En Argentine, les coups de théâtre se multiplient depuis les élections

En Argentine, les coups de théâtre se multiplient depuis les élections

Après le revers électoral essuyé par le gouvernement il y a une dizaine de jours, une crise politique s'est déclenchée au sein de la majorité. Elle a entraîné un remaniement surprise lundi et pourrait permettre une large émission monétaire dans les prochaines semaines.

C'est une saga à la Borgen qui se joue en Argentine. Pour la comprendre, il faut remonter à la soirée électorale du 12 septembre dernier. Si personne ne s'attendait à une victoire triomphante de la coalition péroniste, le revers essuyé dans les urnes a été plus dur qu'imaginé . Pour le pouvoir en place, il s'agit donc d'en tirer les conclusions et de renverser la situation d'ici aux véritables élections législatives du 14 novembre.

Alors que le président Alberto Fernandez n'envisageait un éventuel remaniement qu'après le scrutin de novembre, l'ex-présidente (de 2007 à 2015) et actuelle vice-présidente Cristina Kirchner, forte d'un poids électoral plus important au sein de la coalition, ne voit pas les choses du même oeil. Elle exige un virage plus radical, une augmentation de la dépense publique et un remaniement pour pallier les défaillances de l'équipe économique.

Les rebondissements se multiplient depuis, entre propositions de démissions des ministres, déclarations sur Twitter, filtrage de messages vocaux vertement critiques d'une députée de la majorité et lettre tranchante de Cristina Kirchner.

Tour de passe-passe comptable

Vendredi, à l'issue d'âpres négociations entre les différentes composantes politiques de la coalition au pouvoir, le président a finalement donné l'impression de céder en organisant un remaniement. Annoncé un peu après 22 heures, il surprend les observateurs. Le nouveau cabinet ne présente pas de changements majeurs. En particulier, l'ensemble de l'équipe économique est maintenu.

C'était sans compter sur le décret publié quelques minutes avant l'annonce du nouveau gouvernement et passé inaperçu dans le brouhaha général. Par un tour de passe-passe comptable déjà utilisé en 2009, lorsque Cristina Kirchner était présidente, le décret permet à l'Argentine, par un savant échange d'écritures entre le Trésor et la Banque centrale (BCRA), d'utiliser les 4,3 milliards de dollars de droits de tirages spéciaux reçus du Fonds monétaire international (FMI) pour émettre de la monnaie locale, tout en conservant la possibilité de s'en servir pour honorer les échéances du pays avec le FMI, soit près d'1,9 milliards en capital et intérêts ce mercredi et la même somme le 22 décembre prochain.

Négociations compliquées

Une aubaine puisque les possibilités légales d'émission de l'Argentine arrivaient à épuisement. Sans ce décret, le pays aurait dû recourir à une politique monétaire expansive. Avec le risque de pression sur le taux de change et l'inflation qu'une telle émission sans véritable contrepartie implique.

« Cristina Kirchner avait demandé que les DTS s'utilisent en Argentine. Comme le gouvernement n'a pas souhaité parvenir à un accord avec le FMI avant les élections, il a aussi besoin d'utiliser les DTS pour éviter un défaut avec le Fonds », explique Hector Torres, ancien représentant de l'Argentine auprès de l'institution. « C'est une façon piégeuse de la satisfaire tout en évitant un défaut » .

Alors que la directrice du FMI, Kristalina Georgieva, est fragilisée et que le ministre de l'économie Martin Guzman sort affaibli de cette crise politique, les futures négociations entre l'Argentine et l'institution se compliquent.

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