Climat : l’objectif des 100 milliards de dollars des pays du Nord vers le Sud sera difficile à atteindre

Climat : l’objectif des 100 milliards de dollars des pays du Nord vers le Sud sera difficile à atteindre

Les pays développés ont mobilisé 79 milliards de dollars en 2018, et la progression des financements climat marque un ralentissement, alors que le secteur privé ne se mobilise pas suffisamment.

C’est un chiffre scruté de près dans les négociations climatiques : celui des financements climat fournis par les pays du Nord à ceux du Sud. Les pays développés se sont engagés à mobiliser conjointement 100 milliards de dollars par an d’ici à 2020 pour aider les pays en développement à faire face au dérèglement climatique. Cet objectif, en partie repris dans l’accord de Paris de 2015, est devenu la base de la confiance entre Etats et l’un des moteurs de l’action climatique. Pourtant, cette promesse sera difficile à tenir, si l’on en croit les derniers chiffres publiés par l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), vendredi 6 novembre.

Les pays développés ont mobilisé 79 milliards de dollars (67 milliards d’euros) en 2018 – date des dernières données disponibles. Si ce chiffre est en hausse de 11 % par rapport à 2017, la progression marque toutefois un ralentissement, alors que l’augmentation était de 22 % entre 2016 et 2017. Dans ce total, les financements publics, bilatéraux et multilatéraux, ont progressé, pour atteindre 62 milliards de dollars. Mais les financements privés sont restés stables, à 15 milliards de dollars. L’OCDE compte également les crédits à l’exportation bénéficiant d’un soutien public, qui s’établissaient à 2 milliards de dollars.

Il manque désormais 20 milliards de dollars pour atteindre l’objectif. Ce qui implique une croissance des financements des pays développés de 13 % par an en moyenne en 2019 et 2020. « C’est faisable, à condition que les financements publics aient continué à augmenter et que la mobilisation du secteur privé ait été plus efficace », explique Raphaël Jachnik, expert en finance climat à l’OCDE. Or, pour l’instant, les financements privés n’ont que très peu augmenté depuis 2016, et ils « s’établissent à un niveau inférieur à ce qui pouvait être attendu ». Sans compter que la crise sanitaire pourrait « affecter la capacité de certains acteurs à fournir et mobiliser des nouveaux financements climatiques », prévient-il.

Des financements surestimés
« Les donateurs doivent de toute urgence intensifier leurs efforts pour aider les pays en développement à faire face aux effets immédiats de la pandémie et pour intégrer des mesures climatiques dans les plans de relance », a alerté le secrétaire général de l’OCDE, Angel Gurria, dans un communiqué.

« Sans augmentation des financements publics, on n’atteindra pas l’objectif. Et encore, les 100 milliards sont largement insuffisants au regard des impacts croissants du changement climatique », juge quant à elle Armelle Le Comte, responsable climat d’Oxfam France. Elle appelle les pays développés, et en particulier la France, à annoncer de nouveaux engagements financiers, notamment à la veille du sommet Finance en commun, le premier sommet mondial des banques publiques de développement qui se tiendra en ligne du 9 au 12 novembre.

L’Agence française de développement, qui a fourni 6 milliards d’euros de financements pour le climat en 2019, est « confiante » sur le fait d’atteindre 5 milliards d’euros en 2020, malgré la crise du Covid, explique Damien Navizet, le chef de la division climat.

Dans un rapport publié le 20 octobre, Oxfam dénonçait toutefois un gonflement articifiel des financements pour le climat par les pays développés. Selon Oxfam, l’aide financière publique réellement fournie par les pays riches ne représenterait qu’un tiers des sommes qu’ils déclarent officiellement, soit seulement entre 19 milliards et 22,5 milliards de dollars par an entre 2017 et 2018. D’abord, parce qu’ils comptabilisent des projets dont seule une partie est réellement affectée à l’action climatique. Et ensuite, parce que la majorité de ces financements sont des prêts, dont pour près de la moitié, des prêts non concessionnels (c’est-à-dire octroyés selon des taux très peu avantageux par rapport au marché), ce qui ne représente pas un véritable effort financier, d’après l’organisation non gouvernementale (ONG).

Pour l’adaptation, des fonds insuffisants
Les chiffres de l’OCDE confirment que les financements publics fournis par les pays développés sont constitués à 74 % de prêts – leurs montants ont doublé depuis 2013 –, contre 20 % de subventions, une part qui a été réduite en cinq ans. « Cela pose problème, car cela revient à alourdir la dette de pays qui doivent faire face à un changement climatique qu’ils n’ont pas provoqué », regrette Tanguy Gahouma-Békalé, président du groupe des négociateurs africains pour le climat, qui représente 54 pays.

Autre sujet d’inquiétude : les financements pour l’adaptation, s’ils ont augmenté à l’échelle mondiale, restent insuffisants. Seulement 21 % des fonds climat ont été consacrés à aider les pays à s’adapter aux impacts de la crise climatique, entre 2016 et 2018, contre 70 % pour aider les Etats à réduire leurs émissions, ce que l’on appelle l’atténuation – le reste étant consacré à des activités visant les deux à la fois. Or l’accord de Paris prévoit un équilibre entre fonds pour l’adaptation et pour l’atténuation. « En Afrique, qui est responsable de moins de 4 % des émissions mondiales de CO2, la priorité est l’adaptation », avance Tanguy Gahouma-Békalé.

Durant la période 2016-2018, ces fonds publics et privés ont d’abord financé le secteur de l’énergie (34 %), des transports (14 %), l’agriculture, la sylviculture et la pêche (9 %), puis l’eau et l’assainissement (7 %). L’Asie a bénéficié de la plus grande part (43 %), suivie de l’Afrique (25 %) et des Amériques (17 %).

Seulement 14 % des financements ont été alloués aux pays les moins avancés et 2 % aux petits Etats insulaires en développement. Ces derniers ont toutefois été les plus grands bénéficiaires en termes de financement par habitant. « C’est très faible, alors que ce sont pourtant les pays en première ligne du changement climatique », déplore Armelle Le Comte.

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