En Argentine, la lutte contre le coronavirus unit la classe politique autour du péroniste Alberto Fernandez

En Argentine, la lutte contre le coronavirus unit la classe politique autour du péroniste Alberto Fernandez

25/03 - 10:37 - Le nouveau président, qui a décrété un confinement général jusqu’à la fin du mois de mars, consolide son leadership grâce à sa gestion de l’épidémie.

A bord d’un hélicoptère survolant la capitale aux rues désertes ; sur le chantier d’un nouvel hôpital, casque de construction sur la tête ; en grande réunion avec les gouverneurs de province, l’air grave… Pas un jour ne se passe sans qu’Alberto Fernandez apparaisse en « une » des journaux : le nouveau président péroniste de centre-gauche, au pouvoir depuis moins de quatre mois, s’affiche sur tous les fronts de la lutte contre le coronavirus. Et fait consensus au sein d’une classe politique habituellement polarisée entre péronistes et antipéronistes.

Le Covid-19 a fait six morts en Argentine, pour 387 cas confirmés au 24 mars. Des chiffres encore relativement bas en comparaison de ceux des pays européens, l’épidémie ayant commencé plus tard en Amérique du Sud. Afin d’éviter un scénario à l’italienne, Alberto Fernandez a réagi tôt, décrétant coup sur coup la fermeture totale des frontières le 15 mars, la suspension des cours pour tous les élèves le 16 – à la même date que la France, qui comptait déjà, à ce moment-là, plus de 6 000 cas alors que l’Argentine en recensait une soixantaine –, avant d’annoncer le confinement total du pays à partir du 20 mars et au moins jusqu’à la fin du mois.

Ces mesures fortes tranchent avec celles prises par d’autres chefs d’Etat d’Amérique latine, comme au Brésil voisin, où l’excentrique président d’extrême droite, Jair Bolsonaro, continue de nier la gravité du virus ; ou encore au Mexique, dont le président encourage les habitants à sortir au restaurant, et à « continuer de mener une vie normale », afin de « renforcer une économie familiale et populaire ».

En Argentine, malgré une situation économique et sociale catastrophique (deux années consécutives de récession, 40 % de pauvres et un taux de chômage en forte hausse), le consensus est grand autour d’Alberto Fernandez et des mesures drastiques qu’il a choisi de prendre pour freiner l’épidémie. « Les Argentins ont vite accepté l’idée du confinement, la condamnation sociale de ceux qui ne la respectent pas est très importante », souligne Lara Goyburu, professeure de sciences politiques à l’université de Buenos Aires.

Crainte d’une explosion de la pauvreté

Le gouvernement a adopté une série de mesures économiques – allocations exceptionnelles pour les plus vulnérables, aides aux PME, notamment – pour amortir l’effet du confinement sur l’économie. Mais, dans un pays où plus d’un tiers des emplois sont informels et où près de 4 millions de personnes vivent dans des bidonvilles, la quarantaine fait craindre une explosion de la pauvreté. Selon Mme Goyburu, « les conséquences de cette crise sanitaire sur l’économie vont être extrêmement graves et vont compliquer davantage le redressement du pays ».

Il y a encore quelques semaines, la priorité d’Alberto Fernandez était de remettre l’Argentine sur le chemin de la croissance tout en renégociant la dette du pays avec les créanciers privés et le Fonds monétaire international. Le coronavirus a retardé ces discussions délicates et bouleversé l’agenda du chef d’Etat, mais lui donne aussi, selon Mme Goyburu, « l’occasion de consolider un leadership qu’il n’aurait peut-être pas pu construire lors de la négociation sur la dette. Il peut sortir grandi de cette période difficile ».

M. Fernandez, qui était déjà parvenu à fédérer les nombreuses tendances du péronisme derrière sa candidature, en 2019, présente aujourd’hui un front uni avec l’opposition. En temps de coronavirus, la grieta (la « fissure », la division politique) n’est plus de mise, comme en témoignent les conférences de presse durant lesquelles Alberto Fernandez s’affiche au côté d’Horacio Rodriguez Larreta, le chef de gouvernement de la ville de Buenos Aires, affilié au camp de l’ex-président libéral Mauricio Macri, aujourd’hui dans l’opposition. Ce dernier aurait d’ailleurs appelé M. Fernandez pour lui apporter son soutien concernant la décision de placer le pays en confinement obligatoire

« Ligne conductrice »

« On assiste à un soutien tacite au gouvernement de la part de la classe politique et des médias argentins, une sorte de trêve établie entre tous pour combattre le coronavirus », souligne Hernan Confino, historien au Conicet (Conseil national de recherches scientifiques et techniques). Depuis quelques jours, les journaux argentins sont dithyrambiques sur la gestion de l’épidémie par le gouvernement. « Comment grandit le leadership d’Alberto Fernandez au milieu d’une terrible tragédie », titre un éditorialiste du site Infobae, qui estime que le président « semble être davantage préoccupé par le destin des habitants de son pays que par le sien. » « Dans ce malheur, Alberto a trouvé une ligne conductrice et une façon de consolider son autorité », affirme pour sa part le journal conservateur Clarin, pourtant farouchement antipéroniste.

Le gouvernement argentin a affiché jusqu’ici une certaine fermeté, notamment en expulsant 270 touristes étrangers, le 15 mars, pour non-respect de la quarantaine et en prévoyant des peines allant jusqu’à la prison ferme pour ceux qui violeraient les nouvelles règles établies. Il n’a toutefois pas souhaité décréter l’état d’urgence. « Dans le passé, cette mesure a été prise lors de la dictature militaire [1976-1983] et au moment de la crise économique de 2001, explique M. Confino. Alberto Fernandez veut éviter cette étiquette, surtout aux alentours du 24 mars. » Journée de la mémoire pour la vérité et la justice, le 24 mars est habituellement une date de manifestations en souvenir des disparus de la dictature. Mais, pour la première fois depuis le retour à la démocratie, le rassemblement a été annulé en raison du coronavirus.

« Il est très important que le consensus politique reste de mise durant le confinement », affirme la politologue Lara Goyburu. « Mais cela va en grande partie dépendre de l’évolution de l’épidémie, selon M. Confino, et notamment si la courbe de nouveaux cas s’aplanit ou non (…). La grieta n’a pas entièrement disparu, elle pourrait reprendre ses droits. » D’autant plus si, comme l’anticipent déjà les journaux argentins, le confinement est prolongé jusqu’à mi-avril.

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