Bolivie : Evo Morales s'accroche au pouvoir

Bolivie : Evo Morales s'accroche au pouvoir

Rare représentant de la gauche sur le continent, le président guigne un quatrième mandat, ce que ne permet pas la Constitution.

Les derniers obstacles à une candidature pour un quatrième mandat d'Evo Morales à la présidence de la Bolivie sont levés. Le tribunal suprême électoral (TSE) a rejeté tous les recours contre sa participation à la primaire qui se déroulera en janvier prochain. L'élection présidentielle se déroulera, elle, en octobre 2019. Les arguments juridiques, pourtant, ne manquaient pas.

Selon ses opposants, Evo Morales tient sous son pouvoir le TSE, ce qui expliquerait cette décision. Selon le Défenseur du peuple, Rolando Villena, cette décision signe la mort de la démocratie: «Le jugement du TSE constitue une atteinte à la démocratie et confirme un coup d'État. Nous entrons dans un processus différent où il n'y a plus de démocratie, nous commençons une période de dictature.»

Evo Morales a été élu pour la première fois à la tête de la Bolivie en 2005. Il a ensuite été réélu en 2009 puis en 2014, alors que la Constitution ne permet qu'une seule réélection. Mais sa candidature a été validée, le tribunal constitutionnel estimant qu'il s'agissait de sa première réélection sous le régime de la nouvelle Constitution adoptée en 2009. Une interprétation qui a été largement contestée par ses opposants.

En 2016, Evo Morales a organisé un référendum pour changer la Constitution afin d'être autorisé à se représenter. Malgré le rejet par les Boliviens de cette proposition de réforme constitutionnelle, le président bolivien n'a pas abandonné l'idée et a consulté le Tribunal constitutionnel (TC) en 2017, afin qu'il lui permette de postuler à un nouveau mandat de 2020 à 2025. Le TC a alors rendu un avis largement contesté et contraire à la Constitution. Estimant que le fait de se présenter relève du «droit humain», il a autorisé une nouvelle candidature de Morales.

Un tribunal électoral incendié par la foule

À 59 ans, Evo Morales est l'un des derniers rescapés de la vague du socialisme du XXIe siècle qui a inondé l'Amérique latine dans les années 2000. Désormais, Cristina Kirchner a laissé la place en Argentine au libéral Mauricio Macri, Lula est en prison au Brésil et le pays dirigé par le très provocateur Jair Bolsonaro. Si Nicolas Maduro est toujours au pouvoir au Venezuela, le pays connaît une grave crise politique et sociale qui provoque un exode de sa population. Evo Morales fait donc figure de dernier des Mohicans dans une Amérique latine en pleine transformation.

Les protestations contre cette décision du TSE n'ont pas manqué. Anticipant l'annonce, des marches ont été organisées en direction de La Paz. Des rondes (vigilias) ont regroupé des opposants à un nouveau mandat d'Evo Morales devant les tribunaux électoraux régionaux. Celui de Santa Cruz, bastion traditionnel de l'opposition, a été incendié par une foule en colère.

D'anciens présidents ou chefs de gouvernement latino-américains et espagnols ont demandé dans une lettre à l'Union européenne et à l'Organisation des États américains de «faire preuve de vigilance» face à la «rupture de l'ordre constitutionnel en Bolivie». Cette lettre a notamment été signée par les anciens présidents de Bolivie, Jorge Quiroga, du Costa Rica, Oscar Arias, d'Argentine, Fernando De la Rua, du Mexique, Vicente Fox, de Colombie, Andrés Pastrana, et par l'ex-chef du gouvernement espagnol José Maria Aznar.

 
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