l’institut Liesbet Stevens qui stipule que la moitié des femmes enceintes qui cherchent du travail ne postulent même pas.

Alors que 22% des travailleuses enceintes sont victimes de discrimination directe (licenciement, pression, harcèlement, évaluation négative, perte financière, etc.), 69% d’entre elles ont subi une discrimination indirecte (législation pas appliquée, conditions de travail mal ou pas adaptées, perte de bonus ou de formation, etc.). En 2016, l’Institut a majoritairement reçu des plaintes pour des discriminations à l’emploi de la part de femmes (69%) et un tiers de ces signalements étaient liés à la grossesse et à la maternité.

Le poids du silence

Peur du licenciement ou de procédures judiciaires, minimisation des faits, fatalisme… les raisons du silence des victimes découlent souvent d’un manque de connaissances que l’IEFH entend pallier en éduquant ces femmes à la problématique et en les encourageant à la dénoncer.

L’institut a lancé hier la campagne «Maman reste à bord» sous le slogan «Nous sommes heureux de vous annoncer la naissance de Emma. Au boulot ils le sont moins». Pendant trois mois, de nombreux moyens seront déployés pour informer ces (futures) mères de leurs droits, leur indiquer un point de contact (0800/12.800) mais surtout pour déculpabiliser ces femmes qui, trop souvent, ont «intégré ces stéréotypes genrés et accepté l’idée que la grossesse et la maternité soient des freins à leur carrière».

Chacun à son niveau

Outre les employeurs et les collègues, l’institut espère sensibiliser l’État belge (voir interview) mais aussi les pères et les hommes pour qu’une répartition plus équilibrée soit établie au sein du couple pour concilier vie privée et vie professionnelle.

En dévoilant les premiers résultats d’une enquête d’envergure dont les résultats définitifs seront divulgués le 16 novembre prochain, l’IEFH entend donner un coup de projecteur sur «un phénomène grave et majeur» qui persiste en Belgique, un pays pourtant considéré à la pointe du respect de la balance genrée à tous les échelons de la société.

«De nombreux leviers législatifs sont disponibles»

Pour le directeur de l’institut, Michel Pasteel, des changements structurels et des leviers législatifs sont encore capables de pallier des discriminations liées au sexe.

Photo D. R.

Quelle est la marche à suivre pour les victimes de discrimination?

«Une discrimination existe quand il y a un traitement différencié entre une personne et le reste du personnel qui mène à une inégalité. La plupart du temps, les victimes en sont conscientes. La première réaction consiste à en discuter avec son employeur. Parfois, il la régularisera. Si aucune solution n’est possible, la victime peut déposer plainte à l’institut qui entamera une médiation plus formelle avec l’employeur. Et si ça n’aboutit pas, l’affaire est portée devant le tribunal du travail où, si les discriminations sont avérées, les indemnités peuvent s’élever à six mois de salaires.»

Cette plainte est synonyme, pour la victime, de non-retour au travail…

«Effectivement et cela constitue un frein en cette période de crise économique car elles ont peur de perdre leurs emplois. Nous avons des cas où la victime travaille toujours chez l’employeur qu’elle attaque.»

Cette étude donne des recommandations aux hommes, aux employeurs… mais quelles sont vos revendications vis-à-vis de la discrimination institutionnalisée (salaires moindres pour les femmes, congé parental plus important pour les femmes, etc.)?

«Effectivement. Si ce n’est ‘changer les mentalités de la société’, on peut encore réfléchir à certains instruments législatifs, à l’image du congé parental qui devrait permettre aux deux parents d’accueillir de manière égalitaire la naissance d’un enfant. Mais c’est aussi généraliser l’accès aux crèches en les rendant financièrement plus accessibles et ainsi permettre aux parents de bien répartir les tâches liées à l’arrivée d’un enfant. En Belgique, les crèches sont onéreuses et manquent de place. Je pense également aux métiers. Souvent, la maman a le salaire le moins important car nous sommes dans une société stéréotypée. C’est donc la femme qui prend congé ou un temps partiel. Il faut donc songer aussi aux filières d’études. Il y a plus de femmes universitaires mais dans des secteurs moins rémunérateurs. Des réflexions doivent s’opérer à plusieurs niveaux: celui des mères, des femmes, des pères, des hommes, des employeurs, de la société et celui des initiatives législatives qui peuvent encore être prises.»

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