Kristalina Georgieva , un profil atypique a la tete du FMI

Kristalina Georgieva , un profil atypique a la tete du FMI

L’économiste bulgare, spécialiste du développement des questions environnementales, prend ses fonctions le 1er octobre.

Première dirigeante du Fonds monétaire international (FMI) originaire d’un pays émergent, la Bulgare Kristalina Georgieva prend ses fonctions ce mardi 1er octobre, en remplacement de Christine Lagarde. L’économiste de 66 ans a d’abord enseigné à l’Institut Karl-Marx de Sofia, dans la Bulgarie communiste, avant d’entamer une carrière à la Commission européenne et à la Banque mondiale. Un parcours qui fait d’elle une spécialiste du développement et des questions environnementales, et une nouvelle dirigeante du FMI au profil atypique.

Sitôt sa nomination validée par le conseil d’administration de l’institution, mercredi 25 septembre, Kristalina Georgieva a affirmé que le FMI devait « aussi s’occuper des inégalités, des risques climatiques et des changements technologiques rapides » pour « construire des économies solides et améliorer la vie des gens ».

Elle a dressé un tableau sombre des risques qui pèsent sur la conjoncture internationale : « La croissance économique mondiale continue de décevoir, les tensions commerciales persistent, et le fardeau de la dette s’alourdit dans beaucoup de pays. »

Son dossier le plus urgent est celui de la crise argentine. Le pays, au bord du défaut de paiement après avoir vu sa devise, le peso, s’effondrer au cours des derniers mois, négocie un rééchelonnement de sa dette de 57 milliards de dollars (52 milliards d’euros) contractée auprès du FMI en juin 2018.

Signe que le dossier est prioritaire : Mme Georgieva a rencontré, mercredi 25 septembre, le ministre argentin des finances avant même sa prise de fonctions officielle.

Bonne connaissance des pays émergents

La nouvelle directrice du Fonds doit négocier, avec un pays menacé par la montée de la pauvreté, un plan de réduction de la dette et des dépenses publiques.

« Elle est d’une grande habileté politique et sait concilier les points de vue pour parvenir à un consensus », témoigne Jean Arthuis, président de la commission des budgets au Parlement de Strasbourg, qui a côtoyé Mme Georgieva lorsqu’elle était commissaire européenne à la coopération internationale et au développement, puis au budget, entre 2010 et 2016.

Son autre atout est la connaissance des pays émergents. Née dans un pays à l’économie planifiée, la nouvelle directrice du FMI n’a ouvert son premier compte bancaire qu’à l’âge de 34 ans. Elle venait d’arriver à Londres, après avoir décroché une bourse pour étudier quelques mois à la London School of Economics (LSE). Elle occupe ensuite plusieurs postes à la Banque mondiale, en tant que directrice des opérations en Russie, puis du développement durable, y compris dans les Etats fragiles ou sortant d’un conflit.

C’est sans doute en parcourant ces pays qu’elle a appris à se méfier des moyennes statistiques, notamment celles qui cachent les écarts de richesse. Comme elle l’avait expliqué dans un discours donné à la LSE en septembre 2017 : « Si vous mettez votre tête dans un frigo et vos pieds dans un four, la température de votre corps sera moyenne, mais vous serez mort. » Une anecdote qui vaut aussi pour la hausse moyenne des températures sur terre. Certains pays, dont une majorité en voie de développement, sont plus vulnérables au changement climatique que d’autres.

Un « compromis entre le Sud et le Nord »

Des risques environnementaux qui peuvent ravager une économie autant qu’une dette ou un défaut de paiement. Kristina Georgevia, qui a rédigé sa thèse de doctorat sur « la politique de protection de l’environnement et la croissance économique aux Etats-Unis », s’est intéressée très tôt aux questions environnementales. En novembre 2018, alors directrice exécutive de la Banque mondiale, elle préconisait la création de fonds multilétaraux consacrés aux risques climatiques pour venir en aide aux pays touchés par des catastrophes naturelles.

« Elle voulait aussi décloisonner les différentes disciplines dans le domaine de l’environnement, faire rencontrer les scientifiques, les économistes, les hauts fonctionnaires, les journalistes, et faire émerger de nouvelles personnalités issues de pays en développement », se souvient Julia Marton-Lefèvre, ancienne directrice exécutive de l’association pour le développement et l’environnement américaine LEAD, du conseil d’administration de laquelle Kristalina Georgieva était membre.

Sa carrière à Washington au sein de la Banque mondiale éveille quelques soupçons chez ceux qui sont habitués à voir des spécialistes des finances publiques, allemands ou français, prendre la tête du FMI. « Elle est bien plus américaine qu’européenne et bien plus à l’aise à Washington qu’à Bruxelles », relève l’économiste Bruno Alomar, qui souligne qu’elle est l’un des rares commissaires européens à avoir abandonné son poste avant la fin de son mandat.

Pour cet ancien haut fonctionnaire à la Commission européenne, « c’est une nomination essentiellement politique, un cadeau fait aux pays d’Europe de l’Est, où le critère de la compétence était secondaire ». Sa nomination, soutenue par la France, avait été présentée comme un « compromis entre le Sud et le Nord ».

Selon une règle tacite, le poste de directeur du FMI est toujours confié à un Européen, ce qui suscite l’agacement des pays émergents qui y voient là une injustice.

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