En Argentine, le gouvernement présente son projet de loi pour légaliser l’IVG

En Argentine, le gouvernement présente son projet de loi pour légaliser l’IVG

C’est la première fois que l’exécutif argentin dépose un texte de légalisation de l’avortement. Le président Alberto Fernandez en avait fait une promesse de campagne.

« J’ai pris auprès de vous un engagement et aujourd’hui, je vais tenir ma parole. » Avec huit mois de retard, le président argentin, Alberto Fernandez, a présenté au Congrès, mardi 17 novembre, le projet de loi du gouvernement visant à légaliser l’interruption volontaire de grossesse (IVG). Le dirigeant péroniste de centre gauche s’était engagé à le déposer début mars, avant que la pandémie de Covid-19 ne fasse passer ce sujet au second plan.

Cravate verte au cou, la couleur symbole de la lutte pour le droit à l’avortement, Alberto Fernandez a déclaré : « La criminalisation de l’avortement n’a servi à rien, elle a seulement permis que les avortements aient lieu de manière clandestine (…). Chaque année, près de 38 000 femmes sont hospitalisées pour des avortements réalisés dans de mauvaises conditions. » En même temps que le dépôt de son projet de loi pour légaliser l’IVG, le président a également soumis au Congrès un « plan des mille jours », prévoyant notamment une aide financière pour les familles pauvres durant la grossesse et pendant trois ans après l’accouchement.

« L’Etat ne peut pas détourner le regard »
Le président, au pouvoir depuis décembre 2019, est le premier de l’histoire de ce pays très catholique à se déclarer en faveur de la légalisation de l’IVG. Pour l’heure, l’avortement en Argentine n’est permis qu’en cas de viol ou si la grossesse présente un danger pour la santé de la personne enceinte. Des dizaines de femmes meurent chaque année à la suite d’avortements clandestins, et toutes les trois heures, une fillette âgée de 10 à 14 ans est contrainte d’accoucher dans le pays.

« L’Etat ne peut pas détourner le regard, il doit être présent. Personne ne souhaite que des avortements aient lieu, mais ils ont lieu, c’est un fait, et les femmes peuvent ou mourir ou voir leur santé affectée », souligne Vilma Ibarra, secrétaire aux questions légales et techniques du président, principale autrice du texte. Dans le sous-continent américain, seuls Cuba, l’Uruguay, le Guyana et deux provinces mexicaines ont légalisé l’IVG.

L’annonce d’Alberto Fernandez a été accueillie avec beaucoup d’émotion dans les rangs des militantes féministes. La Campagne pour le droit à l’avortement légal, sans risques et gratuit a salué la décision de l’exécutif, la qualifiant de « conquête de celles et ceux qui luttent pour davantage de droits ». C’est ce collectif d’associations qui était à l’origine de précédentes propositions de loi pour légaliser l’IVG, dont celle débattue au Congrès en 2018.

Cette année-là, sous la présidence de Mauricio Macri (droite), le pays avait connu une mobilisation sans précédent pour le droit à l’avortement, une déferlante de jeunes femmes vêtues de vert défilant dans les rues des grandes villes du pays pour exiger le droit à disposer de leur corps. Face à elles, les anti-choix, ralliés derrière le slogan « Sauvons les deux vies » (sous-entendu, celle de la femme enceinte et du fœtus) et la couleur bleu ciel, organisaient également de grandes manifestations.

C’est ce camp-là qui l’a emporté, en 2018, lorsque la proposition de loi rédigée par la Campagne et soutenue par des parlementaires issu.e.s de différents partis politiques a été rejetée par le Sénat, à sept voix près.

Le projet de loi de l’exécutif prévoit, à l’instar du texte de 2018, d’autoriser l’IVG jusqu’à quatorze semaines de grossesse. Il précise que l’avortement (qu’il soit réalisé par médicaments ou via une opération chirurgicale) doit avoir lieu dans un délai de dix jours maximum après que la personne enceinte en a fait la demande.

Objection de conscience
Mais à la différence de la proposition élaborée par la Campagne, le texte du gouvernement prévoit l’objection de conscience pour les médecins qui ne souhaiteraient pas pratiquer une IVG, tout en précisant que ceux-ci doivent immédiatement renvoyer la patiente vers un confrère ou une consœur.

Le texte devrait être examiné et voté à la Chambre des députés lors d’une session extraordinaire. Au vu de la composition du Congrès – partiellement renouvelé en 2019 – le projet de loi devrait être approuvé à la chambre basse avec quelques voix d’avance, mais pourrait rencontrer davantage de difficultés au Sénat, traditionnellement plus conservateur.

« Nous sommes optimistes », affirme cependant Vilma Ibarra. De leur côté, les militantes féministes ont appelé le Congrès à traiter le sujet le plus rapidement possible, et les Argentines à rester mobilisées, « hasta que sea ley ». Jusqu’à ce que le droit à l’avortement soit inscrit dans la loi.

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