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Dictature argentine : l’ex-policier Mario Sandoval, accusé de crimes contre l’humanité, extradé vers Buenos Aires

Dictature argentine : l’ex-policier Mario Sandoval, accusé de crimes contre l’humanité, extradé vers Buenos Aires

Il est soupçonné d’avoir participé à plus de 500 faits de meurtres, tortures et séquestrations pendant la dictature militaire, qui a duré de 1976 à 1983.

C’est l’épilogue de huit années de bataille judiciaire en France. Pour la famille Abriata, c’est aussi le début d’une nouvelle étape, celle de « la fin de l’impunité », quarante-trois ans après les faits. L’ancien policier argentin Mario Sandoval, qui a été mis dans un vol d’Air France dimanche 15 décembre au soir par la justice française, devait arriver lundi matin à Buenos Aires, où il sera jugé pour la disparition d’un étudiant de 25 ans, Hernan Abriata, pendant la dictature militaire (1976-1983).

« Après huit ans d’attente, j’ai encore du mal à y croire, mais ça y est, Sandoval va être ici, en prison, s’émouvait, dimanche soir, à Buenos Aires, une des sœurs du jeune disparu, Laura Abriata. Le plus extraordinaire, c’est que son impunité a pris fin, lui qui se croyait intouchable. Nous avons eu tellement de doutes pendant huit ans. »

Installé en France en 1985, deux ans après la chute de la junte militaire argentine, l’ex-policier avait été arrêté mercredi 11 décembre à son domicile de Nogent-sur-Marne, en banlieue parisienne, après le rejet d’un de ses derniers recours devant le Conseil d’Etat. La plus haute juridiction administrative avait validé définitivement un décret d’extradition pris par le gouvernement français le 24 octobre 2018. Son ultime recours devant la Cour européenne des droits de l’homme a été rejeté vendredi.

La mère d’Hernan, Beatriz Cantarini de Abriata, qui aura 93 ans le 25 décembre, a reçu la nouvelle de l’extradition du responsable présumé de la disparition de son fils « avec beaucoup d’émotion ». « Enfin, les assassins vont payer pour leurs crimes en prison », s’est-elle réjouie depuis sa maison de retraite, dans une vidéo envoyée à son cercle familial.

Une enquête monumentale

Mario Sandoval, 66 ans, qui tenait un blog sur lequel il publiait régulièrement des billets négationnistes sur la dictature, a utilisé tous les recours permis par la justice pour retarder son extradition, demandée à la France en 2012 par le juge argentin Sergio Torres. Tout au long des huit années de procédure, « il a tout à tour invoqué la prescription de l’action pénale, l’homonymie ou l’erreur sur la personne ou encore la persécution politique », énumère l’avocate de l’Etat argentin, Sophie Thonon-Wesfreid, qui a, un à un, démonté tous ses arguments. Il n’a pas hésité non plus à saisir le Conseil constitutionnel pour une question prioritaire de constitutionnalité. Là aussi, il avait été débouté par les « sages ». « La demande d’extradition de Mario Sandoval a permis un débat juridique qui a définitivement fixé la jurisprudence [française] en matière de crimes de disparition forcée », souligne Me Thonon-Weisfred dans un communiqué.

En Argentine, le magistrat Sergio Torres est chargé de l’instruction de l’enquête monumentale sur les crimes commis dans le centre clandestin de détention de l’Ecole de mécanique de la marine (ESMA), où ont disparu environ 5 000 opposants. Deux cents ont survécu. On estime que 30 000 personnes ont disparu pendant ces années de plomb.

Hernan Abriata, étudiant en architecture, militait au sein des Jeunesses universitaires péronistes lorsqu’il a été enlevé par les forces de l’ordre, en pleine nuit, le 30 octobre 1976, au domicile qu’il partageait avec son épouse Monica Dittmar. Selon sa famille, le chef du commando l’ayant arrêté s’est présenté comme étant « Mario Sandoval, de la Coordination fédérale »« Il nous a dit que c’était une procédure de routine et que le lendemain on aurait plus d’informations, affirme Monica. J’ai vu Sandoval de mes yeux. La mère, le père et une sœur d’Hernan aussi l’ont vu, parce qu’il est d’abord passé chez eux. »

Sa famille, qui a très vite dénoncé sa disparition aux autorités et témoigné dès 1984 dans le rapport Nunca Mas (« Plus jamais ») de la Commission nationale sur la disparition de personnes, n’a pourtant jamais revu le jeune homme.

Prisonniers jetés vivants dans l’océan

De nombreux témoignages ont confirmé sa présence dans les greniers de l’ESMA, où étaient enfermés les prisonniers entre deux séances de torture, avant d’être « transférés », c’est-à-dire drogués, montés dans un avion et jetés encore vivants dans l’océan. Trois rescapés de cet enfer ont, à leur libération, contacté la famille d’Hernan pour leur raconter qu’ils l’avaient côtoyé pendant plusieurs jours. Hernan aurait été « transféré » la veille de leur libération.

En 2017, un message gravé sur le mur du grenier a été retrouvé par une équipe enquêtant sur les traces des disparus de ce bâtiment, depuis lors transformé en Musée de la mémoire : « H. A. Monica, je t’aime. » Tout indique qu’il s’agit d’un ultime message d’Hernan à son épouse, retrouvé quarante et un ans plus tard.

Le cas d’Hernan Abriata est l’un des 700 sur lesquels enquête le juge Sergio Torres dans le cadre du « mégaprocès » de l’ESMA. En réalité, trois procès ont déjà eu lieu, et une cinquantaine de condamnations à perpétuité ont été prononcées.

Du fait de l’ampleur du nombre de victimes, de nouveaux procès doivent encore se tenir, notamment celui de Mario Sandoval, que l’on surnommait « Churrasco » – il n’est pas clair si cela était une référence à son physique avantageux, churro signifiant « beau gosse », ou à la torture des victimes à l’électricité sur un sommier en métal, comme sur un barbecue, le churrasco étant un steak.

L’ex-policier est devenu français en 1997

La justice soupçonne Mario Sandoval d’avoir participé à plus de 500 faits de meurtres, tortures et séquestrations. Mais elle n’a demandé son extradition que pour le dossier d’Hernan, le seul pour lequel elle pouvait s’appuyer sur une dizaine de témoignages directs. Et elle ne pourra donc le juger que pour ce crime, faute de quoi M. Sandoval pourrait plaider l’irrecevabilité du procès.

Reconverti depuis son arrivée en France en expert en intelligence économique, l’ancien policier, qui a mené sa carrière en toute impunité, a obtenu la nationalité française en 1997. Il a entretenu des liens avec l’université de Marne-la-Vallée et a été enseignant à l’Institut des hautes études de l’Amérique latine (Iheal) de l’université Sorbonne-Nouvelle entre 1999 et 2005 – un recrutement effectué quand l’Iheal était dirigé par l’actuel ministre de l’éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, neuf ans avant que les premières révélations sur son passé ne surgissent.

 « C’était une autre déception. Qu’un tel assassin ait pu occuper un poste pour éduquer d’autres personnes, c’est gravissime », avait critiqué la mère d’Hernan Abriata en janvier 2015. « Le fait que Mario Sandoval ait enseigné à l’Iheal en tant qu’intervenant extérieur est une ombre dans l’histoire de notre institution », ont soutenu, jeudi, dans un communiqué la directrice actuelle de l’Iheal, Capucine Boidin, et le directeur du Centre de recherche et de documentation des Amériques, Olivier Compagnon.

 

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