Le FMI s'alarme d'une nouvelle crise de la dette émergente

Le FMI s'alarme d'une nouvelle crise de la dette émergente

La crise du Covid-19 a mis à mal les économies émergentes, qui ont vu leur endettement bondir. L'action des banques centrales a permis de réduire le risque d'une crise de la dette. Mais pour le Fonds monétaire international celle-ci est inéluctable, si aucune action rapide n'est entreprise.

Le ciel s'assombrit sur les économies émergentes. L'Angola, l'Argentine, l'Equateur, le Liban, le Tchad, et la Zambie ont commencé à restructurer leur dette, ou sont en passe de le faire. Des situations qui pourraient se multiplier dans un horizon proche, avertit le Fonds monétaire international.

« Une crise systémique de la dette liée à la pandémie de Covid-19 ne peut être écartée, s'est alarmé Geoffrey Okamoto, directeur général adjoint du FMI jeudi dernier. Et plus on reporte le problème, plus il s'aggravera. » Selon les estimations du fonds monétaire, le ratio moyen de dette des économies émergentes rapportée à leur produit intérieur brut devrait augmenter de 10 points en moyenne sous l'effet de la crise sanitaire.

Pour l'instant, la situation semble encore sous contrôle. Les grandes banques centrales, mais également leurs homologues des pays émergents ont inondé les marchés de liquidités et soutenu leurs acteurs bancaires. Le G20 et le FMI ont mis en place une initiative, parfois controversée , de suspension du service de la dette pour les pays les plus en difficulté. « Ce soutien a permis au monde de gagner du temps - nous devrions l'utiliser à bon escient », affirme Geoffrey Okamoto. «Mais à mesure que la crise se poursuit, les problèmes de solvabilité, soit l'incapacité de rembourser les dettes, passent de plus en plus au premier plan», s'inquiète le FMI.

Gel des paiements

D'ores et déja, Kristalina Georgieva, directrice générale du FMI, a appelé les pays développés à prolonger en 2021 le gel des paiements qui leur seraient dus par les pays les plus pauvres. Mais ce ne sera pas suffisant. Le fonds monétaire appelle donc à des évolutions profondes des mécanismes de restructuration de dette, afin de permettre aux pays qui seraient en défaut de régler la situation le plus rapidement possible.

Le FMI voudrait ainsi étendre l'utilisation des clauses d'actions collectives (CAC) non seulement pour les obligations mais également pour les prêts bancaires. Ces clauses permettent d'imposer une solution à des créanciers récalcitrants, dès lors qu'une large majorité des porteurs de dette - généralement 75 % de la créance - l'adoptent. Un instrument efficace, mais qui pourrait l'être encore plus. « Les plafonds de majorité requis pour activer les CAC reflètent bien un monde où l'inviolabilité des contrats importe plus que la facilité à gérer des situations de détresse financière occasionnelle », regrettent dans une note Pierre Cailleteau et Thomas Lambert, spécialistes du conseil aux Etats chez Lazard. Pour ces derniers, il faudrait déterminer de façon plus flexible les seuils majoritaires.

Transparence

Le FMI souhaite également que les pays débiteurs se montrent plus transparents sur l'étendue réelle de leur dette, et sur l'identification de leurs créanciers. Même si le cas de la dette cachée du Mozambique reste isolé, il est souvent difficile d'obtenir ces informations, certains grands créanciers publics ou parapublics étant réticents à cette transparence. Certains créanciers disposent en outre de garanties, données par exemple sur les ressources naturelles du pays. S'ils les exercent en cas de restructuration, cela pourrait rendre plus difficile le remboursement des autres porteurs de dette.

Autre proposition du fonds monétaire, l'élaboration d'un cadre commun de restructuration pour les créanciers bilatéraux, - principalement les Etats, qu'ils soient ou non membre du Club de Paris. Ce club informel réunit une vingtaine de grands pays créanciers. Mais pas les acteurs arrivés plus récemment comme les pays du Golfe, l'Inde, ou la Chine qui joue un rôle de plus en plus important dans le financement des Etats africains. « La coordination des créanciers bilatéraux, dans le contexte d'un Club de Paris élargi, refléterait simplement la nouvelle réalité du monde actuel », soulignent Pierre Cailleteau et Thomas Lambert.

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