En Argentine, crise de légitimité pour Macri à deux mois de la présidentielle

En Argentine, crise de légitimité pour Macri à deux mois de la présidentielle

L’échec spectaculaire du chef de l’Etat de droite, Mauricio Macri, aux primaires du 11 août a paniqué les marchés financiers.

A deux mois des élections présidentielle et législatives du 27 octobre, l’Argentine est plongée dans l’incertitude, sur son avenir économique, mais également politique. Le président de droite, Mauricio Macri, est profondément affaibli après sa défaite cuisante aux primaires du 11 août, où il a été battu de 15 points par le péroniste Alberto Fernandez.

L’énorme brèche entre les deux adversaires a transformé, de façon inédite, ces primaires en présidentielle anticipée, avec des résultats qui semblent irréversibles. D’un côté, les 47 % de votes favorables de M. Fernandez lui donnent le pouvoir des urnes et, déjà, l’allure de futur président, sans avoir été élu. « Je ne peux rien faire, rappelle-t-il pourtant à l’envi, je suis seulement candidat. » De l’autre, M. Macri est encore président, mais en a presque perdu la légitimité.

Après une semaine de panique sur les marchés, où le peso a perdu plus de 20 % de sa valeur et la Bourse chuté de plus de 30 %, le très libéral ministre des finances, Nicolas Dujovne, a démissionné le 17 août. Il a été remplacé par Hernan Lacunza, ministre de l’économie de la province de Buenos Aires. La veille, les agences Fitch et S&P avaient abaissé la note de la dette souveraine de l’Argentine.

« Coup de pouce »

Mais le premier discours de M. Lacunza, qui a promis d’honorer les engagements budgétaires pris envers le Fonds monétaire international (FMI) et de stabiliser le peso, n’a pas empêché une nouvelle chute de 10 % de la Bourse de Buenos Aires mardi en fin de séance. Il a également convoqué à un dialogue les économistes qui accompagnent les candidats de l’opposition pour trouver un accord sur « des conditions de base afin de garantir la stabilité ». Alberto Fernandez et le « candidat de la troisième voie », Roberto Lavagna, ont accepté. Seul le front de gauche a rejeté l’invitation.

Un des premiers défis de M. Lacunza sera précisément d’être le nouvel interlocuteur du FMI avec la venue, ces prochains jours, d’une nouvelle mission de l’organisme à Buenos Aires. M. Dujovne avait été l’artisan du prêt record de 57 milliards de dollars octroyé en 2018 à l’Argentine, en échange de mesures d’austérité qui ont volé en éclats face à l’échec électoral du gouvernement et la dramatique situation socio-économique.

Sous pression, le président Macri a en effet annoncé le 14 août une série de mesures pour « donner un coup de pouce » au pouvoir d’achat des classes moyennes et populaires. Ces mesures, que M. Macri jugeait par le passé « populistes », comprennent la suppression de la TVA de 21 % sur des produits de base comme l’huile, le lait et la farine, une hausse du salaire minimum, des aides sociales, des réductions d’impôts et le gel du prix de l’essence durant trois mois. L’inflation est de plus de 40 % sur les douze derniers mois. L’intention est double : résister à la débâcle économique et récupérer la confiance d’une partie de l’électorat avant le scrutin d’octobre.

M. Macri a demandé pardon, le 14 août, pour ses déclarations au lendemain des primaires. Il avait alors attribué l’écroulement financier à la méfiance qu’inspire aux marchés la perspective d’un retour au pouvoir de l’ex-présidente Cristina Fernandez de Kirchner (2007-2015), candidate au poste de vice-présidente d’Alberto Fernandez. Le chef de l’Etat a finalement contacté son adversaire, M. Fernandez, qui a accepté une conversation téléphonique, évitant toute rencontre personnelle et une photo ensemble. « Nous avons pu rompre une barrière qui semblait indestructible : celle du dialogue », a jugé M. Fernandez, précisant : « Macri peut me téléphoner toutes les fois qu’il le juge nécessaire. » Ce geste a momentanément calmé les marchés.

« Le Mercosur est central »

Tout en assurant que s’il était élu, il respecterait les engagements de son pays envers le FMI, M. Fernandez a demandé au président Macri de renégocier l’accord afin d’établir un nouveau calendrier des remboursements. Il a également défendu le Mercosur en réponse au président brésilien, Jair Bolsonaro, qui a menacé de quitter le marché commun sud-américain si les kirchnéristes revenaient au pouvoir. « Pour moi, le Mercosur est un endroit central. Et le Brésil est notre principal partenaire et va le rester », a rétorqué M. Fernandez.

Le candidat péroniste a affirmé qu’il fallait « accompagner le président Macri jusqu’au 10 décembre », date de la fin de son mandat. La nécessité de garantir une transition politique « ordonnée » a également été avancée par les puissants entrepreneurs de l’Union industrielle argentine (UIA), qui considèrent comme « irréversible » la défaite de M. Macri.

C’est que depuis la naissance du péronisme dans les années 1940, aucun gouvernement non péroniste n’a pu aller jusqu’au bout de son mandat, que ce soit à cause d’un coup d’Etat (en 1962 et en 1966) ou d’une débâcle économique (le gouvernement de Raul Alfonsin en 1989 et celui de Fernando de la Rua en 2001).

Christine Legrand (Buenos Aires, correspondante)

www.prensa.cancilleria.gob.ar es un sitio web oficial del Gobierno Argentino