L’Argentine doit faire face aux mêmes défis que dans les années 1990

L’Argentine doit faire face aux mêmes défis que dans les années 1990

14:47 - Le pays d’Amérique du Sud négocie à nouveau un prêt avec le FMI. Selon un économiste, les conditions d’emprunt sont aujourd’hui plus favorables

Le Fonds monétaire international (FMI) et l’Argentine de nouveau main dans la main. Douze années après le dernier remboursement de la troisième économie d’Amérique du Sud à l’institut financier, Nicolas Dujovne, ministre argentin du Trésor, a rencontré jeudi à Washington Christine Lagarde, la directrice du FMI. Objectif: négocier un prêt du FMI qui pourrait atteindre 20 milliards de dollars.

Ainsi, le gouvernement de Mauricio Macri veut calmer les marchés après une dévaluation du peso de 15% en une semaine. Elle est liée à l’augmentation des taux d’intérêt aux Etats-Unis la semaine dernière. Pour les Argentins, le recours au FMI constitue un choc. L’institution est considérée comme responsable de la politique ultralibérale des années 1990. Elle a abouti à la faillite du pays et à une crise sociale, politique et économique sans précédent. Comment comparer l’Argentine d’il y a vingt ans avec celle de la période actuelle?

«Les mêmes recettes»

Pour Mario Rapoport, professeur d’économie et directeur du Centre d’investigation de l’histoire économique, sociale et des relations internationales de l’Université de Buenos Aires, le recours au FMI démontre, comme dans les années 1990, le fiasco de la politique économique du gouvernement. «Toutes les mesures de déréglementation des marchés prises par le gouvernement actuel sont appuyées par le FMI. Il est probable qu’il exige une baisse des salaires et une restructuration de l’administration publique, ainsi qu’une déréglementation totale du commerce extérieur. Ce sont les recettes typiques du FMI, non seulement dans les années 1990, mais également lorsque la dictature militaire était au pouvoir [ndlr: 1976-1983]. Ces recettes sont la source de la crise de la dette en 1981 en Argentine, puis de sa faillite en 2002», souligne-t-il.

Le manque de diversification et la volatilité des prix des matières premières agricoles expliquent donc en partie le déficit des comptes courants

Fernando Baer, économiste au sein de la société de conseil Quantum Finanzas

Toutefois, l’économiste avance deux différences majeures entre les années 1990 et la période actuelle. D’une part, celles-ci sont synonymes de vaste privatisation des entreprises étatiques. «Aujourd’hui, le gouvernement n’a pas recours à ce moyen pour réduire le déficit fiscal», commente Mario Rapoport. De l’autre, l’introduction d’une parité entre le dollar et le peso appelée «convertibilidad». «L’objectif de mettre fin à des années d’hyperinflation en raison d’un surendettement lié lui aussi aux recommandations du FMI n’existe plus aujourd’hui», ajoute le professeur.

De son côté, Fernando Baer, économiste au sein de la société de conseil Quantum Finanzas, relève que la dollarisation de l’économie impliquait une «marge de manœuvre très restreinte de la Banque centrale d’Argentine. Elle ne pouvait pas émettre de l’argent, par exemple pour aider les banques, car elle était limitée par le taux fixe de conversion.»

«Marge de manoeuvre très restreinte»

En revanche, les deux époques offrent le même visage du point de vue des statistiques. «Le déficit fiscal qui s’élève à près de 6% du produit intérieur brut (PIB) était légèrement supérieur à 5% dans les années 90. Quant au déficit des comptes courants, aujourd’hui supérieur à 5% du PIB, on peut le comparer au pire moment de la «convertibilidad». Tout comme la dette publique qui atteint aujourd’hui environ 56% du PIB», analyse Fernando Baer.

Selon lui, le grand problème de l’Argentine reste structurel. Pour que l’économie se développe de manière durable, les termes de l’échange, soit le pouvoir d’achat de biens et de services importés détenus grâce aux exportations, doivent être plus favorables. «Comparativement aux années 1990, nous profitons des prix élevés des matières premières agricoles, mais beaucoup d’efforts doivent être fournis pour aboutir à une diversification des exportations avec des produits à valeur ajoutée. Par conséquent, notre économie est vulnérable, comme on le voit avec la sécheresse et ses conséquences sur la production et les exportations de soja. Le manque de diversification et la volatilité des prix des matières premières agricoles expliquent donc en partie le déficit des comptes courants», estime-t-il. Mais la conjoncture actuelle est meilleure pour l’Argentine. «L’accès à l’emprunt est possible à des taux d’intérêt beaucoup plus favorables aujourd’hui que dans les années 1990», conclut Fernando Baer.

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