EUROPE: LES GRANDS DÉFIS DE L’ÉQUIPE VON DER LEYEN

EUROPE: LES GRANDS DÉFIS DE L’ÉQUIPE VON DER LEYEN

La nouvelle Commission s’est engagée à mieux protéger les Européens dans un environnement incertain.

Elle l’a annoncé jeudi: Ursula von der Leyen, la future présidente de la Commission européenne, présentera mardi prochain sa nouvelle équipe. L’ex-ministre allemande de la Défense a indiqué sur Twitter (en français, anglais et allemand) avoir reçu tous les candidats des 26 autres États membres de l’Union (le Royaume-Uni, sur la voie hasardeuse du Brexit, n’en a pas dépêché). Dernier reçu, l’ex-président du Conseil des ministres italien Paolo Gentiloni, tout juste désigné par le nouveau gouvernement italien.

Les défis économiques de la nouvelle Commission, qui doit entrer en fonction le 1er novembre, ne manquent pas. À commencer par le Brexit, dont on ne sait toujours pas s’il verra le jour pour la rentrée de l’équipe von der Leyen ou trois mois plus tard.

Avec ou sans accord, les termes de la future relation commerciale avec le Royaume-Uni doivent encore être négociés. Mais la perspective d’un «no deal» risque de rendre tout ceci plus difficile. D’autant que cela laisserait ouverte la question de la «facture» du divorce. Estimée à 43 milliards d’euros, pas question pour les vingt-sept de s’en passer. Une question particulièrement sensible alors que vont s’engager les difficiles négociations pour définir le budget de l’Union européenne pour 2021-2027.

L’Union européenne, la zone économique réputée la plus ouverte au monde, affronte par ailleurs l’incertitude liée à la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine.

L’Union européenne, la zone économique réputée la plus ouverte au monde, affronte par ailleurs l’incertitude liée à la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine. Ces dernières années, la Commission Juncker a conclu à marche forcée de nombreux accords commerciaux avec le Canada, le Japon, Singapour, le Vietnam et, dernièrement, le Mercosur (Brésil, Argentine, Paraguay et Uruguay). Pour l’équipe von der Leyen, la tâche s’annonce plus ardue au moment où le modèle de libre-échange est plus que jamais sous le feu des critiques. Pour devenir acceptables aux yeux de l’opinion, il est désormais attendu de ces accords apportent des garanties pour protéger les valeurs européennes. Des ONG et une partie de la classe politique s’opposent à des accords avec des pays violant les droits de l’homme, le droit du travail ou ne respectant pas les engagements climatiques internationaux. Les prochains mois seront donc difficiles pour la Commission européenne, qui va devoir convaincre les parlements nationaux et l’assemblée de Strasbourg de ratifier l’accord avec le Vietnam ou celui avec le Mercosur.

Les citoyens exigent aussi de l’Union européenne qu’elle protège le Vieux Continent face au capitalisme d’État chinois et au protectionnisme agressif de Donald Trump. Ursula von der Leyen va devoir rapidement se mobiliser sur la relation transatlantique. La trêve commerciale obtenue par Jean-Claude Juncker en juillet 2018 semble avoir du plomb dans l’aile.

Riposte à Trump prête

Le tumultueux locataire de la Maison-Blanche menace toujours de s’en prendre aux voitures européennes, dès novembre, date de fin du moratoire sur l’augmentation des droits de douane. L’escalade pourrait être rapide car Bruxelles, prête à riposter, a déjà préparé une liste de contre-mesures à hauteur de 35 milliards d’euros. L’Allemande voudra-t-elle poursuivre sur cette voie, alors que l’industrie outre-Rhin sera la plus affectée? C’est probable. Les négociations commerciales entre Bruxelles et Washington sont dans l’impasse, principalement parce que les Européens refusent de mettre l’agriculture sur la table.

À cela s’ajoute la dispute de longue date entre Bruxelles et Washington, chacun reprochant à l’autre d’accorder des subventions publiques illégales à son champion aéronautique, Airbus et Boeing.

Sur la scène multilatérale, la présidente allemande devra également s’opposer à Donald Trump pour contrer ses tentatives visant à enterrer le principal tribunal d’arbitrage de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). «La capacité des Européens à maintenir les États-Unis à la table des négociations multilatérales et à y ramener la Chine sera cruciale pour l’équilibre systémique des prochaines décennies», affirme Elvire Fabry, de l’Institut Delors.

Sur le front intérieur, l’une des priorités de la nouvelle équipe bruxelloise sera de réformer les règles de la concurrence. Il s’agit d’éviter un nouveau veto à une fusion de type Siemens-Alstom, jugé comme un frein à la constitution de champions européens, chers à Ursula von der Leyen et ses parrains à Paris et Berlin.

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Climat: un «green deal» ambitieux

La prochaine locataire du Berlaymont a fait du climat sa grande priorité. Dans les cent premiers jours de son mandat, Ursula von der Leyen souhaite lancer un «green deal» pour accompagner la transition écologique et faire de l’Europe le premier continent neutre en carbone. L’ambition est là. Reste une question clé: son financement, pour lequel l’Allemande ne pourra agir seule et devra obtenir le soutien des États membres. Le travail sera ardu, mais «il y a une dynamique dont la nouvelle présidente va pouvoir profiter», assure un proche du dossier. Parmi les pistes étudiées, on retrouve celle d’une fiscalité de l’énergie, avec notamment une taxe carbone aux frontières de l’Union, proposition soutenue ardemment par Emmanuel Macron. Un premier débat entre ministres des Finances est prévu dès le 13 septembre.

Ursula von der Leyen entend aussi faire de la Banque européenne d’investissement (BEI) une banque pour le climat et ambitionne de mobiliser 1000 milliards d’euros pour les dix années à venir. En injectant des fonds dans des projets verts, l’enjeu sera de pousser le secteur privé à faire de même. Conscients de l’impact parfois négatif sur l’emploi qu’aura cette transition écologique, les experts de la Commission européenne veulent la rendre aussi «juste» que possible. Est notamment mentionnée l’hypothèse d’une réallocation des fonds européens de cohésion pour permettre des investissements dans les régions charbonnières, par exemple, où l’emploi est affecté par des décisions visant à réduire la pollution. Une main tendue aux pays de l’Est. En plus d’accompagner cette transition, l’Union européenne va devoir affronter les dégâts déjà causés par le changement climatique, estimés à 12 milliards annuels. Elle compte sur ce point faire aussi appel à des fonds privés.

Un fonds de 100 milliards pour le numérique

L’Europe a un retard terrible dans le domaine du numérique. Pour André Sapir, chercheur au centre de réflexion Bruegel, l’Union européenne a «besoin d’une politique plus volontariste» et surtout d’investir massivement dans des infrastructures adaptées et la numérisation d’anciennes industries, dans la recherche et le développement. L’idée de soutenir des entreprises européennes qui deviennent innovantes et stratégiques commence à s’imposer à Bruxelles. Dans le document interne de la Commission, la création d’un fonds souverain européen permettant de lever 100 milliards d’euros de financements publics et privés pour booster les start-up et faciliter l’émergence de «champions européens». Plus qu’un simple soutien financier aux entreprises, cela permettrait à l’Europe d’essayer de reprendre la main sur l’agenda numérique mondial en se mettant sur le chemin des géants américains et asiatiques.

Si rien n’est fait, «l’UE pourrait finir par être entièrement dépendante de pays tiers pour ses technologies clés. Cela laisserait notre économie, notre sécurité et notre société exposées et vulnérables dans une échelle sans précédent», avertissent les experts de la DG recherche et innovation. La problématique de la 5G et les tensions autour du recours à l’opérateur chinois Huawei qui domine le marché illustrent bien l’enjeu. Si l’idée pourrait obtenir le soutien des États membres, les modalités de mise en œuvre risquent de donner lieu à des négociations ardues. Le document de Bruxelles pointe également le besoin de mettre à jour les cursus scolaires et propose pour cela de dégager 3 milliards d’euros dans la première année du mandat, avec un objectif de 25 milliards sur les cinq prochaines années.

Zone euro: souplesse sur les déficits

Renforcer la zone euro pour mieux résister à un ralentissement, voire une crise de l’économie européenne, sera une préoccupation majeure de la Commission von der Leyen. Dans les capitales comme à Bruxelles, il est de plus en plus question de réviser le pacte de stabilité et croissance et son fameux seuil de déficit à 3 % du PIB. Dans le document interne des services de la Commission, les experts appellent à une «simplification substantielle» des règles, considérant que celles-ci ont conduit à des «situations budgétaires imprudentes» et à des limites trop sévères imposées aux politiques de relance budgétaire de gouvernements en difficulté. La réforme, qui divise les États, pourrait être menée dès la première année de la présidence.

Autre priorité: avancer dans l’épineux dossier du budget de la zone euro. En juin dernier, les ministres des Finances européens ont donné vie à «l’instrument budgétaire de convergence et de compétitivité», BICC de son acronyme anglais. Mais pour aboutir à un vrai budget commun, le travail reste considérable, d’autant que Paris et Berlin ne sont pas sur la même ligne. Sa taille, sa fonction de stabilisation ou encore son financement ont été remis à plus tard. Dès le 20 septembre, la discussion doit reprendre à Bruxelles sur le serpent de mer qu’est la taxe sur les transactions financières (TTF), susceptible de financer ce budget de la zone euro.

Emploi: un salaire minimum

Ursula von der Leyen devra remplir ses promesses dans le domaine social. Son premier cheval de bataille sera de créer un cadre pour l’instauration d’un salaire minimum au niveau européen. Il sera toutefois, comme elle s’y est engagée, «respectueux des différences» des marchés du travail d’un État membre à l’autre. Plus audacieuse encore, sa proposition d’un instrument européen de réassurance chômage en cas de fort choc économique sera également plus délicate à mettre en place.

Les experts de la DG Affaires économiques et financières de la Commission européenne qui y travaillent depuis longtemps exposent dans le document interne l’idée d’une assurance chômage européenne. Ils envisagent deux options: le paiement d’allocations de chômage directement par l’UE sur les comptes des citoyens ou un système de réassurance qui viendrait en complément aux mécanismes nationaux. L’idée est de soutenir un pays en cas de crise conjoncturelle afin de lui éviter de baisser ses prestations sociales ou de couper dans ses dépenses d’investissement. Une première étape pourrait être de lancer une consultation publique sur ce sujet dans les cent premiers jours du mandat d’Ursula von der Leyen.

 

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