En Bolivie, deux ministres limogés en dix jours

En Bolivie, deux ministres limogés en dix jours

La présidente de droite a dû se séparer d'un des membres du gouvernement à cause de ses propos xénophobes envers la communauté indigène, après en avoir exclu un autre pour corruption. Deux affaires qui renforcent les tensions politiques dans le pays, qui a dû reporter sa présidentielle.

Le ministre bolivien de l’Exploitation minière, Fernando Vásquez, a été limogé samedi par la présidente par intérim Jeanine Añez, pour avoir tenu des propos qualifiés de racistes à l’encontre du MAS (Mouvement vers le socialisme), le parti de l’ancien président indigène Evo Morales. «Dans ce gouvernement, je n’accepte ni la corruption ni la discrimination d’aucune sorte», a tweeté la présidente de droite, ajoutant : «La Bolivie est une famille au sein de laquelle nous sommes tous égaux.»

Sur les ondes d’une radio, le ministre avait prétendu que le parti de l’ex-président «a des spécificités inclusives d’identité». «J’ai les yeux verts, les cheveux frisés, je suis blanc […], je ne suis donc pas compatible avec le reste des personnes du MAS», avait-il lancé. Ses propos ont provoqué l’ire des parlementaires du MAS, majoritaire dans le Congrès bicaméral, qui ont réclamé «le renvoi immédiat» de Vásquez car «ses propos ont un contenu raciste et discriminatoire conséquent».

Evo Morales, exilé en Argentine à la suite de sa démission forcée en novembre 2019 après presque quatorze ans au pouvoir, a réagi sur Twitter : «Le racisme est un crime contre lequel nous devons lutter en tant que société.» Vásquez s’est défendu en affirmant que ses déclarations étaient «ironiques». Il risque d’être poursuivi en vertu d’une loi contre la discrimination, promulguée en 2010 par le gouvernement Morales.

Protestations
L’affaire survient dix jours après le limogeage d’un autre ministre, le titulaire de la Santé, soupçonné de corruption lors de l’achat de respirateurs pour les malades du coronavirus. Marcelo Navajas a été incarcéré le jour même, le 20 mai. Le scandale a éclaté quand des médecins se sont plaints qu’un lot de respirateurs achetés à une entreprise espagnole, et financés par la Banque interaméricaine de développement (BID), n’était pas adapté aux services de réanimation des hôpitaux du pays. L’enquête a par la suite établi que ces appareils, acquis 27 683 dollars l’unité, avaient été surfacturés : des modèles équivalents sont vendus moins de 12 000 dollars.

Les deux affaires avivent la tension politique dans le pays. Les protestations de syndicats paysans et indigènes liés à l’ancien président se sont multipliées, avec pour exigences d’assouplir la quarantaine contre le Covid-19 et de fixer la date de l’élection présidentielle, prévue pour le 3 mai mais reportée en raison de la situation sanitaire. La Bolivie enregistrait lundi 10 531 cas de contamination pour 343 décès, chiffres en nette augmentation. Le Sénat, où le MAS est largement majoritaire, avait néanmoins voté début mai une loi exigeant que le scrutin se tienne dans les 90 jours, soit le 2 août au plus tard.

Depuis son exil argentin, Evo Morales, qui ne pourra pas se présenter à la présidentielle en raison des poursuites lancées contre lui, affirme que le gouvernement d’intérim prend prétexte de la pandémie pour repousser le vote à l’année prochaine.

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