En Argentine, une « pandémie contrôlée » et une vie presque normale retrouvée

En Argentine, une « pandémie contrôlée » et une vie presque normale retrouvée

La population savoure le retour à une forme de normalité, après dix-huit mois marqués par des restrictions et l’un des taux de mortalité les plus élevés au monde.

Les loupiotes accrochées aux arbres enguirlandent la place Serrano, dans le quartier de Palermo à Buenos Aires, un des poumons de la vie nocturne qui, après un an et demi de pandémie, a largement retrouvé son public argentin, enhardi par des indicateurs sanitaires plus que jamais favorables.

Attablée en terrasse, aux côtés de puissantes basses soufflant des tubes de reggaeton, la jeunesse de la capitale et de sa banlieue renoue franchement avec la vie d’avant, dans la douceur du printemps austral, une pinte de bière dans une main, l’autre piochant dans le classique de la gastronomie bon marché, des frites au cheddar et au bacon.

« On recommence à pouvoir se projeter »
« Ça fait deux semaines que l’on perçoit une vraie différence, avec l’arrivée des beaux jours. On sent qu’il y a eu une longue abstinence : les jeunes sont exaltés, rapporte Jorge, le gérant d’un bar de la place. Nous, les restaurateurs, on a souffert avec les différentes fermetures. On n’a pas récupéré le volume d’avant parce qu’il manque encore les touristes étrangers mais on recommence à pouvoir se projeter. »

Si, comme ailleurs dans le monde, la pandémie a été marquée ici par une sinuosité des restrictions, Buenos Aires et sa région ont traversé un très long confinement en 2020, de six mois environ, avec des assouplissements relatifs.

Après l’arrivée du printemps puis de l’été austral, en 2021, le pays a dû procéder à différents tours de vis cette année. Au mois de mai, un confinement strict de neuf jours a été décrété face à la flambée des décès et des services hospitaliers au bord de la rupture. Le président argentin Alberto Fernandez (centre gauche) qualifiait alors la situation de « gravissime ». L’Argentine se hisse ainsi à la funeste huitième place des pays enregistrant le plus haut taux de mortalité au monde (hors micro-Etats), avec plus de 115 000 décès pour une population de 45 millions d’habitants.

« Cela s’explique par un système sanitaire qui n’était pas en condition, contrairement à celui des pays du Nord, un nombre de tests insuffisants et une vaccination qui a démarré trop tard, faute de recevoir les vaccins ou de pouvoir les produire », observe Guillermo Docena, biochimiste au centre de recherche public Conicet et conseiller ad honorem du ministère de la santé de la province de Buenos Aires. Après des débuts poussifs, marqués par les retards de livraison, notamment du vaccin russe Spoutnik V, le pays rattrape le temps perdu. Le 27 septembre, 65 % des Argentins avaient reçu au moins une injection et près de la moitié présentaient un schéma vaccinal complet.

Entre les mailles du variant Delta
Et depuis plusieurs jours, le pays enchaîne les records sanitaires. Dimanche 26 septembre, le plus faible nombre de contaminations liées au coronavirus depuis le mois de mai 2020 a été enregistré. La moyenne lissée sur sept jours s’élève à 1 600 cas et 62 décès quotidiens. A trois reprises en septembre, la capitale n’a comptabilisé aucun décès lié au Covid-19. L’hôpital Posadas, la plus grande structure publique du pays, en banlieue de Buenos Aires, a observé ce mois-là cinq jours sans patients malades du Covid-19 en soins intensifs.

Ce printemps sanitaire a poussé le gouvernement à des annonces enthousiastes, à quelques semaines des élections législatives partielles du 14 novembre. La ministre de la santé a ainsi ouvert la voie à la fin du masque en plein air à partir du 1er octobre – mesure ensuite contestée par certaines provinces qui ne lèveront pas l’obligation. Les discothèques vont pouvoir accueillir les fêtards vaccinés ou testés et les stades de foot leur public, après plus d’un an et demi de tribunes vides.

Tandis que les frontières sont restées fermées aux touristes toute la pandémie, hormis une expérience-éclair fin 2020 avec les pays voisins – l’Argentine accueillera les voyageurs des pays limitrophes à partir du 1er octobre et, un mois plus tard, tous les touristes vaccinés. « Les indicateurs sont très prometteurs. Si cela continue dans cette direction, cela veut dire que nous sommes actuellement peut-être en train de traverser la dernière étape de la pandémie », a déclaré le chef du cabinet des ministres, Juan Manzur.

Surtout, le pays semble passer entre les mailles du variant Delta, déjà détecté mais sans incidence sur la courbe des contaminations. « Cela est dû à la vaccination, aux restrictions qui ont été mises en place au niveau des vols de voyageurs [le quota d’Argentins et de résidents autorisés à regagner leur pays a été abaissé en juin avant d’être progressivement relevé] et au fait que les mesures de distanciation sociale restent en place, analyse Guillermo Decena, qui fait l’hypothèse d’une immunité collective dopée par les personnes ayant déjà été infectées. Le variant Delta représente une menace, la pandémie n’est pas terminée. Mais elle est actuellement contrôlée. »

Danser, chanter, « je me sens libre »
Devant un étroit bar à bière du quartier de Palermo, Gabriel, 25 ans, exulte. « J’ai enfin retrouvé un travail de serveur le mois dernier. Et puis c’est phénoménal, je peux retourner danser en boîte, c’est comme ça que je me sens libre. »

A deux tables de là, Nahuel et Luana, des étudiants de 25 ans, dînent avec un couple d’amis, en plein air. Ils ont pris soin de ne pas picorer dans la même assiette. « Je porte le masque tout le temps, je l’ai simplement retiré pour manger. Je continue de faire très attention », explique Luana, le masque encore accroché à l’oreille.

Son usage – obligatoire – est globalement encore très respecté dans la capitale et sa région et il est commun de croiser des passants avec deux exemplaires superposés. « Moi j’attends de retourner au stade voir River [l’un des deux grands clubs de la capitale]. Ça m’a manqué cette communion, pouvoir chanter et crier. Ça fait partie de notre folklore », dit Nahuel en souriant.

La bande d’amis a reçu au moins une dose du vaccin, avec enthousiasme, étonnée que l’adhésion ne soit pas aussi évidente dans d’autres pays. La vaccination pour les adolescents à partir de l’âge de 12 ans est ouverte depuis le mardi 28 septembre dans la capitale.

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