Le Brésil lance un programme pour sous-traiter la protection de l'Amazonie au secteur privé

Le Brésil lance un programme pour sous-traiter la protection de l'Amazonie au secteur privé

Carrefour sera la première entreprise à assurer le financement de l'entretien du parc naturel en Amazonie, dévastée par la déforestation. Le gouvernement souhaite que le secteur privé gère la protection de 15 % de la forêt. Les ONG dénoncent une supercherie.

« Adoptez un parc. » Telle est la formule proposée par le gouvernement brésilien pour afficher sa volonté de protéger la forêt, alors qu'on l'accuse justement de favoriser la déforestation. Le principe est simple : proposer à des entreprises de payer pour l'entretien des zones officiellement protégées en Amazonie. L'opération vise à protéger 15 % de l'Amazonie grâce à des financements privés, à hauteur de 650 millions d'euros par an.

Carrefour a répondu présent. Le groupe français, dont Jair Bolsonaro a salué le « volontarisme », est le premier à avoir adhéré à ce programme, lancé officiellement mardi. Le grand distributeur s'engage à verser environ 600.000 euros par an pour financer la protection de 75.000 hectares dans l'Etat de Rondônia (une surface équivalente à celle de la ville de New York). Les entreprises qui acceptent de participer à ce programme recevront le label de « partenaires de l'Amazonie » et espèrent retirer un bénéfice en termes d'image.

Volonté de rapprochement
Le gouvernement Bolsonaro, quant à lui, tente d'adoucir son image, au moment où la nouvelle administration américaine l'a mis au pied du mur. Joe Biden a en effet placé l'environnement au coeur de sa politique, et n'a pas hésité, durant la campagne électorale, à évoquer de possibles sanctions contre le Brésil si la déforestation n'était pas maîtrisée .

Ce thème est également à l'origine de la brouille entre Emmanuel Macron et Jair Bolsonaro , et constitue l'une des principales entraves à la ratification de l'accord entre l'Union européenne et le Mercosur. Mais, selon le président brésilien, « il n'y a pas de raison pour que la France et le Brésil gardent leurs distances ».

Greenwashing ?
« Le programme 'Adoptez un parc' est un joli petit nom, mais il n'aura pas véritablement d'impact sur l'environnement », prédit l'écrivain Sergio Abranches. Ce spécialiste de l'environnement s'oppose au principe de transformer des zones officiellement protégées par l'Etat en parcs gérés par l'initiative privée

Pour les ONG qui condamnent l'inaction, voire la complicité du gouvernement en matière de déforestation, le projet relève de la supercherie. «Car c'est le gouvernement lui-même qui pousse à l'occupation illégale des terres publiques et qui facilite le travail des mafias de la déforestation en zones officiellement protégées », assure Marcio Astrini, secrétaire exécutif de L'Observatoire du climat, un collectif d'ONG.

Eternel suspect
Les initiatives du polémique ministre de tutelle Ricardo Salles, qui avait proposé l'an dernier en Conseil des ministres de « passer le rouleau compresseur sur la législation relative à l'environnement pendant que la presse avait les yeux rivés sur la pandémie », sont toujours prises avec des pincettes par l'opinion publique. Et le programme d'« adoption » de parcs en Amazonie n'échappe pas à la règle.

« S'il s'agissait d'un complément à un programme d'un gouvernement qui respecte l'environnement, cela pourrait être une bonne idée, à la rigueur. Mais ce type d'initiative venant d'un gouvernement qui suit une logique de destruction de l'environnement aura du mal à protéger la forêt », ajoute Marcio Astrini. Natalie Unterstell, directrice de l'Institut Talanoa, un think tank spécialisé dans les politiques publiques, n'hésite pas, de son côté, à condamner un mélange de « greenwashing et de government washing ».

Chez Carrefour, on fait le dos rond. « La logique est de défendre la forêt. Il s'agit d'un premier pas », explique Stéphane Engelhard, vice-président de la filiale brésilienne.

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