En Argentine, les électeurs prêts à tourner la page de l’ère Mauricio Macri

En Argentine, les électeurs prêts à tourner la page de l’ère Mauricio Macri

Avec un bilan économique jugé décevant, le chef d’Etat de centre droit part en mauvaise position pour la présidentielle du 27 octobre.

 « Sachez, Monsieur le Président, que lorsque vous aurez terminé votre mandat, vous aurez laissé derrière vous 5 millions de pauvres supplémentaires », tacle Alberto Fernandez. Le candidat de centre gauche, à la tête d’une large coalition péroniste et favori de la présidentielle argentine, prévue le 27 octobre, n’a pas épargné Mauricio Macri (centre droit) dimanche 13 octobre, lors du premier débat organisé entre les six hommes candidats à l’élection. L’actuel président argentin, aux traits marqués par quatre ans d’un mandat éprouvant, part en mauvaise position pour ce scrutin : de récents sondages lui donnent jusqu’à 20 points de retard sur M. Fernandez.

« Nous pensions que remettre d’aplomb l’économie allait être plus simple », reconnaît Mauricio Macri, sur l’estrade de l’amphithéâtre de l’université de Santa Fe (centre de l’Argentine), où était organisé le débat. Avant d’assurer : « Mais nous nous apprêtons à retrouver le chemin de la croissance ! »

Nestor (qui n’a pas communiqué son patronyme), ingénieur qui a suivi le débat à la télévision, hausse les épaules : « Plus personne ne croit en ses promesses. » Cet Argentin d’une cinquantaine d’années était pourtant « plein d’espoir » lorsqu’il a voté en 2015 pour M. Macri. « Il promettait d’en finir avec la corruption. »

A l’époque, l’Argentine sort de douze ans de gouvernement kirchnériste – avec Nestor Kirchner (2003-2007), puis son épouse, Cristina Kirchner (2007-2015). Après une période de redressement économique à la suite de la grave crise de 2001, la croissance stagne à partir du début des années 2010, et de nombreux Argentins se lassent de la personnalité envahissante de leur présidente. Aujourd’hui candidate à la vice-présidence aux côtés d’Alberto Fernandez, Mme Kirchner est mise en examen, notamment pour corruption, dans treize affaires.

« Manque d’investissement »

« Cristina était devenue arrogante durant son deuxième mandat », assène Eva, 31 ans. Cette journaliste originaire d’une banlieue défavorisée de la capitale a été déçue par la gestion kirchnériste de la province de Buenos Aires : « Le manque d’investissement dans les infrastructures et les services publics était choquant. Les hôpitaux manquaient de tout. »

Pour le sociologue Gabriel Vommaro, « Macri a bénéficié au début de son mandat du soutien d’un noyau dur d’électeurs de classe moyenne supérieure, mais aussi d’Argentins sans étiquette politique qui attendaient des résultats tangibles ». 2017 a été justement une année de croissance économique, durant laquelle Mauricio Macri a lancé d’importants chantiers publics et où sa coalition gouvernementale est sortie vainqueure des élections de mi-mandat.

Mais la situation ne tardera pas à se déliter. « Macri, par excès de confiance, a pensé qu’il pouvait imposer des mesures plus radicales », analyse Gabriel Vommaro. La réforme des retraites adoptée en décembre 2017 est un coup de massue pour de nombreux Argentins. « A 65 ans, je suis obligée de continuer à travailler, car ma retraite est trop basse pour me permettre de vivre dignement », déplore María, employée de maison qui avait voté pour le président en 2015, mais se dit aujourd’hui « consternée par la situation du pays ».

Eva déchante elle aussi rapidement : « J’ai perdu mon travail, ainsi que beaucoup de personnes autour de moi. » La forte dévaluation du peso à partir d’avril 2018 sonne le glas du pouvoir d’achat des Argentins. Les salaires ne suivent pas l’inflation, qui atteint 55 % sur les douze derniers mois. La jeune femme reproche aussi au gouvernement d’avoir sollicité un prêt – de 57 milliards de dollars (50 milliards d’euros) – au Fonds monétaire international, que beaucoup d’Argentins tiennent pour responsable de la crise de 2001.

Près de quatre ans après l’arrivée au pouvoir de celui qui promettait la « pauvreté zéro », 35,4 % d’Argentins vivent sous le seuil de pauvreté, et le taux de chômage est à son plus haut niveau en treize ans. « Le pays est dans une meilleure situation qu’il y a quatre ans », martèle pourtant M. Macri.

Le président a entamé fin septembre une tournée à travers tout le pays, baptisée « Si, se puede » (« oui, c’est possible »). A chaque rassemblement, où il apparaît en doudoune sans manches devant des partisans qui agitent des drapeaux bleu ciel et blanc, Mauricio Macri se montre de plus en plus clivant, s’opposant par exemple à l’interruption volontaire de grossesse, que le Congrès a failli légaliser en 2018. Pablo Seman, sociologue de l’université nationale de San Martín, estime que cette tactique de campagne, « axée sur des discours excluants, radicaux et élitistes, (…) ne lui fera pas gagner de voix ».

Nestor regarde avec incrédulité les partisans galvanisés du président. Pour lui, hors de question de refaire confiance à M. Macri. Mais il se méfie aussi de la présence de Cristina Kirchner sur le ticket d’Alberto Fernandez : « Je ne veux ni de l’un ni de l’autre », explique l’ingénieur, au chômage depuis deux mois. Lui votera pour Roberto Lavagna, ancien ministre de l’économie de Nestor Kirchner. Troisième candidat de cette élection, il a obtenu 8 % des voix le 11 août, lors des primaires obligatoires pour tous les partis, contre 33 % pour M. Macri et 49 % pour M. Fernandez.

Si ce score se confirme le 27 octobre, le dirigeant de la coalition péroniste pourrait se passer de ballottage, car, en Argentine, il suffit d’obtenir 45 % des voix pour être élu dès le premier tour.

 

Aude Villiers-Moriamé (Buenos Aires, correspondante)

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