Covid-19 : record de contaminations et mesures restrictives en Argentine

Covid-19 : record de contaminations et mesures restrictives en Argentine

Alors que les courbes font apparaître une nouvelle recrudescence des cas, dans la région de Buenos Aires notamment, l’Etat fédéral s’est résolu à fermer de nouveau le pays. Un couvre-feu, et la fermeture des écoles, a été décrété jusqu’à fin avril, dans la capitale et son agglomération.

Après avoir renoué ces derniers mois avec une ambiance nocturne vibrionnante, Buenos Aires connaît de nouveau des soirées très calmes. Depuis le 16 avril et jusqu’à la fin du mois, la capitale et sa grande région (un tiers des 45 millions d’Argentins) sont soumises à une série de mesures restrictives, destinées à endiguer la montée en flèche des cas de Covid-19 : un couvre-feu de 20 heures à 6 heures, la fermeture des écoles et la suspension des activités récréatives, religieuses, sociales et sportives à l’intérieur. « Tout ce que je souhaite, c’est protéger la santé des Argentins », a déclaré le président Alberto Fernandez (centre gauche), lors de ces annonces le 14 avril, tandis qu’il terminait son isolement, après avoir contracté une forme non grave de Covid-19.

La semaine précédente, le gouvernement avait déjà décrété l’interdiction des réunions privées à domicile, dans les régions où le virus circule intensément. « Le problème central, ce sont les réunions sociales où les gens se relâchent », a signalé le président, alors que ces derniers jours, la région de Buenos Aires, où se concentre actuellement la majorité des infections, offrait un paradoxe étonnant : certains restaurants ou cafés débordaient de clients à l’intérieur, au moment où les records de contaminations s’accumulaient.

Vendredi 16 avril, un nouveau seuil a été franchi, avec 29 472 cas enregistrés en vingt-quatre heures, alors que l’hémisphère Sud s’enfonce dans l’automne et l’hiver, saisons favorables à la propagation des virus respiratoires. « Ce n’est pas une vague, c’est un tsunami », a déclaré Axel Kicillof, gouverneur de la province de Buenos Aires (centre gauche), la région qui abrite la grande périphérie de la capitale. Plus de 59 000 Argentins ont déjà perdu la vie après avoir contracté le Covid-19.

Si les autorités parlent volontiers de « deuxième vague », les courbes font apparaître une troisième recrudescence du virus et, contrairement à d’autres pays, elles ne se sont jamais caractérisées par de réelles phases d’aplanissement. « La précédente augmentation a eu lieu pendant l’été, au mois de janvier, après le relâchement des fêtes de fin d’année. Cette fois-ci, la situation est très critique et le temps de duplication beaucoup plus rapide que l’année dernière », s’alarme Victor Romanowski, biologiste et chercheur au Conseil national des recherches scientifiques et techniques (Conicet) et membre ad honorem du comité scientifique conseillant la province de Buenos Aires. « On peut ensuite noter une accélération depuis l’ouverture des écoles au mois de mars, en raison, entre autres, des déplacements qu’elle génère. Le taux de contamination des 10-19 ans est plus important qu’au sein du reste de la population », avance le scientifique, qui estime que « le gouvernement a trop tardé à réagir ».

Poussé par un groupe d’experts qui prônaient des restrictions fortes et resserrées dans le temps, le gouvernement tourne le dos au schéma de confinement strict qui a prévalu une partie de l’année 2020. Le secteur de la restauration notamment peut continuer à opérer – en terrasse la journée, en livraison le soir – et l’enjeu est également de ménager une économie rudoyée par trois années de récession consécutives. Face à la lassitude sociale, les activités en plein air en petits groupes sont également autorisées. « On verra les effets des mesures de dix à quatorze jours après leur mise en place », calcule M. Romanowski.

« Médecine de guerre »
En attendant, les hôpitaux redoutent la saturation. Selon le ministère de la santé, l’occupation des lits en soins intensifs s’élève actuellement à 74,5 % dans la capitale et sa périphérie. Mais un relevé réalisé le 10 avril par la Société argentine de soins intensifs fait état, pour sa part, d’un taux d’occupation de 95 %. La tension se révèle particulièrement préoccupante dans le secteur privé, où sont traités la majorité des Argentins en raison d’un système de santé qui s’appuie sur les mutuelles.

A Buenos Aires, « il faut parfois six à huit heures pour trouver un lit à un patient, les ambulances tournent dans la ville à la recherche d’une place », rapporte Claudio Belocopitt, propriétaire de Swiss Medical Group, une des principales structures de médecine privée du pays. « On sollicite les hôtels, on jongle pour trouver des solutions. Le système privé dans son ensemble fonctionne actuellement à Buenos Aires comme une médecine de guerre », s’inquiète-t-il, indiquant que le personnel soignant est déjà sollicité au maximum de ses forces.

Les services de réanimation de Swiss Medical Group constatent par ailleurs un rajeunissement des patients sous l’effet de la vaccination des classes d’âge les plus vulnérables. « Ils ont maintenant 60-70 ans et présentent une meilleure évolution, ce qui affecte par ailleurs la capacité d’accueil, car il y a moins de rotations de lits [que lorsque des patients plus âgés décédaient des suites du Covid-19] », observe M. Belocopitt.

Couacs, retards de livraison, manque de doses… comme dans de nombreux pays, la vaccination ne répond pas aux objectifs claironnés initialement. Plus de 5,5 millions de personnes ont reçu au moins une dose − notamment du vaccin russe Spoutnik V ou de son concurrent anglo-suédois AstraZeneca − et plus de 800 000 deux doses. Actuellement, le rythme des injections ne permet pas d’enrayer celui des contaminations. Les variants britanniques et le brésilien – dit P1 –, réputé plus contagieux et dangereux, ont été détectés. Un récent séquençage portant sur un échantillon de 35 personnes résidant à La Plata (60 kilomètres au sud de Buenos Aires) montre une prévalence de l’ordre de 74 % du variant brésilien, selon un résultat rendu public le 17 avril par le ministre de la santé de la province de Buenos Aires, Daniel Gollan.

Dans ce contexte sanitaire très tendu, les nouvelles mesures restrictives exacerbent aussi les tensions politiques. La ville de Buenos Aires (droite, opposition) s’oppose opiniâtrement à la fermeture des écoles – restées closes toute l’année 2020 – et accuse le pouvoir fédéral d’unilatéralisme. Le gouvernement de la capitale a présenté un recours juridique afin que les établissements continuent d’accueillir des élèves. Dimanche 18 avril, un tribunal de Buenos Aires a lui statué dans ce sens, décrétant que les cours en présentiel devaient être garantis.

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