Dette -l'Argentine prise entre deux feux

Dette -l'Argentine prise entre deux feux

L'Argentine ne paiera pas sa dette au Club de Paris, arrivée à échéance le 30 mai. Le ministre de l'Economie, Martín Guzmán, a donc 60 jours pour trouver un accord avec le FMI, et ainsi éviter le défaut de paiement, alors que la crise et les élections de novembre limitent sa marge de manoeuvre.

Le compte à rebours a commencé. En n'honorant pas l'échéance de quelque 2,2 milliards de dollars dus au Club de Paris, l'Argentine est entrée dans le temps additionnel. Il reste au pays 60 jours, période de grâce prévue dans l'accord signé en 2014, pour trouver une solution concernant la restructuration de sa dette et éviter que le groupe de créanciers publics déclare le défaut de paiement. Le ministre de l'Economie, Martín Guzmán, cherche à négocier avec le Fonds monétaire international (FMI) un échéancier beaucoup plus long et une baisse des taux d'intérêt. Même chose avec le Club de Paris, auprès duquel l'Argentine devrait s'acquitter d'intérêts punitifs de 9 % annuels s'il entrait en défaut avec l'organisme.

Nouvel échéancier

Deux tournées, ministérielle puis présidentielle, en avril et en mai en Europe, ont eu pour but de s'assurer le soutien des principaux pays de l'UE. La moisson a été plutôt positive, mais les déclarations de bonnes intentions ne suffiront pas.

Le Club de Paris n'acceptera pas de rééchelonnement sans un accord préalable avec le FMI sur une restructuration des 44 milliards de dollars versés au pays sous le gouvernement de Mauricio Macri (2015-2019). Ce qui pourrait impliquer une visite du FMI dans les prochaines semaines, situation que le gouvernement argentin préférerait éviter. Pris entre le marteau et l'enclume, Martín Guzmán doit aussi mener la bataille sur le front intérieur. Même si les réserves de la Banque centrale ont repris quelques couleurs ces derniers mois à la faveur des exportations agricoles, le paiement au Club de Paris porterait un coup très dur aux liquidités du pays.

Or, à quelques mois des élections législatives de novembre, le gouvernement veut pouvoir soutenir le peso et tenter de freiner une inflation qui pourrait atteindre plus de 45 % en 2021, tandis que 42 % de la population vit déjà sous le seuil de pauvreté. Alors que l'horloge tourne, le calendrier électoral, la mauvaise réputation du FMI dans le pays et la crise ont poussé une partie de la majorité présidentielle à monter au créneau au beau milieu des négociations.

« D'abord la vie, ensuite la dette »

Le 25 mai, jour de la fête nationale, un appel public signé par plus de 2.000 économistes et intellectuels, intitulé « D'abord la santé et la vie, ensuite la dette », appelait notamment le gouvernement à la « suspension du paiement du capital et des intérêts de la dette auprès du FMI et du Club de Paris, tant que dure l'urgence sanitaire ».

« C'est un message au FMI concernant les nécessités et les possibilités de l'Argentine […]. Aujourd'hui, non seulement notre gouvernement a hérité d'un pays à l'économie complètement détériorée mais aussi d'une dette extérieure clairement insoutenable. […] Le prêt accordé par le FMI à Mauricio Macri représente environ le triple de ce que l'Argentine aurait dû recevoir », assure Fernanda Vallejos, économiste et député de la majorité présidentielle, à l'initiative de la missive. et d'ajouter : « L'Argentine veut signer un accord qui soit soutenable, qui nous permette de répondre aux besoins de notre population et de notre économie et qui n'hypothèque pas le futur du pays sur plusieurs générations. »

La « responsabilité du FMI »

« Ce qui transparaît ici, c'est l'impression qu'un gouvernement peut ignorer les engagements pris par un gouvernement antérieur, alors que les deux ont été élus légitimement », s'inquiète Hector Torres, ancien représentant de l'Argentine auprès du FMI, dans une interview sur une radio locale, tout en reconnaissant la responsabilité de l'institution dans l'échec du programme mis en place avec Mauricio Macri en 2018 : « C'est une responsabilité du directoire du fonds. Le staff avait averti […] et Christine Lagarde est la principale responsable. »

Si le FMI, mal à l'aise avec la situation, semble enclin à trouver un terrain d'entente, l'ombre d'un non-paiement fin juillet sans accord préalable avec le FMI plane toujours et fait grimper le risque pays. « Quand un pays entre en défaut avec le FMI, en réalité, il entre en défaut avec tout le monde », avertit Hector Torres, alors que l'Argentine doit rembourser plus de 3,8 milliards à l'organisme d'ici la fin de l'année.

www.prensa.cancilleria.gob.ar es un sitio web oficial del Gobierno Argentino