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L’Argentine demande trois ans de moratoire sur le remboursement de sa dette

L’Argentine demande trois ans de moratoire sur le remboursement de sa dette

Alors que le pays se trouve « en défaut de paiement virtuel », le gouvernement va présenter aux créanciers privés de l’Argentine une offre de restructuration de la dette.

« L’Argentine ne peut rien payer, ni aujourd’hui ni pendant plusieurs années encore. » Au terme d’une réunion réunissant des représentants de la coalition de centre gauche au pouvoir et de l’opposition, jeudi 16 avril, Martin Guzman s’est montré très ferme. Le ministre argentin de l’économie a annoncé les grandes lignes de son offre de restructuration de la dette auprès des créanciers privés du pays : 62 % de décote sur les paiements d’intérêts, 5,4 % de réduction du capital et une reprise des versements seulement à partir de 2023.

L’offre de l’Argentine, qui doit lui permettre d’éviter le décaissement de près de 40 milliards de dollars (36,8 milliards d’euros) sur les trois prochaines années, doit être formellement présentée et détaillée aux créanciers privés vendredi 17 avril. « Il y a beaucoup d’intérêts en jeu ici. Il y aura des voix de créanciers qui s’élèveront pour demander que l’Argentine paye davantage que ce qu’elle peut payer », a anticipé M. Guzman. « Tout comme nous sommes tous unis pour faire face à la pandémie [de Covid-19], nous avons besoin d’être tous unis face au problème de la dette », a insisté le président argentin, Alberto Fernandez, qui s’est brièvement exprimé à la suite de son ministre.

« Défaut virtuel »
Le chef de l’Etat a jugé que l’Argentine, en proie à une grave crise économique et sociale depuis deux ans, se trouvait actuellement « dans une sorte de défaut [de paiement] virtuel ». Au pouvoir depuis décembre 2019, il avait autorisé, au mois de mars, la restructuration de plus de 68 milliards de dollars de dette détenue par les créanciers privés de l’Argentine (sur les 311 milliards de la dette totale du pays).
L’Argentine a aussi sollicité auprès du Club de Paris, qui regroupe les principaux pays créanciers, un élai d’un an supplémentaire pour le remboursement, prévu en mai, de 2,1 milliards de dollars. « L’Argentine est continuellement au bord du défaut de paiement, estime Martin Kalos, professeur d’économie à l’université de Buenos Aires. Cette incertitude si quotidienne est le prélude d’un défaut qui ne pourra être évité que par le succès des négociations avec les créanciers privés. »

L’économiste estime que l’offre qui leur a été faite est « raisonnable », mais s’attend à d’intenses négociations entre le gouvernement argentin et les créanciers : « Le moratoire de trois ans sera au cœur de ces discussions durant les prochaines semaines. Ne rien toucher pendant toute cette période peut être problématique pour les créanciers. » Ceux-ci doivent en théorie répondre à la proposition de Buenos Aires sous vingt jours.

Le gouvernement doit par ailleurs renégocier sa dette auprès du Fonds monétaire international FMI), qui a octroyé à l’Argentine un prêt de 57 milliards de dollars, mais dont seulement 44 milliards ont été versés au pays, sur la décision d’Alberto Fernandez. « C’est un dossier moins urgent, estime M. Kalos, car les premiers remboursements au FMI ne sont prévus qu’à partir de 2021. » Jeudi 16 avril, lors de sa présentation, Martin Guzman a précisé que le gouvernement chercherait à obtenir un « nouveau programme qui permette à l’Argentine de ne pas faire de remboursement de capital au FMI durant les trois prochaines années ».

Contraction attendue de 5,7 % du PIB en 2020

La directrice générale du FMI, Kristalina Georgieva, qui avait déjà, en mars, appelé les créanciers privés de l’Argentine à accepter un allègement de la dette du pays, a réaffirmé son soutien au gouvernement et salué sa gestion de la pandémie : « L’Argentine [a pris] une série appropriée de mesures, dans le secteur de la santé et en soutien aux secteurs les plus vulnérables », a-t-elle déclaré, mercredi 15 avril, lors d’une conférence de presse.

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