Coronavirus l'étau de la dette se resserre en Argentine

Coronavirus l'étau de la dette se resserre en Argentine

Alors que le pays attend une réponse de ses créanciers ce vendredi sur son plan de restructuration de la dette, l'épidémie de coronavirus grève les espoirs d'une possible reprise économique pour renflouer les caisses de l'Etat. Mais l'endettement massif qui se déploie dans les pays du monde entier pour faire face à la crise économique rend le cas de l'Argentine moins exceptionnel.

C'est le moment. Trois semaines après avoir présenté l'offre de restructuration d'une partie de sa dette - devant une bouteille de gel hydroalcoolique, et au côté d'un fonctionnaire affublé d'un masque, rappelant si besoin est, le contexte de pandémie qui sévit - le président argentin doit, en principe, recevoir la réponse des créanciers d'ici à vendredi 8 mai. Cette renégociation, très attendue, devait marquer le possible nouveau départ d'un pays qui, en matière de tumulte, pensait déjà avoir suffisamment écopé : deux années de récession consécutive, une pauvreté en hausse, des destructions d'emploi en série, une dette colossale impossible à honorer.

C'était avant le cataclysme du coronavirus. Face à l'urgence des politiques sanitaires et économiques, le G20 a annoncé une suspension provisoire des échéances des pays les plus pauvres. La dette s'emballe partout, dans la zone euro notamment. En France, elle devrait culminer à 115 % du PIB. Voilà qui pourrait reléguer l'Argentine et sa dette publique de 311 milliards de dollars, représentant 90 % de son PIB, à un sujet mineur. Loin de là. Plus que jamais, dans un contexte d'effondrement économique et de catastrophe sanitaire, Buenos Aires doit éviter le défaut de paiement. « L'Argentine est dans une espèce de défaut virtuel », a lancé le président argentin lors de la présentation de l'offre. En plein bras de fer entre le gouvernement et les créanciers privés, il ne faut pas s'en laisser conter. La menace du défaut, totalement assumée, s'avère un outil de négociation de taille : c'est à prendre ou à laisser, répète en substance et à l'envi le gouvernement.

Une économie exsangue

D'autant que les créanciers plaident pour un « adoucissement » de l'offre, qui porte sur 65 milliards de dollars. La proposition argentine joue sur les trois niveaux possibles : un effacement de la dette, une large remise sur les intérêts, et surtout une suspension des paiements jusqu'à 2023 . La formule est cohérente. Car le plus gros des remboursements tombe, en principe, d'ici trois ans. Et parce que cette dette relève d'une équation infernale : rembourser des crédits libellés en devises étrangères avec des pesos dévalués s'amenuisant dans une économie exsangue. Cinq questions et deux graphiques pour comprendre la crise en Argentine

Sceller un accord au plus vite doit permettre au pays de continuer à déployer les mesures d'urgence nécessaires dans un contexte de crise sanitaire, mais aussi de penser une stratégie de développement économique pour, in fine, retrouver le chemin de la croissance - si tant est que le Covid laisse germer ce genre d'ambition. Dans tous les cas, pour honorer sa dette, l'Argentine est contrainte au développement : la création de richesse détermine la possibilité des décaissements. Le défaut de paiement ? Le pays s'expose à de douloureux litiges à l'international, tandis que la dette en jeu a été émise sous législation internationale. Surtout, l'Argentine se priverait pour longtemps de tout accès aux marchés. Serait-ce bien grave pour un gouvernement de centre-gauche qui clame son désir d'indépendance de la finance ? Oui. Car, face à la catastrophe sanitaire, le pays a déplié un éventail de mesures à hauteur de 5,7 % du PIB, en faisant tourner la planche à billets. Dans une Argentine souffrant d'un mal endémique nommé « inflation », l'émission monétaire menace de réveiller le monstre hyperinflationniste, avec des conséquences désastreuses à moyen et long terme. Un accord permettant au pays de se refinancer et de se distancier de la planche à billets s'avère donc crucial : plus que jamais, c'est le moment d'éviter le défaut.

Souplesse dans les négociations

Paradoxalement, le Covid-19 peut apporter à l'Argentine une souplesse majeure dans les négociations. Actuellement, les créanciers sont nécessairement plus enclins à mesurer l'étranglement financier du pays. L'effondrement des marchés et des taux d'intérêt historiquement bas peuvent également susciter une plus grande flexibilité des prêteurs. C'est le moment de trouver un accord. La fenêtre de tir apparaît également du côté des 44 milliards de dollars prêtés par le FMI. La pandémie pourrait rendre l'institution plus conciliante. Comment exiger des politiques d'austérité et un calendrier de versements strict quand, partout, il s'agit de sauver les meubles ?

Dans un environnement plus que jamais instable, cet accord doit aussi donner un ancrage à des acteurs économiques qui naviguent dans le brouillard. Ce sera alors le moment de répondre à des questions d'une ampleur non moins titanesque : quel modèle de croissance pour l'Argentine ? Comment protéger la santé des citoyens, tout en tâchant de réactiver une économie moribonde, dans un contexte international dépressif ? Quel effort est-il réellement possible d'exiger d'une population déjà harassée, sans encourir le risque d'une explosion sociale ? L'économie devrait ployer de 6 % sous le poids du coronavirus cette année. Effet du confinement et de la mise à l'arrêt de l'économie, la pauvreté affecterait désormais 45 % des Argentins . Pour eux aussi, c'est le moment de renégocier la dette et d'avancer.

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