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L´ agriculture,un commerce mondial á repenser d´urgence

L´ agriculture,un commerce mondial á repenser d´urgence

Dans ses négociations commerciales éventuelles avec l´Union européenne, Washington a bien L´intention de soutenir son agriculture et entend inclure une plus grande ouverture du marché européen à ses produits.

ANALYSE - Depuis près de vingt ans, les négociations à l´OMC achoppent sur les questions agricoles. Une réforme s´impose avant que les égoïsmes nationaux ne s´imposent définitivement. Au détriment de l´Europe.

« Inventer un nouveau contrat mondial en matière agricole. » Au Salon de L´Agriculture,  Emmanuel Macron a placé la barre très haut . Présidant cette année le G7, le chef de l´Etat français l´a inscrit dans l´agenda. En matière agricole aussi, les règles de L´Organisation mondiale du commerce (OMC) sont à revoir. S´érigeant en ardent défenseur du multilatéralisme, le président de la République va pourtant se heurter aux égoïsmes nationaux. L´histoire de l´OMC en témoigne.

Depuis près de vingt ans, l´agriculture constitue la pierre d´achoppement des négociations au siège de l´organisation à Genève. Lancé en novembre 2001,  le cycle de Doha devait ouvrir les marchés, réduire puis éliminer toutes formes de subventions à l´exportation et de soutien interne à l´agriculture.  En 2008, un accord semblait à portée de main . Au final, la mésentente liée au mécanisme de sauvegarde spéciale contre la hausse momentanée des importations agricoles fait capoter les négociations. Depuis, les discussions sont enlisées. Chaque pays défend ses avantages.

A la conférence ministérielle de l´OMC, à Bali, en 2013,  l´Inde, aux côtés d´une trentaine de pays en développement, s´émancipe des règles de l´OMC en matière de sécurité alimentaire. Le compromis devait être une solution temporaire jusqu´à ce qu´une solution permanente soit trouvée. Elle ne l´est toujours pas. Excepté en 2015, à la ministérielle de Nairobi, où  les pays membres se sont engagés à éliminer les subventions à l´exportation de produits agricoles , aucun accord majeur sur la politique agricole mondiale n´a eu lieu.  En décembre 2018, à Buenos Aires , les ministres n´ont même pas pu s´entendre sur la simple élimination des subventions... à la pêche illégale.

Des discussions enlisées

Aujourd´hui, les pourparlers se résument à une tentative de relance des discussions sur les aides internes à l´agriculture et sur la constitution de stocks alimentaires publics. Le chat est maigre. Face aux blocages, des experts s´interrogent régulièrement sur l´idée d´une sortie du secteur agricole de l´OMC. Au prétexte que les produits alimentaires de base ne sont pas de même nature que les produits industriels ou les services.

Dans une  note de recherche d´Agriculture Stratégies parue le mois dernier, Frédéric Courleux, son directeur des études, dénonce le fait que le logiciel de l´OMC, reposant sur la croyance dans l´autorégulation des marchés, n´est pas adapté. « Il est certain que l´OMC, sous le seul angle commercial et par une discipline des soutiens à l´agriculture biaisée par le présupposé de L´efficience des marchés, ne peut traiter à elle seule de façon satisfaisante l´ensemble des problématiques liées à l´agriculture. » Car l´agriculture couvre une large palette de problématiques liées à la lutte contre le réchauffement climatique, aux migrations, à L´environnement et à la souveraineté alimentaire de chaque pays. Les crises alimentaires à répétition, en particulier celle de 2007-2008, appelle pourtant à des solutions durables et efficaces. Mais l´absence d´une vision commune et partagée sur ces sujets compliqueL´équation agricole mondiale. D´autant plus que le multilatéralisme est en crise.

Egoïsmes nationaux

Pour Thierry Pouch, économiste et responsable du service des études économiques des chambres d´agriculture de France, « la mondialisation est en perte de vitesse et ce phénomène S´est accentué avec l´investiture de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis. Les grandes puissances économiques, qu´importe le poids de leur agriculture, s´orientent vers le bilatéralisme. Et se livrent un combat commercial sans merci ! » Les Etats-Unis illustrent parfaitement cette tendance.

L´accord commercial qui semble se profiler entre la Chine et les Etats-Unis contiendra probablement un volet agricole conséquent. D'autant plus que la Chine vient de se faire épingler par l´OMC, sur plainte des Etats-Unis, pour avoir trop aidé ses producteurs de blé et de riz. Et dans ses négociations éventuelles avec l'Union européenne, Washington entend inclure l´ouverture du marché européen à ses produits. Les Etats-Unis ont même osé instaurer des  droits de douane de près de 35 % sur les olives noires espagnoles, prétextant un cas de dumping. Bruxelles a porté plainte à l´OMC, soulignant que l´aide accordée aux producteurs espagnols est conforme aux règles multilatérales et n´exerce aucun effet de distorsion sur le commerce des olives. Il reste que, en s´attaquant à la doctrine de l´OMC, les Etats-Unis fragilisent un peu plus la position européenne à l´heure où une nouvelle politique agricole commune (PAC) est en discussion.

L´Europe attachée à l´OMC

L´Union européenne s´accroche encore aux règles multilatérales de l´OMC. Elle est l´une des rares « à poursuivre sur la voie du découplage des aides agricoles que les Etats-Unis ont remis en cause dès 2002 et abandonné en 2014 », observe Agriculture Stratégies. Depuis 1992, année de référence de la réforme de la PAC, « l´agriculture n´est plus vraiment une priorité pour Bruxelles, alors que l´instabilité des relations internationales [...] appelle au contraire à L´inscription de l´agriculture à l´agenda stratégique de l´Union européenne  »,déplorent Thierry Pouch et Pierre Blanc dans  le rapport « Déméter » 2019 .

Or, le prochain budget pluriannuel 2021-2027 de la PAC est en recul de 5 %, selon la proposition de la Commission européenne. Alors que toutes les grandes puissances agricoles renforcent leur soutien public à l´agriculture. Sans une forte position à l´OMC, l´Union risque D´être marginalisée. Emmanuel Macron l´a dit : « L´Europe agricole est aujourd´hui menacée. Elle l´est [...] par des grandes puissances qui n´hésitent plus à adopter des stratégies offensives pour imposer leurs normes et leurs standards, par un ordre international qui, à force de considérer la nourriture comme une marchandise parmi d´autres, a fini par perdre son âme. » Mais, dans le contexte actuel, le nouveau contrat mondial qu'il appelle de ses voeux risque d´être une chimère.

Richard Hiault

 

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