La demande de rééchelonnement de la dette argentine mal accueillie par les marchés financiers

La demande de rééchelonnement de la dette argentine mal accueillie par les marchés financiers

Jeudi, l’indice Merval de la Bourse de Buenos Aires s’est effondré de 5,79 % et le cours de la devise argentine a perdu 3,5 % par rapport au dollar, obligeant la banque centrale à injecter plusieurs centaines de millions de dollars sur le marché des changes.

Relâcher la pression de la dette publique pour éloigner le risque d’un défaut de paiement. L’Argentine a demandé, mercredi 28 août, au Fonds monétaire international (FMI) et aux détenteurs d’obligations souveraines, un rééchelonnement de sa dette, contre la promesse d’une cure d’austérité budgétaire. Mais cette annonce n’a pas rassuré les marchés financiers. Jeudi 29 août, l’indice Merval de la Bourse de Buenos Aires s’est effondré de 5,79 %, et le cours de la devise argentine a perdu 3,5 % par rapport au dollar, obligeant la banque centrale à injecter plusieurs centaines de millions de dollars sur le marché des changes.

L’Argentine a la délicate mission de rééchelonner le remboursement de 101 milliards de dollars de dettes (91,5 milliards d’euros), dont 44 milliards déboursés par le FMI depuis 2018 (sur un engagement de 57 milliards prévus dans le plan de sauvetage) et 50 milliards en obligations de long terme détenus par des investisseurs institutionnels. Un endettement qui fait fuir les capitaux étrangers et affaiblit dangereusement le peso, qui a perdu 20 % de sa valeur au cours des deux dernières semaines.

Pour enrayer sa chute, la banque centrale argentine ne cesse de racheter des pesos au risque d’épuiser ses réserves en dollars qui ont fondu de près de 25 % au cours des quatre derniers mois. Les annonces de mercredi « devraient atténuer la pression sur le marché des changes, réduire la demande éventuelle de devises et garantir la disponibilité des ressources pour limiter la volatilité », estime le président de la banque centrale, Guido Sandleris.

« Aveu d’impuissance »

Le nouveau ministre des finances, Hernan Lacunza, en fonction depuis le 17 août, a répété, mercredi, que la stabilité de la devise argentine était sa priorité. Mais, en annonçant un rééchelonnement de la dette, il a implicitement reconnu que celle-ci était devenue insoutenable. « Le gouvernement a commis l’erreur d’annoncer un rééchelonnement de la dette du FMI, avant même d’attendre les conclusions du comité d’évaluation du Fonds ; il fait donc lui-même aveu d’impuissance face à un endettement colossal », analyse Monica de Bolle, chercheuse au think tank américain Peterson Institute for International Economics.

L’annonce du gouvernement coïncidait avec la fin d’une mission technique de quelques jours du FMI dans le pays. L’institution de Washington s’est voulue rassurante, en soulignant, dans un communiqué publié mercredi, que d’« importantes mesures » avaient été prises « pour répondre aux besoins en liquidités et pour sauvegarder les réserves monétaires ».

« Demander aux détenteurs d’obligations de repousser l’échéance de remboursement équivaut à un défaut de paiement, même si cela n’en porte pas le nom »

Le Fonds s’est enfin engagé à « continuer à être aux côtés » du pays « en ces temps difficiles ». Les obligations détenues par les particuliers seront les seules à être épargnées par le plan de rééchelonnement. Une mesure de précaution qui fait craindre le pire aux institutionnels quant à leurs créances. Les détenteurs d’obligations en devise étrangère devraient, dans les prochains jours, former un consortium pour entamer des négociations avec les autorités argentines. « Demander aux détenteurs d’obligations de repousser l’échéance de remboursement équivaut à un défaut de paiement, même si cela n’en porte pas le nom », indique Edward Glossop, analyste au cabinet britannique Capital Economics, qui ajoute : « Le calendrier politique devrait toutefois inciter les créditeurs à accepter rapidement les conditions posées par le gouvernement. »

Une économie en récession depuis 2018

La perspective de l’arrivée au pouvoir, en Argentine, le 10 décembre, d’un péroniste de centre gauche attise en effet les craintes des créanciers. Après avoir remporté une large victoire aux primaires du 11 août, Alberto Fernandes est quasiment assuré de sortir en tête des élections du 27 octobre. S’il est élu, les investisseurs craignent un retour à un populisme de gauche et à une politique budgétaire laxiste. Sa colistière, l’ex-présidente Cristina Fernandez de Kirchner, est une opposante de longue date au plan du FMI.

Celle-ci avait imposé au cours de ses mandats (2007-2015) le contrôle des capitaux, le blocage des prix ou les nationalisations. Autant de mesures qui n’ont pas laissé que des bons souvenirs. Au cours de la semaine qui a suivi la victoire d’Alberto Fernandez aux primaires, le peso et l’indice Merval de la Bourse de Buenos Aires ont perdu environ un tiers de leur valeur. Dans la foulée, les agences de notation Fitch Ratings et Standard & Poor’s ont abaissé la note souveraine de l’Argentine, redoutant une détérioration de la situation macroéconomique. « En fait, le prochain président n’aura pas d’autre choix que l’austérité budgétaire », relativise Monica de Bolle.

La confiance sera d’autant plus difficile à rétablir que l’Argentine souffre d’une réputation de mauvais payeur. Les investisseurs se souviennent encore du plus grand défaut de paiement de l’histoire, lorsque, en 2001, le pays avait cessé de rembourser près de 95 milliards de dollars d’obligations. Qu’elle échappe ou non au défaut de paiement, l’Argentine s’apprête à vivre des mois difficiles. Son économie, en récession depuis 2018, enregistre l’une des inflations les plus élevées au monde. Le tiers de la population vit sous le seuil de pauvreté et un enfant sur dix souffre de la faim.

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