Il y a 200 ans, la première levée du drapeau argentin aux Îles Malvinas

Il y a 200 ans, la première levée du drapeau argentin aux Îles Malvinas

Le 6 novembre 2020 marque une date anniversaire importante du long différend de souveraineté des Îles Malouines: les 200 ans de leur prise de possession solennelle par D. Jewett, qui hissa le drapeau argentin sur ce territoire pour la première fois, manifestation de l'exercice effectif de la souveraineté argentine, héritée de l'Espagne. Cette usurpation, effectuée en temps de paix, n'a jamais été consentie par l'Argentine.

Par Felipé Solá, Ministre des Affaires étrangères d'Argentine, membre du Parti justicialiste.

Le 6 novembre 2020 marque une date anniversaire importante du long différend de souveraineté sur la Question des Îles Malvinas : deux cents ans de la prise de possession des Îles par David Jewett, qui hissa le drapeau argentin sur ce territoire pour la première fois ce jour-là.

Lors de la Révolution de Mai de 1810, les Îles Malvinas - qui avaient fait l'objet de différends entre l'Espagne, la France et la Grande-Bretagne au XVIIIème siècle - étaient sous le plein exercice de la souveraineté des autorités espagnoles, qui en avait une possession exclusive, effective, continue et sans opposition de la part de la Grande-Bretagne ni d'aucune autre puissance étrangère. Ces droits de souveraineté sont passés de l’Espagne à l’Argentine, par le principe de la succession d’États.

La présence espagnole sur les Îles Malvinas cesse le 13 février 1811, lorsque le dernier gouverneur de l’époque de la vice-royauté se retire des îles dans le cadre du conflit avec la Première Junte, installé à Buenos Aires [Primera Junta].

Même si les Îles Malvinas sont évacuées à ce moment-là, elles ne restent pas sans occupation ni oubliées. Il existait toujours avec l’archipel une circulation fluide de biens, de capitaux et de personnes grâce aux ressources naturelles des îles : des otaries et des éléphants marins, des baleines et du bétail sauvage. Des navires britanniques, américains, français et argentins exploitaient lesdites ressources et utilisaient les rivages continentaux ainsi que les îles comme ports d’escale, de chasse et d’abattage. Cette situation avait attiré l’attention des autorités de Buenos Aires qui, depuis 1813, octroyaient des permis de pêche, établissaient des dispositions afin d’éviter la déprédation des ressources et contrôlaient l’implantation à caractère permanent de tout établissement sur la région.

C’est dans ce contexte que l’hissage du drapeau national et la présence sur les Îles Malvinas en 1820 de David Jewett, marin américain au service de la Marine argentine, prend toute sa dimension.

Avec le début des processus d'indépendance de l’Amérique Latine, depuis 1810, les nouveaux gouvernements patriotes ont dû affronter le pouvoir royal qui s’y opposait par mer et par terre. David Jewett, ainsi que d’autres marins américains et européens, viendra rejoindre cette lutte au service des Provinces-Unies, d'abord comme corsaire jusqu’en 1817.

Au mois de janvier 1820, le Directeur Suprême des Provinces-Unies, M. José Rondeau, désigna David Jewett « Colonel de l’armée au service de la marine » avec toutes les attributions et prérogatives de la fonction conférée. C'est ainsi qu'il mit les voiles le 20 janvier, aux commandes de la frégate « La Heroína », qui était reconnue par les autorités argentines comme navire de guerre d'État, afin de parcourir l'Atlantique Sud.

Après 10 mois de navigation difficile, Jewett arrive vers la fin octobre 1820 à Puerto Soledad, sur les Îles Malvinas, où il trouve des navires portant différents pavillons qui y faisaient temporairement escale dans le cadre de leurs voyages de chasse et de pêche dans la région sud.

Le 2 novembre, Jewett invita les autres capitaines à le rejoindre au moyen d'une dépêche les informant qu'il avait été chargé par le gouvernement des Provinces-Unies de prendre possession de l'archipel. Il a également souligné que, conformément aux instructions données par les autorités de Buenos Aires, il chercherait à éviter la destruction des ressources des îles. Le 6 novembre 1820, il a donc procédé à la cérémonie de prise de possession des Îles Malvinas. D'après les exposés des personnes qui y étaient présentes, telles que le capitaine britannique James Weddell - qui raconte l'événement dans le célèbre « Un voyage au Pôle Sud (1822-1824) » (A Voyage Towards The South Pole) - et le Français Louis de Freycinet, le colonel Jewett, devant les équipages ancrés à Puerto Soledad, et au nom du gouvernement de Buenos Aires, a hissé le drapeau argentin, lu une proclamation et tiré une salve de 21 coups de canon.

Trois jours plus tard, il remit aux capitaines présents une dépêche par laquelle il rendait compte de la prise de possession des Îles Malvinas au nom du Gouvernement Suprême des Provinces-Unies de l’Amérique du Sud et de sa volonté d'agir avec justice et hospitalité envers les étrangers ; tout en demandant en outre que ces informations soient communiquées à d’autres navires.

Ladite dépêche a eu une grande diffusion à travers la presse internationale. Le 3 août suivant, en Grande-Bretagne, le quotidien The Times publia un article qui le présentait comme un acte de souveraineté et au mois de novembre la nouvelle était également publiée par le journal El Argos de Buenos Ayres.

Alors que les événements qui avaient eu lieu sur les Îles Malvinas étaient diffusés, Jewett est resté sur l'archipel plusieurs mois. Pendant ce temps, il a résidé sur les Îles et exercé son autorité, jusqu’au mois de février 1821, lorsque les autorités de Buenos Aires, à sa demande, l’ont relevé de la fonction et y ont désigné Guillermo Roberto Mason nouveau commandant de « La Heroína ».

La prise de possession solennelle des Îles Malvinas a constitué une manifestation, de nature officielle et publique, de l'exercice effectif de la souveraineté argentine, héritée de l'Espagne, qui a été largement diffusée, à laquelle la Grande-Bretagne ne s’est pas opposée (elle ne s'y est pas opposée non plus en 1825, lorsqu'elle a signé avec les Provinces-Unies du Río de la Plata le Traité d'amitié, de commerce et de navigation par lequel elle a reconnu la jeune nation). Aucune autre puissance étrangère ne présenta d'opposition non plus. Cet acte significatif a constitué un maillon fondamental de la longue chaîne de mesures qui, depuis les tout débuts du premier gouvernement national jusqu'à l'expulsion des autorités argentines de Puerto Soledad en janvier 1833, ont démontré la continuité de l'occupation effective des Îles Malvinas et de l’exercice de la souveraineté par le jeune État argentin.

Cette usurpation, effectuée en temps de paix sans déclaration de guerre, n'a jamais été consentie par l'Argentine. Depuis lors, et au cours des 187 années suivantes, les différents gouvernements argentins ont réclamé de manière permanente la restitution du plein exercice de la souveraineté sur les îles.

Pour faire entendre cette revendication, le soutien de la communauté internationale a été fondamental. À la déclaration unanime et rapide des pays de l’Amérique Latine en faveur de la position argentine, s’est ajouté, au fur et à mesure que la communauté internationale s’organisait dans différents forums multilatéraux, celle d'autres groupes régionaux. Ces appuis convergents ont permis d'adopter, au sein des Nations Unies, différentes résolutions directement ou indirectement liées à la Question des Îles Malvinas, comprise comme le différend de souveraineté sur les Îles Malvinas, Géorgies du Sud, Sandwich du Sud et les espaces maritimes environnants.

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