Les États doivent-ils réguler le bitcoin et les cryptomonnaies?

Les États doivent-ils réguler le bitcoin et les cryptomonnaies?

Le 19 mars à Buenos Aires, les grands argentiers du G20 diront s'il faut réglementer le bitcoin et les autres cryptomonnaies. Certains envisagent même de refuser leur convertibilité en «monnaies réelles», dollar ou euro. Est-il possible de contrôler ces devises d'un nouveau type?

Tel le dieu antique Janus, le bitcoin se présente avec un double visage. C'est d'abord une invention technique révolutionnaire, et difficile à appréhender pour le profane que nous sommes tous, hormis les informaticiens. Cette «cryptomonnaie», on ne cesse de la représenter par une pièce d'or totalement fantaisiste. Le comble du ridicule pour une monnaie «numérique» et «virtuelle» comme on le répète à l'envi!

En même temps, le bitcoin (coin, «pièce», bit, «unité d'information»), ainsi que les quelque 1300 autres cryptomonnaies répertoriées dans le monde, constitue un projet politique «ultralibéral» tout aussi radical mais fort simple à comprendre. Il consiste à créer une «monnaie privée», entre des personnes physiques, qui soit complètement indépendante des États et de leurs banques centrales. En l'occurrence la technologie est au service d'un projet idéologique ambitieux.

Certes, les cryptomonnaies, que la Banque de France préfère pour sa part qualifier de «crypto-actifs», sont encore une goutte d'eau dans la finance mondiale. La capitalisation totale de ces instruments financiers d'un nouveau type est de l'ordre de 330 milliards d'euros, bien peu comparé par exemple aux 7500 milliards d'euros de la seule masse monétaire de la zone euro.

Mais la technologie époustouflante de la «blockchain» (chaîne de blocs) - qui sous-tend les cryptomonnaies (voir ci-dessous le schéma de fonctionnement) - est riche de promesses disruptives pour les sociétés et inquiétantes pour l'autorité des États. Loin d'être technique, l'enjeu est donc politique. Peut-on, veut-on, faut-il, réglementer le bitcoin, la crypto-monnaie la plus emblématique de toutes, la star du village mondial financier?

Des monnaies d'un nouveau type

À quoi ça sert la monnaie? À cette question enfantine, on n'a jamais trouvé de meilleure réponse que celle du philosophe Aristote, le premier à avoir explicité il y a 2350 ans les trois fonctions monétaires: unité de compte, instrument d'échange, réserve de valeur. Tout un chacun en a d'ailleurs une connaissance intuitive de par son expérience de consommateur et d'épargnant.

«Imaginez qu'au centre de la place de la Concorde à Paris, on installe un grand cahier, que tout le monde puisse lire librement et gratuitement, sur lequel tout le monde puisse écrire, mais qui soit impossible à effacer et indestructible»

Ces trois fonctions sont d'autant plus universelles que, des coquilles chinoises, les cauris d'il y a trois mille ans, aux cartes bancaires électroniques actuelles, les supports n'ont cessé de changer. Pièces d'or ou d'argent ayant la valeur de leur poids de métal, monnaie fiduciaire fondée sur la seule confiance, monnaie scripturale, la diversité des formes est immense. Avec pourtant ce dénominateur commun: la pièce, le billet, le chèque et même la carte bancaire, sont toujours une «représentation analogique» de la valeur à l'instar du thermomètre indiquant la température par une autre grandeur physique, la hauteur de la colonne de mercure. Et c'est là que le bitcoin marque une rupture vertigineuse.

«La monnaie était une image analogique. Tout change à partir du moment où elle devient numérique, des chiffres qui sortent d'un système technologique n'ayant d'autre référence que lui-même», souligne l'économiste Georges Lane, enseignant à l'université Paris Dauphine.

La description du système que propose le professeur d'informatique Jean-Paul Delahaye, de l'université de Lille, est parlante: «Imaginez qu'au centre de la place de la Concorde à Paris, à côté de l'Obélisque, on installe un grand cahier, que tout le monde puisse lire librement et gratuitement, sur lequel tout le monde puisse écrire, mais qui soit impossible à effacer et indestructible». Ce grand livre existe, et non seulement il peut être consulté de partout dans le monde, mais par une multitude de gens en même temps. Ce cahier informatique, infalsifiable et ouvert à tous, a été baptisé «blockchain» par l'inventeur du bitcoin, un certain Satoshi Nakamoto, jamais identifié car il s'agit semble-t-il d'un nom collectif. Tout comme les mathématiciens français donnant naissance à «Nicolas Bourbaki» en 1935.

Cette présentation très synthétique montre que le dispositif vise à mettre en relation les personnes, «de pair à pair», sans aucune autorité centrale tutélaire. La confiance mutuelle est assurée par les algorithmes, mais «la validation des blocs est par essence un calcul compliqué, donc très énergivore, ce qui peut poser des limites pratiques à l'extension de la technique» (Gérard Berry, L'Hyperpuissance de l'informatique).

En outre le système de transactions sécurisées de la blockchain est susceptible de s'appliquer à des tas de domaines, comme les actes notariés. Quant aux fameux «mineurs», qui mettent leur puissance de calcul sur le réseau et sont rémunérés par des bitcoins, leur nom est purement métaphorique, en référence «aux chercheurs d'or creusant la mine».
 

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