L’Argentine légalise l’avortement après le feu vert du Sénat, à majorité conservatrice

L’Argentine légalise l’avortement après le feu vert du Sénat, à majorité conservatrice

Deux ans après un premier rejet des parlementaires, dans un pays très divisé sur la question, le texte autorisant l’IVG a été adopté mercredi. Chaque année en Argentine, 38 000 femmes sont hospitalisées pour complications lors d’avortements clandestins.

Les sénateurs argentins ont adopté, mercredi 30 décembre, un texte légalisant l’avortement dans le pays sud-américain, très divisé sur la question. L’Argentine rejoint ainsi Cuba, l’Uruguay, le Guyana, la ville de Mexico et l’Etat mexicain d’Oaxaca, seuls à autoriser l’interruption volontaire de grossesse (IVG) sans conditions en Amérique latine.

Déjà approuvé par les députés le 11 décembre, le texte autorise l’IVG pendant les quatorze premières semaines de grossesse. Jusqu’ici, l’avortement n’était permis qu’en cas de viol ou de danger pour la vie de la mère, en vertu d’une loi de 1921. Selon le gouvernement, entre 370 000 et 520 000 avortements clandestins sont pratiqués chaque année dans le pays de 44 millions d’habitants, où 38 000 femmes sont hospitalisées pour complications lors d’avortements clandestins.

Selon la présidente de la Chambre haute, l’ex-présidente (2008-2015) et actuelle vice-présidente Cristina Kirchner, 67 sénateurs sur 72 participent à la session. Le vote est intervenu autour de 4 h 30 du matin (8 h 30 heures à Paris), mercredi, après de longues heures de débat. Trente-huit sénateurs ont approuvé le texte, vingt-neuf s’y sont opposés et un sénateur s’est abstenu. Malgré la pandémie, plusieurs milliers d’Argentins se sont rassemblés à proximité du Parlement pour exprimer leur soutien ou leur rejet du texte, avec force banderoles, musique et écrans géants transmettant les débats en direct.

Les médecins pourront opposer leur « objection de conscience »
Les députés avaient adopté le texte le 11 décembre par 131 voix pour, 117 contre et 6 abstentions, mais le Sénat est réputé plus conservateur : en 2018, il avait rejeté par 7 voix un texte similaire dans un pays encore très catholique et profondément divisé sur la question.

Pour tenter de convaincre les sénateurs de voter le texte, ce dernier inclut la possibilité pour les médecins de faire valoir leur « objection de conscience ». Parallèlement, un autre projet de loi crée une allocation des « 1 000 jours » destinée à soutenir les mères de famille pendant leur grossesse et les premières années de l’enfant, de façon à réduire les avortements pour raisons économiques. « Cette loi n’oblige pas à avorter, elle ne promeut pas l’avortement, elle lui donne seulement un cadre légal », a déclaré au cours des débats Sergio Leavy, sénateur membre de la majorité.

« Je suis catholique, mais je dois légiférer pour tous »
Le président, de centre gauche, Alberto Fernandez, au pouvoir depuis la fin de 2018, avait promis pendant sa campagne de soumettre à nouveau la légalisation de l’IVG aux parlementaires. « Je suis catholique, mais je dois légiférer pour tous, c’est un sujet de santé publique très sérieux », a fait valoir récemment le chef de l’Etat. Mais tous les sénateurs de sa majorité ne sont pas favorables au texte.

Le pape François, argentin, jusque-là silencieux sur la question, a publié mardi un message sur Twitter dans lequel il souligne que « le Fils de Dieu est né rejeté pour nous dire que toute personne rejetée est un enfant de Dieu. Il est venu au monde comme un enfant vient au monde, faible et fragile, afin que nous puissions accepter nos faiblesses avec tendresse. » Bien que ne faisant pas référence explicitement au débat, le message a été interprété par la presse argentine comme un rejet de la loi.

L’Eglise catholique et les protestants évangéliques en Argentine, opposés au texte, ont lancé un appel à « s’unir pour implorer le respect et le soin de la vie à naître », avec une journée de jeûne et de prière. Les pro-IVG, ralliés autour de la couleur verte, ont eux fait une intense campagne sur les réseaux sociaux autour de la « Campagne pour un avortement légal, sûr et gratuit », qui regroupe plus de trois cents organisations féministes déjà mobilisées en 2018.

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