Bolivia  ●  Chile  ●  Evo Morales  ●  Islas Malvinas  ●  Mercosur  ●  Mercosur-UE  ●  Venezuela

Les Européens à l’ONU demandent l’arrêt de l’offensive turque en Syrie

Les Européens à l’ONU demandent l’arrêt de l’offensive turque en Syrie

10/10 - 18:33 - L’offensive de la Turquie a provoqué un tollé international, plusieurs pays craignant une résurgence de l’EI. Une réunion d’urgence du Conseil de sécurité des Nations unies a eu lieu jeudi.

in Amman, in Istanbul

L’offensive de la Turquie, lancée dans le nord-est de la Syrie mercredi, a provoqué un tollé au sein de la communauté internationale. A l’issue d’une réunion en urgence du Conseil de sécurité de l’ONU qui s’est tenue jeudi 10 octobre, les cinq membres européens ont demandé à « la Turquie d’arrêter [son] action militaire unilatérale » dans le pays en guerre. Les Occidentaux craignent une résurgence du groupe Etat islamique (EI), dont la défaite en Syrie est en grande partie due aux forces kurdes.

  • Les Européens réclament à la Turquie de stopper son offensive

Les cinq membres européens du Conseil de sécurité de l’ONU ont demandé jeudi à « la Turquie d’arrêter [son] action militaire unilatérale » en Syrie, dans une déclaration à l’issue d’une réunion en urgence à huis clos tenue par cette instance. A ce stade, les cinq pays européens – France, Allemagne, Belgique, Royaume-Uni, Pologne – n’ont pas réussi à entraîner l’adhésion de l’ensemble de leurs partenaires du Conseil à leur déclaration, selon des diplomates.

Dans leur déclaration, les Européens estiment que l’action militaire turque risque « de favoriser une résurgence de Daech [acronyme arabe de l’Etat islamique] qui reste une menace significative pour la sécurité régionale, internationale et européenne ».

Dans une déclaration séparée, l’ambassadrice américaine à l’ONU, Kelly Craft, a affirmé que, si la Turquie, dans ses opérations, ne protégeait pas « les personnes vulnérables » ou « ne garantissait pas que le groupe Etat islamique n’exploitera pas la situation pour se reconstituer », il y « aura[it] des conséquences ». Elle n’a pas précisé lesquelles.

La diplomate américaine a répété la position de Washington, à savoir que le président, Donald Trump, en retirant des militaires du nord de la Syrie, n’avait « en aucune manière endossé » l’offensive turque dans ce pays. « La Turquie a maintenant la responsabilité de s’assurer que tous les combattants de l’Etat islamique arrêtés restent en prison », a aussi déclaré Kelly Craft.

De son côté, Paris a demandé jeudi une « réunion d’urgence » de la coalition internationale sous commandement américain engagée dans la lutte contre l’EI, « parce que le combat contre Daech risque de reprendre », a déclaré le ministre français des affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, sur France 2.

  • Des milliers de civils contraints à l’exode

L’une des conséquences attendues de l’offensive de la Turquie est la fuite de plus de 60 000 civils, précipités sur les routes de l’exode, fuyant des secteurs directement à la frontière, a rapporté l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH). Ces déplacés fuient « les secteurs à la frontière, en particulier les zones de Ras Al-Aïn et Derbassiyé », a précisé l’Observatoire, expliquant que ces civils se dirigeaient vers des territoires plus à l’est, notamment la ville de Hassaké.

Juchés sur des camionnettes, emportant avec eux frigidaires, bonbonnes de gaz, matelas et gros sacs de jute bourrés d’affaires, des femmes et des enfants sont arrivés dans la ville de Tall Tamr, plus au sud et épargnée par les combats, a constaté un correspondant de l’Agence France-Presse (AFP) sur place. L’ONG Save The Children a mis en garde contre « un désastre humanitaire imminent ». « Avec l’hiver qui approche, ils devront faire face à des défis supplémentaires », prévient-elle.

  • Des civils tués

Après des heures de bombardements, l’armée turque et ses supplétifs syriens ont pénétré mercredi dans le nord-est de la Syrie dans les territoires contrôlés par les Forces démocratiques syriennes (FDS) – une coalition de combattants dominés par les Kurdes –, qui, alliées aux Américains dans la région depuis 2015, ont payé un lourd tribut à la lutte contre l’EI.

« Les forces armées turques et l’Armée nationale syrienne [le nouveau nom des rebelles syriens soutenus par Ankara] ont commencé l’opération “Source de paix” dans le nord de la Syrie. » C’est par ce message sur le compte Twitter du président turc que le nouveau front s’est ouvert dans cette région jusqu’ici plutôt stable grâce aux efforts conjoints des FDS et de leurs alliés occidentaux – américains, français et britanniques.

Dès mercredi après-midi, l’aviation et l’artillerie turques ont pris pour cibles plusieurs localités frontalières du nord de la Syrie – Tall Abyad, Ras Al-Aïn, Kamechliyé, Ayn Issa et Kobané. Depuis mercredi, au moins vingt-neuf combattants des forces kurdes et dix civils ont été tués par les frappes aériennes et les tirs d’artillerie de l’armée turque, selon l’OSDH. Des équipes humanitaires ont déclaré être en train d’évacuer le nord-est de la Syrie.

D’après les autorités turques, au moins six civils – dont un bébé et une fillette – ont été tués et plusieurs dizaines blessés par des roquettes kurdes tirées sur des villes frontalières en Turquie, comme Akçakale.

  • Réactions internationales en chaîne

Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a exprimé jeudi sa « profonde inquiétude » et a appelé à l’apaisement devant l’escalade de la violence dans le nord-est de la Syrie, précisant que toute solution au conflit devait « respecter la souveraineté du territoire et l’unité de la Syrie », lors d’une conférence de presse à Copenhague, où se tient, jusqu’à samedi, le sommet des maires des grandes villes du monde (C40).

Le président Emmanuel Macron a appelé jeudi la Turquie « à mettre un terme le plus rapidement possible » à son offensive qui « risque d’aider Daech à reconstruire son califat ». Interrogé sur la chaîne de télévision CNN-Türk, le ministre turc des affaires étrangères, Mevlüt Cavusoglu, lui a reproché d’avoir reçu, lundi à l’Elysée, une représentante kurde, Ilham Ahmed. « Malheureusement, ses intentions ne sont pas bonnes, [Macron] est une personne qui veut diviser la Syrie » en soutenant les Kurdes, a-t-il déploré.

La Norvège, pays allié de la Turquie au sein de l’OTAN, a, pour sa part, annoncé jeudi la suspension de toute nouvelle exportation d’armements vers Ankara.

La Ligue arabe a convoqué une réunion d’urgence samedi pour discuter de l’offensive lancée par la Turquie contre les forces kurdes en Syrie, a fait savoir l’organisation panarabe tard mercredi.

De son côté, Téhéran, puissant allié du pouvoir de Bachar Al-Assad, a réclamé une « cessation immédiate » de l’opération. La Russie, principal soutien de Damas, a souligné la « nécessité d’établir un dialogue » entre Ankara et le régime syrien. Damas, qui a dénoncé les « ambitions expansionnistes » de la Turquie, voit d’un mauvais œil l’autonomie de facto établie par la minorité kurde, qu’elle s’est dit prête à accueillir dans son giron.

Les Kurdes syriens ont été aux avant-postes de la lutte contre l’organisation djihadiste avec le soutien aérien de la coalition internationale anti-EI. En mars 2019, les FDS, coalition à majorité kurde, se sont emparées de l’ultime bastion syrien de l’EI à Baghouz. Mais le groupe djihadiste reste actif dans la clandestinité.

www.prensa.cancilleria.gob.ar es un sitio web oficial del Gobierno Argentino