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Au Chili, un confinement à la carte

Au Chili, un confinement à la carte

Le président conservateur Sebastian Pinera vise l’immunité collective en ne confinant que les villes et les quartiers les plus touchés par le Covid-19 et en adaptant le dispositif au rythme de la contagion.

À Santiago, le 19 avril, une mère de jumeaux de quatre ans prépare le repas, confinée dans son appartement. HANS SCOTT/AFP

De notre correspondant à Santiago

Un regard à gauche, à droite. Gonzalo Santander s’élance. «Je suis un clandestin qui vient de franchir la frontière, ironise ce cadre dans l’industrie minière. J’ai traversé la rue pour aller m’acheter un churrasco», avoue le quadragénaire, le sandwich steak, avocat, tomate, mayonnaise entre les mains. L’avenue Vicuna-Mackenna n’a visiblement rien d’un mur étanche. L’interminable artère, naissant dans les quartiers populaires pour remonter jusqu’au cœur de la capitale, sert de référence aux autorités sanitaires pour délimiter les zones confinées de la capitale chilienne.

Dans le pays andin, la quarantaine se veut «progressive» ou «dynamique», la rhétorique du gouvernement évoluant au rythme de la progression de la contagion. Jeudi, le pays comptait 11.296 cas confirmés de Covid-19 et 160 décès. Contrairement à ses homologues du Pérou ou d’Argentine, où une quarantaine stricte est observée sur l’ensemble du territoire, le président conservateur Sebastian Pinera a opté pour un confinement ville par ville, voire quartier par quartier. À compter de ce jeudi à 22 heures, le confinement strict concerne ainsi sept villes chiliennes et cinq quartiers de Santiago, pour une semaine minimum. Les territoires concernés sont annoncés chaque mardi par le ministre de la Santé.

«C’est absurde, tranche Rosa Jiménez, employée dans un local de restauration rapide situé en «zone libre». Si je fais deux pas, je me retrouve dans la partie confinée. En face, tous les commerces ont fermé, sauf le supermarché où les clients s’agglutinent. Elle pointe son index sur les passants. Regardez, la moitié ne porte pas de masque et navigue d’une rue à l’autre. L’idéal aurait été de tous nous confiner.»

Les quartiers aisés de la capitale ont constitué les premiers foyers de contamination. Sous la pression des maires, le gouvernement s’est résolu à fermer écoles, bars et cinémas, puis a décidé d’instaurer un couvre-feu nocturne et une mise en quarantaine sur-mesure, selon plusieurs critères: le nombre de cas de Covid-19 par kilomètre carré, la moyenne d’âge des habitants, le nombre d’Ehpad et de personnes souffrant de maladie chronique. À cela s’ajoute une série quotidienne de 4000 à 5000 tests PCR chez ceux présentant des symptômes du virus.

Selon le ministère de la Santé, cette stratégie a contribué à aplanir la courbe dans plusieurs quartiers riches de Santiago. Cette volonté de tenir en bride courte le confinement est un choix assumé par l’exécutif. Dans un entretien accordé au quotidien La Tercera, Paula Daza, la secrétaire d’État à la Santé, a confié viser l’immunité collective via une «contamination non exponentielle». «C’est pour cela que l’on serre et relâche» l’étau de la quarantaine, «pour que la population contracte progressivement la maladie.»

Distanciation sociale non respectée

Le contrôle de la crise sanitaire demeure précaire. La courbe des contaminations dans les communes populaires jouxtant la capitale commence à s’envoler. «La distanciation sociale n’y est pas du tout respectée, s’alarme Luis Avengario, chauffeur de taxi à Conchali, un quartier défavorisé du nord de Santiago. Les enfants jouent dans la rue. La vie continue. C’est une vraie bombe à retardement. Le gouvernement entend surtout protéger l’économie, pour le meilleur et pour le pire.»

Il y a six mois débutait le plus grand mouvement social qu’ait connu le pays depuis le retour à la démocratie. Dans ce contexte agité, le Chili a maintenu une croissance de 1,1 % en 2019, soutenue à bout de bras par les exportations de cuivre. Depuis, la machine s’est grippée et l’économie devrait se contracter de 2,5 % cette année, selon la banque centrale chilienne. En réaction, Sebastian Pinera a annoncé une réouverture graduelle de l’économie et le retour progressif au travail des fonctionnaires. Une décision qui fait réagir alors que le pic de contagion est estimé à début mai.

Risque de relâchement

«Le pays a un gouvernement néolibéral, mais celui-ci a pris la mesure de la crise sanitaire», nuance Olivia Horne, épidémiologiste et spécialiste en biostatistique. Selon elle, cela n’empêchera pas le virus de toucher de plein fouet les catégories les plus fragiles du pays. «Les paramètres socio-économiques diffèrent totalement entre les premiers contaminés, souvent des jeunes, aisés, avec un accès aux meilleures cliniques privées du pays, et ceux vivant dans les zones les plus vulnérables. Il est probable que les cas de Covid-19 y soient d’ailleurs sous-diagnostiqués.»

La densité de population, la taille des logements, l’accès à la santé ou encore le fait de disposer d’un contrat de travail, dans un pays où l’activité informelle représente environ un tiers des emplois, sont autant d’inégalités sociales que le confinement ne fait que souligner. «Il est évident que les secteurs les plus pauvres vont être durement touchés, abonde Oscar Arteaga, chercheur en santé publique à l’Université du Chili, à Santiago. L’hiver arrive et les gens ont tendance à plus rester chez eux, risquant d’augmenter la propagation du virus.»

Oscar Arteaga, chercheur en santé publique à l’Université du Chili, à Santiago.

Ce spécialiste des politiques publiques s’inquiète également de la réceptivité de la population sur les mises en quarantaine alternées. «Dans la durée, on peut craindre un relâchement des Chiliens face aux probables levées et rétablissements successifs des zones à confiner.» Et de citer les exemples de personnes testées positives au Covid-19 ne respectant pas la quarantaine. «Nous avons eu connaissance de sujets contaminés qui ont été vus dans des supermarchés, poursuit Oscar Arteaga. Nous avons échoué à les isoler et à les maintenir sous surveillance médicale.»

Le think tank Espacio Público (centre gauche) plaide, lui, pour l’instauration d’un confinement de trois semaines à l’échelle nationale. «Une mesure nécessaire pour avoir une vision claire de l’épidémie tout en assurant l’isolement des personnes contaminées et de leurs proches, afin d’éviter la saturation de notre système de santé», avancent les auteurs d’un rapport.

Le gouvernement se trouve sur une ligne de crête. Depuis deux semaines, un porteur du virus ne contamine, en moyenne, qu’une seule personne. «Nous avons un taux de reproduction de 1,1 contre 2,36 il y a un mois, détaille Oscar Arteaga. Il faut descendre à moins de 1 pour contrôler l’épidémie. Les prochaines semaines seront décisives.»

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