Devenu épicentre de l’épidémie de Covid-19, le Brésil préoccupe ses voisins

Devenu épicentre de l’épidémie de Covid-19, le Brésil préoccupe ses voisins

Alors que l’Argentine a adopté une politique sanitaire à l’opposé de celle de Brasilia, la Guyane s’inquiète devant une majorité de cas enregistrés sur la rive de l’Oyapock qui marque la frontière avec le géant sud-américain.

Plus de 14 000 km de frontières avec dix pays. Et plus d’un demi-million de cas de Covid-19 – un collectif de scientifiques estime ce chiffre entre 4,2 et 6 millions. Le géant sud-américain de 210 millions d’habitants est devenu une des préoccupations majeures de ses voisins – dont la France –, alors qu’il est désormais le deuxième pays au monde qui comptabilise le plus grand nombre de cas, après les Etats-Unis. La barre des 30 000 morts a été franchie mardi 2 juin, avec 1 263 nouveaux décès en un jour, un record.

Pourtant, le gouvernement de Jair Bolsonaro continue de minimiser la situation. Aucun confinement n’a été décrété au niveau national. Les quelques mesures prises localement n’ont été que très partiellement suivies. Et les autorités locales, sous pression et à bout de souffle économiquement, ont entamé, lundi 1er juin, la réouverture des commerces et activités, notamment dans les Etats de Sao Paulo et de Rio.

Brasilia a pris le contre-pied du reste du continent. Plusieurs pays de la région se préparent en effet à battre les records du confinement le plus long : après une énième prolongation, jusqu’au 30 juin, le Pérou comptera cent six jours de quarantaine. La Colombie quatre-vingt-dix-sept. Au 4 juin, les Argentins auront passé autant de temps confinés que les habitants de Wuhan, en Chine : soixante-dix-sept jours.

« Relations tendues »

Les présidents argentin, Alberto Fernandez (centre gauche), et brésilien, dont les relations sont glaciales, se définissent l’un l’autre comme un contre-exemple en matière de réponse à l’épidémie. Au 2 juin, l’Argentine recensait plus de 18 000 cas, et 569 décès. Lors d’une interview à la radio début mai, M. Fernandez a affirmé que les gouvernements ayant choisi de privilégier l’activité économique à la santé de leurs habitants ont « fini par accumuler les morts dans des camions frigorifiques et les enterrer dans des fosses communes », une allusion aux images de tombes creusées à la hâte dans des cimetières de Manaus. Le 28 mai, Jair Bolsonaro a riposté : « Regardez où va l’Argentine, qui voudrait cela pour le Brésil ? », en référence aux conséquences économiques que devraient entraîner l’épidémie et le confinement chez son voisin, qui traverse déjà une grave crise depuis 2018.

« Les relations étaient déjà relativement tendues entre les deux pays avant l’épidémie, surtout en raison des différentes couleurs politiques des chefs d’Etat, indique Daniel Blinder, chercheur argentin au Conseil national de la recherche scientifique et technique. Il est problématique qu’il n’y ait pas davantage de coopération logistique pour permettre d’endiguer l’épidémie. » Pour l’Argentine, dont le Brésil est le premier partenaire commercial, le manque de coordination avec son voisin risque également d’aggraver la situation économique déjà catastrophique.

Mais aucun pays n’ose se confronter directement à Jair Bolsonaro. « Le Brésil est le Brésil, on ne peut pas l’ignorer ni faire sans lui. Il représente la moitié de ce continent. Aucune “coalition anti-Bolsonaro” n’est envisageable en Amérique du Sud », explique un diplomate latino-américain basé à Brasilia, qui regrette, lui aussi, qu’il n’y ait pour le coronavirus « aucune gestion en commun de la crise au niveau continental ».

Au début de son mandat, en 2018, Jair Bolsonaro disposait d’appuis sur un continent qui avait largement basculé à droite. Mais, très vite, le président d’extrême droite a montré son indifférence, voire son mépris, pour ses voisins, misant en priorité sur sa relation avec Washington et Donald Trump, laissant régulièrement son vice-président, Hamilton Mourao, ou son ministre des affaires étrangères, Ernesto Araujo, le remplacer lors des réunions et sommets régionaux. Ce qui n’a pas empêché Washington d’interdire l’entrée aux Etats-Unis de voyageurs en provenance du Brésil à partir du 24 mai.

« Très préoccupés »

Pour l’heure, plusieurs pays sud-américains ont renforcé les contrôles aux frontières. En Uruguay − 3,5 millions d’habitants −, l’épidémie a été rapidement maîtrisée, avec 825 cas confirmés et 23 décès au 1er juin. L’activité économique reprend peu à peu, mais la vigilance reste forte à la frontière avec le Brésil. Dans la ville de Rivera (nord), le nombre de nouveaux cas est en augmentation depuis quelques jours.

Idem au Paraguay, qui ne recensait que 11 décès liés au Covid-19, mais a enregistré une recrudescence de contaminations dans les régions frontalières avec le Brésil. Le pays maintiendra sa frontière de plus de 1 360 kilomètres avec son voisin fermée « tant que la propagation du virus ne sera pas contrôlée », a déclaré, le 21 mai, le président Mario Abdo Benitez.

La France a aussi des raisons de s’inquiéter. La frontière entre la Guyane et l’Etat d’Amapa, dans le nord du Brésil, a été fermée le 19 mars. Depuis fin avril, l’épidémie a progressé très vite en Amapa, pour atteindre, au 2 juin, environ 1 000 cas confirmés dont un tiers à Oiapoque, ville frontalière avec la Guyane. Près de la moitié des 517 cas enregistrés en Guyane l’ont été sur la rive guyanaise de l’Oyapock.

« En tant que territoire frontalier du Brésil, nous sommes très préoccupés, indique Clara de Bort, directrice générale de l’agence régionale de santé (ARS) de Guyane. Nous avons mis en place depuis plusieurs semaines des mesures très restrictives pour limiter les flux entre la Guyane et l’Amapa, et tester toutes les personnes qui passent par le pont binational, mais il est très difficile de rendre étanche une frontière, a fortiori lorsque c’est un fleuve qui partage un bassin de vie transfrontalier, avec d’intenses échanges entre les deux rives. »

Depuis trois semaines, à Saint-Georges et à Camopi, à cinq heures de pirogue – les deux seules communes à être restées confinées en Guyane –, des équipes médicales de l’ARS et des centres de santé de l’hôpital de Cayenne généralisent le dépistage sur le terrain, renforcées par la réserve sanitaire. Il faut attendre dix à trente jours pour avoir le résultat des prélèvements envoyés dans la capitale. Le préfet de Guyane, Marc Del Grande, prône la solidarité dans le cadre de « relations de bon voisinage ».

A l’autre extrême de l’Amazonie, à 2 200 km à l’ouest, la situation à la « triple frontière », où se rejoignent les villes de Leticia, en Colombie, Tabatinga, au Brésil, et Santa Rosa de Yavari, au Pérou, préoccupe aussi. Une rue à peine sépare Leticia de Tabatinga. Le Covid-19 y fait des ravages. Avec 1 760 cas pour moins de 80 000 habitants, le département de l’Amazonas est proportionnellement le plus touché de Colombie. L’hôpital de Leticia, qui ne comptait pas une seule unité de soins intensifs, croule sous les malades.

Dans cette région, des organisations de populations indigènes s’alarment du manque de contrôle. Même si les frontières sont fermées au Pérou depuis le 16 mars, les populations maintiennent des contacts très étroits d’un côté et de l’autre de la frontière, notamment à travers le fleuve Amazone, principal moyen de communication.

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