L'économie française retrouvera-t-elle son niveau d'activité pré-Covid dès la fin 2021 ?

L'économie française retrouvera-t-elle son niveau d'activité pré-Covid dès la fin 2021 ?

C'est ce qu'a affirmé le ministre de l'Économie, Bruno Le Maire, qui pensait jusqu'ici que cette étape serait franchie début 2022. Y a-t-il vraiment des raisons d'être optimiste ?

LA QUESTION. C'est le nouveau leitmotiv roboratif de Bruno Le Maire en cette rentrée qui est en quête de motifs d'espoirs. «Sauf accident sanitaire, nous pourrions retrouver plus vite que prévu notre niveau d'activité d'avant crise, fin 2021 et non pas début 2022», a déclaré la semaine dernière dans une interview au quotidien Sud Ouest le ministre de l'Économie, des Finances et de la Relance. Et, depuis lors, il ne cesse de marteler la bonne nouvelle, il y a deux jours aux Quatre Vérités matinales de France 2 et ce mercredi 25 août à l'Hippodrome Paris Longchamp où se tenaient les rencontres de fin d'été du Medef.

Dix-huit mois après le déclenchement de la crise sanitaire et le premier confinement du 17 mars 2020 qui a fait plonger dans l'abîme les indicateurs économiques de façon inédite depuis la Seconde Guerre mondiale, la conjoncture vit une longue convalescence. La reprise qui s'est amorcée dès l'été 2020 s'avère en effet particulièrement chaotique sous l'emprise des caprices du Covid-19 et de ses variants.

Dix-huit mois après le déclenchement de la crise sanitaire et le premier confinement du 17 mars 2020 qui a fait plonger dans l'abîme les indicateurs économiques de façon inédite depuis la Seconde Guerre mondiale, la conjoncture vit une longue convalescence. La reprise qui s'est amorcée dès l'été 2020 s'avère en effet particulièrement chaotique sous l'emprise des caprices du Covid-19 et de ses variants.

Les chiffres de croissance trimestrielle du PIB n'ont jamais été aussi erratiques : chute de 5,9% au premier trimestre 2020, suivie d'un effondrement de 13,6% au deuxième, puis d'un rebond de 18,8% au troisième, et d'un repli de 1% au quatrième avec la deuxième vague du virus. L'année 2021 a commencé par une croissance économique zéro au premier trimestre (qui a correspondu à la troisième vague), puis d'un rebond de 0,9% du PIB au deuxième. Et malgré la quatrième vague, celle du variant delta, l'Insee table désormais sur une accélération durant le second semestre, ce qui devrait permettre d'atteindre une croissance annuelle de près de 6% sur l'ensemble de l'année 2021.

Il y a évidemment de quoi se perdre dans ces oscillations trimestrielles et on laissera à chacun le soin de vérifier l'arithmétique de ces chiffres (elle est bien exacte, soulignons-le !). Le plus simple et le plus significatif en réalité est de regarder le niveau absolu auquel on se situe et de prendre pour référence le quatrième trimestre 2019 «d'avant pandémie». Or, à ce jour, les entreprises privées et les services publics travaillent encore à un rythme inférieur en moyenne de 3,3% à ce qu'il était alors. C'est évidemment un net progrès par rapport au mois d'avril 2020, au pire de la dépression, quand le thermomètre enregistrait un «moins 15% » de sinistre mémoire, mais il reste du pain sur la planche. Bruno Le Maire peut-il gagner son pari ? La conjoncture économique peut-elle passer du degré -3,3% qui la caractérisait au début de cet été, selon les données concordantes de l'Insee et de la banque de France, pour revenir en décembre prochain à son niveau de décembre 2019 ?

VÉRIFIONS. Le scénario de Bercy prend pour hypothèse qu'il «n'y aura pas d'accident sanitaire», autrement dit que l'épidémie sera maîtrisée. Sage précaution. Moyennant quoi, Bruno Le Maire se fonde sur trois réalités peu contestables. Tout d'abord le fait est que l'économie s'est de mieux en mieux accommodée des vagues successives du virus dont l'impact récessif sur l'activité n'a cessé de diminuer d'une fois sur l'autre.

En deuxième lieu, les pouvoirs publics n'ont pas lésiné sur les moyens. Le ministre de l'Économie tient à souligner que 70% des crédits du plan de relance de 100 milliards d'euros seront débloqués d'ici la fin de l'année, alors qu'initialement seule la moitié (50 milliards) devait être investie à cette date. Et, au-delà des fonds de relance proprement dits, c'est au total 454 milliards d'euros d'argent public qui ont été mis dans la bataille sur les trois années 2020-21-22, selon les chiffres d'Olivier Dussopt, le ministre des Comptes publics.

Pénuries de personnels
Troisième réalité manifeste, ces soutiens portent aujourd'hui leurs fruits : les ménages français dans leur ensemble - du moins en moyenne, car des catégories entières ont bu la tasse - ont vu leur revenu disponible progresser de 0,4% en 2020, et celui-ci devrait augmenter de 1,8% en 2021, selon l'Insee.

Au total, le tableau conjoncturel est moins sombre que ne l'avaient annoncé les Cassandre. Les faillites d'entreprises ne sont-elles pas paradoxalement deux fois moins nombreuses qu'«en temps normal», comme l'a rappelé Le Maire devant les patrons du Medef ? De même observe-t-il que la situation de l'emploi est sous contrôle. Le million de chômeurs supplémentaires annoncés ici et là au printemps 2020, notamment par la Banque de France, a été évité. En tout cas n'apparaît-il pas dans les statistiques de Pôle emploi. Au contraire, le principal frein à la croissance ce sont aujourd'hui les pénuries de personnels disponibles sur le marché du travail, comme le reconnaît Geoffroy Roux de Bézieux, le président du Medef.

Toutes les conditions paraissent donc réunies pour retrouver le niveau d'activité globale d'avant pandémie d'ici à décembre 2021. Et d'ailleurs une telle performance n'aurait rien d'exceptionnel à l'échelle internationale. L'OCDE qui tient soigneusement un tableau de bord mondial à cet égard constate que les pays du G20 pris dans leur totalité ont d'ores et déjà retrouvé leur niveau de PIB «d'avant Covid». C'est le cas des deux poids lourds de l'économie mondiale. La Chine a été cette fois encore à la pointe, effaçant tout le terrain perdu l'hiver précédent dès le deuxième trimestre 2020. Quant aux États-Unis dont les plans de soutien et de relance ont été les plus superlatifs de la planète, ils ont renoué avec le niveau de leur PIB du quatrième trimestre 2019 au deuxième trimestre 2021.

En revanche ni le Japon ni l'Europe ne sont encore à ce stade. Plus précisément, l'OCDE, qui prend pour mesure non pas le PIB général des pays, mais le PIB par habitant, indique le calendrier suivant : le retour à meilleure fortune de l'avant pandémie s'est fait au premier trimestre 2011 pour la Lituanie, au deuxième trimestre 2021 pour les États-Unis et l'Irlande. La même chose devrait intervenir au troisième trimestre pour le Luxembourg, au quatrième trimestre 2011 pour l'Allemagne et le Danemark, au deuxième trimestre 2022 pour l'Italie et le Royaume-Uni, puis au deuxième trimestre 2023 pour l'Espagne et pour le Mexique, au premier trimestre 2024 pour l'Arabie saoudite et au premier trimestre 2026 pour l'Argentine.

La France et l'Allemagne au même niveau
Pour leur part, les Français pourraient recouvrer leur PIB (par habitant) au troisième 2022 selon l'OCDE. Mais ce n'est pas l'objectif du gouvernement français qui se limite au PIB global comme l'on voit (la différence entre les deux tient à la progression de la population de l'ordre de 0,4% par an).

Le tableau de l'OCDE a au moins le mérite de relativiser ce que Bercy aurait tendance à présenter comme une véritable prouesse consistant à effacer en deux ans un choc aussi monstrueux qu'a été «la récession Covid» du printemps 2020. Il faut dire que l'économie française a été handicapée dès le départ par une chute d'activité bien plus brutale qu'outre Rhin notamment et cela en raison d'un confinement plus draconien lié essentiellement à nos rigidités bureaucratiques. Alors que le PIB annuel français a chuté de 8% l'an dernier, le recul n'a été que de 4,8% en Allemagne. Certes, l'écart entre les deux premières économies de la zone euro s'est atténué depuis, et actuellement l'une et l'autre tournent à un niveau de -3,3% par rapport au quatrième trimestre 2019. L'industrie allemande fonctionne en ce moment à un rythme inférieur de 5% à celui de «l'avant Covid» ; elle souffre tout particulièrement de la pénurie mondiale de semi-conducteurs et de la faiblesse de la filière automobile, alors que la production industrielle française est en perte de 4,1% et celle de la zone euro de 2,2%, selon la comparaison de Bruno Cavalier, le chef économiste de la Banque Oddo.

Si le retour au PIB du quatrième 2019 d'ici à décembre 2021 peut être considéré comme un objectif réaliste en France – mais nullement exceptionnel à l'autre internationale – il ne faut pas croire que l'économie sera alors «le décalque» de ce qu'elle était il y a deux ans, avertit l'Insee dans son rapport économique trimestriel de juillet dernier. Pour deux raisons. Tout d'abord «le terrain perdu» portera non seulement sur la perte de production enregistrée sur les deux années 2020 et 2021, mais il se mesurera aussi par rapport à «la trajectoire tendancielle» qui se serait produite sans l'épidémie et qui représentera 2,5 points de PIB (on s'attendait à une croissance de 1,2% l'an). Deuxième changement : l'on assiste à une énorme reconfiguration entre les secteurs, avec beaucoup de perdants et quelques gagnants. L'Insee a publié à cet égard un tableau quasi exhaustif des niveaux d'activité sectoriels prévisibles à la fin de 2022 dont on donnera deux exemples à titre d'illustration. Parmi les gagnants, la filière chimie-pharmacie devrait atteindre fin 2022 un niveau effectif supérieur de 7% au niveau de décembre et un gain de 1,5% comparé à «la trajectoire tendancielle» prévue avant la pandémie. À l’inverse, le secteur de «l'hébergement» se situera à un niveau réel inférieur de 3% fin 2022 et de 8% par rapport à la trajectoire tendancielle qui était attendue.

Autant de bouleversements qui seront ressentis amèrement par les perdants, cela va sans dire, et qui vont obliger à d'intenses efforts de reconversions individuelles de leur part. Espérons que le pronostic de Bruno Le Maire d'un retour du PIB global à son calibre de l'hiver 2019 se réalisera. Pareille performance paraît tout à fait vraisemblable, et loin d'être une prouesse dont on pourrait se glorifier, elle s'accompagnera hélas de stigmates durables pour nombre d'entreprises et de leurs salariés.

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