L'Argentine confirme avoir trouvé un accord historique avec ses créanciers

L'Argentine confirme avoir trouvé un accord historique avec ses créanciers

Une négociation rapide, un taux d'adhésion massif : l'accord scellé avec les créanciers privés est inédit. D'autant que les négociations ont été menées de façon virtuelle, en raison de la pandémie.

Le Président argentin Alberto Fernandez et le ministre de l'économie Martin Guzman, avant la conférence de presse dévoilant les détails de l'accord de restructuration sur la dette trouvé avec les principaux créanciers (Buenos Aires, 31 août 2020) (Juan Mabromata/Pool via REUTERS)

C'est le défaut le plus court et le plus singulier de l'histoire argentine. Lundi le gouvernement a officiellement annoncé la restructuration de plus de 66 milliards de dollars de dette émise sous législation étrangère. Le pays sort ainsi mécaniquement du défaut sélectif - le neuvième de son économie - dans lequel il avait basculé trois mois plus tôt, en mai, en manquant d'honorer le paiement de 500 millions de dollars d'intérêts.

« S'il y a une chose que nous savons faire nous les Argentins c'est nous relever quand nous tombons », s'est félicité le président péroniste Alberto Fernández (centre-gauche) en conférence de presse. Cet accord n'a pourtant rien d'une histoire qui trébuche. Il s'avère au contraire inédit, à plusieurs titres, pour ce pays qui lie sa trajectoire à celle des défauts à répétition très tôt, dès 1827, alors qu'il vient de déclarer son indépendance. Les créanciers de l'Argentine parlent désormais d'une seule voix

Premier élément notoire : l'acceptation massive des créanciers, de 93,55 %, portée à 99 % en raison des clauses d'action collective. « C'est un accord qui arrange tout le monde », observe l'économiste Martín Kalos à la tête du cabinet de conseil EPyCa. « Les créanciers évitent les litiges et vont pouvoir être payés, avec des taux d'intérêts qui restent avantageux. Et l'Argentine se retire un gros fardeau en repoussant les échéances importantes qu'elle avait à court terme. ». La restructuration concerne environ un cinquième de la totalité de la dette nationale qui s'établit à 324 milliards de dollars, 90 % du produit intérieur brut.

Un serial payeur

Le pays commencera à rembourser dès 2021, contre 2023 selon l'offre initiale du gouvernement. Les intérêts passent de 7 à 3,07 %. Désormais, la valeur nominale des obligations s'élève à près de 55 dollars par tranche de 100 contre 40 dollars environ dans la première proposition du gouvernement. « L'Argentine reste une bonne affaire pour les créanciers. C'est pour cette raison qu'ils continuent de prêter car le pays finit par payer, même s'il y a défaut ou risque de défaut : c'est un serial payeur », analyse Martín Kalos.

Il faut dire que ces négociations commencent sous de bons auspices. L'Argentine répète à l'envi l'insoutenabilité de sa dette… mais continue à payer rubis sur l'ongle, jusqu'à fin mai. « C'est tout le contraire du défaut de 2001 : le pays arrive aux discussions et a déjà arrêté de rembourser. Ces négociations s'étirent d'ailleurs jusqu'à 2005 », souligne Martín Kalos. Autre singularité : le défaut sélectif en mai n'entrave en rien la poursuite du dialogue. Quand les Argentins utilisent le bitcoin pour sauver leur épargne

Quel est le plan ? Cette question traditionnellement assénée par les créanciers souhaitant confirmer la fiabilité d'une restructuration a été évacuée par la pandémie, toile de fond non moins historique des discussions. Sans aucune certitude, avec une économie en chute libre, le gouvernement n'a pas présenté de feuille de route chiffrée. Son programme de relance devrait d'ailleurs être dévoilé dans les prochains jours, l'accord déjà scellé.

Accord par écrans interposés

Et puis, cet accord a été plié sans allers-retours en avion ni photos officielles autour d'une table mais par écrans interposés. Cela ne relève pas d'un détail de forme : les échanges humains sont cruciaux lors d'une négociation. « Le moral et les bonnes dispositions ont été affectés par la pandémie et les créanciers n'avaient pas toute leur attention pour l'Argentine : ils cherchaient à ne pas perdre de l'argent ailleurs dans le monde. Le contexte n'a pas aidé », remarque Martín Kalos.

Cette restructuration sans précédent prépare le terrain d'une autre négociation aux caractéristiques également inédites, celle de la dette émise sous législation locale. Ses conditions ne doivent pas être dégradées mais faire l'objet du même traitement que le volet international. L'agenda se précipite. Les négociations avec le FMI portant sur le ré-aménagement d'un crédit de 44 milliards de dollars ont officiellement débuté la semaine dernière. Un calendrier a l'air de déjà-vu que le président exhorte à achever : « n'entrons plus jamais dans ce labyrinthe », a-t-il déclaré.

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