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L’Argentine au bord du défaut de paiement, macri sur la sellette

L’Argentine au bord du défaut de paiement, macri sur la sellette

L’effondrement du peso, qui a suivi la défaite de M. Macri aux primaires, a en effet poussé les commerçants à actualiser, une fois de plus, leurs prix. Des augmentations qui se font de manière anarchique : « Dans un climat de haute inflation, il y a beaucoup d’incertitudes.

Loin des engagements de campagne de 2015 de Mauricio Macri, la pauvreté, l’inflation et l’endettement public ont explosé sous la présidence du chef de l’Etat argentin, qui semble promis à la défaite aux élections du 27 octobre.

« Tout a changé à une vitesse vertigineuse. Entre 2016 et 2017, lors de son retour sur les marchés financiers, l’Argentine faisait figure de star et avait émis des titres de dette d’une valeur de 100 milliards de dollars, un record historique », rappelle Pablo Nemiña, sociologue au Conseil national de recherches scientifiques et techniques. Comme bon nombre de ses confrères, il estime que M. Macri n’avait « pas vraiment d’autre option » que d’appeler le FMI à l’aide après la soudaine dépréciation du peso en avril 2018.

« L’erreur de départ a été de faire revenir le pays sur les marchés trop brusquement. M. Macri pensait que les investissements étrangers allaient arriver tout de suite. » Mais la « pluie d’investissements » promise par le gouvernement n’est jamais tombée. Seuls sont arrivés ceux que l’on surnomme les « capitaux hirondelles », des investissements à court terme vite repartis vers d’autres terres plus prometteuses. « L’Argentine a constamment oscillé entre un modèle de développement et un autre. Au Chili, on investit dans le secteur minier. Ici, il n’y a pas de spécialité, et les conditions économiques sont tout sauf stables, alors pourquoi un investisseur viendrait-il ? », s’interroge Emiliano Libman, économiste au Centre d’études de l’Etat et de la société et à l’Université nationale de San Martin.

M. Macri a en outre commis l’erreur de sous-estimer les efforts à fournir pour maîtriser ce fléau de l’économie argentine qu’est l’inflation. En 2015, à l’époque encore chef du gouvernement de la ville de Buenos Aires, Mauricio Macri paradait : « L’inflation est le plus simple des problèmes à résoudre. » Son taux annuel dépassait déjà les 20 %. Quatre ans plus tard, 2019 devrait se terminer avec près de 55 % de hausse des prix à la consommation.

« Tout peut partir en fumée »

L’effondrement du peso, qui a suivi la défaite de M. Macri aux primaires, a en effet poussé les commerçants à actualiser, une fois de plus, leurs prix. Des augmentations qui se font de manière anarchique : « Dans un climat de haute inflation, il y a beaucoup d’incertitudes. Les entreprises ne savent plus quel prix mettre à leurs produits », explique Emiliano Libman. Certains restaurateurs ne prennent plus la peine d’imprimer un menu et utilisent des ardoises pour ajuster rapidement leurs prix.

Pour les commerçants, qui vivent les yeux rivés sur le cours du dollar, la situation actuelle est un casse-tête. Dans sa quincaillerie du centre de Buenos Aires, Mauro Zinoveev attend patiemment d’éventuels clients. « [Quelque] 75 % de mes produits sont importés. Je suis obligé d’adapter les prix. Mais je le fais progressivement… Je préfère perdre de la rentabilité plutôt que des clients », explique le jeune homme, qui a ouvert sa boutique il y a un an et demi, juste au début de la crise. Il en rit jaune. « J’ai l’impression que la situation est très instable, que tout peut partir en fumée. »

Les salaires ne suivent pas la course débridée de l’inflation. Les Argentins, dont le pouvoir d’achat s’est effondré, s’imposent tou jours plus de restrictions. Sur les réseaux sociaux, ils partagent, dépités, les nouvelles étiquettes de leurs produits du quotidien. « Adios Playadito » : sur Twitter, une journaliste fait ses adieux à un paquet de maté, la traditionnelle infusion argentine, qui coûte désormais, comme le montrent ses photos prises à trois mois d’intervalle, 35 % plus cher.

Autre promesse non tenue : celle de la « pauvreté zéro ». Sous la présidence Macri, elle a au contraire nettement augmenté. Aujourd’hui, un Argentin sur trois vit sous le seuil de pauvreté. Distributions de soupe populaire, créations de clubs de troc, multiplication du nombre de sans-abri… Ces scènes quotidiennes d’une Argentine en crise rappellent celle qu’a traversée le pays en 2001-2002. Pour les Argentins, cette période reste associée au FMI, qui avait déjà, à l’époque, prêté de l’argent au pays en échange d’un plan d’austérité drastique, avant d’interrompre son financement, précipitant le déclenchement d’une crise sans précédent.

« Lourd héritage »

Pour tenter de renverser la situation, le président a annoncé, trois jours après sa débâcle aux primaires, une série de mesures, parmi lesquelles la suppression de la TVA sur certains produits alimentaires et un moratoire sur le paiement de la dette des PME. Des annonces perçues comme tardives et insuffisantes par beaucoup. « Le modèle économique de M. Macri a échoué. Le gouvernement n’a pas soutenu la production », estime José Urtubey, dirigeant de l’Union industrielle argentine. « L’incidence de la crise a été très dure pour les entreprises. Aucune ne peut payer des taux d’intérêt pareils [actuellement de plus de 80 %]. Cela a fait chuter l’activité », abonde Daniel Funes de Rioja, président de la Chambre coordinatrice de l’industrie alimentaire, qui avait salué les mesures de M. Macri au début de son mandat.

S’il accède à la présidence le 10 décembre, Alberto Fernandez recevra, pour reprendre les mots de Mauricio Macri à propos des mandats de sa prédécesseure, « un lourd héritage », avec notamment un niveau d’endettement public record, frôlant les 90 % du produit intérieur brut. Sans grande marge de manœuvre pour relancer une économie au point mort.

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