En Argentine, l'État et la monoculture du soja abîment les terres

En Argentine, l'État et la monoculture du soja abîment les terres

Si la culture du soja, utilisée principalement pour l'élevage de bovins, assure la bonne santé économique du pays, elle menace la soutenabilité des sols.

Cinquante-trois millions de tonnes. C'est la quantité de soja qui a été produite en Argentine en 2019. Alors que la production a doublé depuis 1995, cette céréale recouvre aujourd'hui 65 % des terres cultivées du pays, et continue de s'étendre.

Destinée à nourrir le bétail européen et asiatique, la culture du soja est considérée ici comme « l'or vert du pays », car elle s'exporte à presque 300 dollars la tonne, contre 150 dollars pour le maïs. Avec une telle différence, difficile pour les agriculteurs de résister à la tentation de la monoculture. Pourtant, cette pratique a des effets dévastateurs sur les terres, qui ont besoin d'alterner entre les différentes cultures et idéalement de rester en jachère. Mais c'est de plus en plus rare.

Grâce aux avancées technologiques et chimiques des années 1990, on a pu observer une reconfiguration de l'agriculture argentine dont la conséquence concrète a été l'explosion de la production des céréales. La culture du soja s'est accompagnée de nouveaux investissements dans l'industrie meunière qui ont renforcé le modèle porté par la consommation mondiale de viande rouge.

L'arrivée de la semence « Roundup Ready » a changé la donne

En 1991, deux ans après son élection, le président libéreal Carlo Menem a fait passer plusieurs décrets afin de faciliter les exportations, notamment le « decreto de necesidad y urgencia del poder ejecutivo ». Par ailleurs, le milieu des années 1985 est marqué par l'arrivée de la technique culturale simplifiée (TCS), qui signe la fin du labourage des terres et de la rotation des cultures. Cette technique réduira considérablement le coût de la production pour les agriculteurs. Mais c'est surtout la commercialisation de la semence transgénique RR « Roundup Ready », qui change la donne. En dix ans, la production de soja double.

Il y a également une autre raison pour laquelle les agricultures se sont massivement tourés vers le soja: le gouvernement. Avec sa dette contractée auprès du FMI, l'État a désespérément besoin de devises étrangères, notamment des dollars. Les gouvernements de Nestor et Cristina Kirchner ont donc décidé de faire de la rétention à l'exportation sur le blé et le maïs, afin de pousser les agriculteurs à exporter de la farine de soja, bien plus rentable.

Le pâturage est vital pour revitaliser les sols

Sean, propriétaire terrien et agriculteur, témoigne de la situation actuelle : « L'Argentine est un pays merveilleux pour l'agriculture. Nous avons des sols riches, une bonne pluviométrie, et beaucoup d'espace. Nous avons une tradition de production de céréales et d'oléagineux. C'est aussi pour cette raison que nous sommes les premiers exportateurs de farine et d'huile de soja. Pour autant, la rotation des cultures est fondamentale, et c'est aujourd'hui impossible. Depuis 15 ans, le maïs et le blé sont pénalisés par le gouvernement. Du coup, le seul moyen de rester dans le vert avec tous les impôts, c'est de planter du soja. Mais la conséquence est là : les sols s'appauvrissent. »

En effet, le soja laisse un sol pauvre et nu face aux intempéries et à la chaleur. Après la pluie, le ruissellement emporte les nutriments présents dans la terre, la rendant ainsi plus vulnérable aux périodes de sécheresse. C'est pourquoi l'agriculteur insiste sur la nécessité de laisser les terres en jachère, de les transformer en pâturage, ou encore de faire pousser du maïs. Les tiges laissées par le maïs et le bousin fournissent du paillis qui permet de stocker l'eau dans les sols.

Rodolfo Rossi, l'un des économistes argentins les plus importants actuellement, explique quant à lui : «  En Argentine, le problème s'aggrave. La plupart des graines de soja sont produites dans des zones tempérées, où les terres ne sont pas plus assez riches en protéine. En plus, il y a maintenant l'obligation d'avoir des rendements élevés avec un haut taux de nutriments. Mais la fertilisation est pour l'instant trop faible. On ne parvient plus à reconstituer ce qui est extrait. Le soja absorbe beaucoup plus de la terre que les agriculteurs ne peuvent y remettre sous forme d'engrais. La terre brûle.  »

Les agriculteurs commencent à observer les premières conséquences. La production de soja augmente, mais les exportations perdent en protéines, marquant par là même l'entrée dans un cercle vicieux. La quantité de production du soja est assurée, mais perd de plus en plus souvent en qualité.

 

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