Argentine : l’image du président fêtant un anniversaire en plein confinement suscite l’indignation

Argentine : l’image du président fêtant un anniversaire en plein confinement suscite l’indignation

La photo d’Alberto Fernandez célébrant l’anniversaire de sa compagne avec des amis, à la résidence présidentielle, date de juillet 2020. Sa publication intervient avant des élections législatives partielles.

Les convives sont réunis, tout sourire, aux côtés du président argentin Alberto Fernandez (centre gauche) et de sa compagne, Fabiola Yanez, qui, en ce 14 juillet 2020, fête ses 39 ans à la résidence présidentielle d’Olivos, en banlieue nord de Buenos Aires.

Des restes du dîner en passant par le chien du chef de l’Etat saisi au passage, la photo publiée le 11 août a tout d’une banale scène domestique, à ceci près qu’elle a été prise en plein confinement, précipitant Alberto Fernandez dans un scandale. De nouveaux contenus de cette fête sans masque ni distanciation sociale – des vidéos de Fabiola Yanez soufflant sa bougie, publiées le mercredi 18 août – continuent d’ébrécher l’image du président, après un peu moins de deux ans d’un mandat marqué par la pandémie.

Point de cassure dans un pays fortement polarisé politiquement, les images choquent jusque dans les rangs des Argentins favorables au gouvernement.

Les habitants de Buenos Aires et de sa région – un tiers des 45 millions d’Argentins – traversaient, à la mi-juillet 2020, un isolement strict, décrété pour faire face à la pandémie de Covid-19 : la circulation des personnes était réservée aux cas exceptionnels, les commerces non essentiels fermés, tout comme les écoles, et les regroupements sociaux, à l’intérieur comme à l’extérieur absolument interdits. La capitale et son agglomération s’approchaient des quatre mois de confinement. Ces règles, assouplies à partir de septembre 2020, en ont fait l’un des isolements les plus longs au monde.

« Que faisais-tu le 14 juillet ? » Sur les réseaux sociaux, les internautes ont retracé leur quotidien de l’époque, à mille lieux des fêtes d’anniversaire entre amis, certains racontant comment ils n’ont pas pu faire leurs derniers adieux à leurs proches décédés, les veillées funèbres étant alors interdites. Lundi, des proches des victimes de coronavirus ont laissé devant la Casa Rosada – le palais présidentiel, au cœur de la capitale – des pierres portant le nom des morts de la pandémie, afin de manifester leur mécontentement.

L’opposition demande un procès en destitution
« La colère et l’indignation générées par ce scandale affectent la légitimité du président. Cette photo marque un éloignement des citoyens et le projette dans une sorte de caste politique, au-dessus des lois, qui ne respecte pas ce qu’elle exige des autres », analyse Lucia Vincent, politiste et enseignante à l’université nationale de San Martin.

A la fin du mois de juin 2020, Alberto Fernandez incitait les Argentins à l’effort collectif, dans un discours annonçant des règles de confinement plus dures : « Je vous demande de nous aider (…) si vous comprenez que ce que nous vous proposons, c’est de prendre soin de vous, tout sera plus facile. »

Ce hiatus entre le discours et les actes fait suite au scandale, éclaté en février, des « vaccins VIP », en référence à membres du gouvernement, ou à leurs proches, ayant eu accès à des injections de façon privilégiée. L’affaire avait débouché sur la démission du ministre de la santé, Ginés Gonzalez Garcia.

Après un flottement de près de deux jours, Alberto Fernandez a reconnu sa faute, vendredi 13 août : « Clairement, cela n’aurait pas dû avoir lieu, je le regrette. »

Cependant, « la communication du président a été improvisée et peu professionnelle, il s’est enfoncé davantage », évalue Lucia Vincent. S’il dit regretter, Alberto Fernandez a tenu à imputer l’organisation de l’événement à « [sa] chère Fabiola » qui a « invité des amis à un toast qui n’aurait pas dû avoir lieu », déclenchant le malaise parmi les groupes féministes et progressistes, pourtant traditionnellement acquis au gouvernement, qui jugent l’explication déresponsabilisante et condescendante. Une partie de l’opposition souhaite lancer un procès en destitution.

Chute de la cote de popularité du président
La publication de ces photos intervient trois mois avant des élections législatives partielles, le 14 novembre – précédées de primaires, le 12 septembre – cruciales pour la seconde partie du mandat présidentiel, l’obtention d’une majorité à la Chambre des députés étant en jeu.

« Mais il est très difficile de savoir si le scandale aura un impact sur le scrutin, l’idée “ils sont tous pourris” pourrait provoquer une moindre participation, bien que le vote soit obligatoire », évalue la politiste Lucia Vincent.

La cote de popularité du président, en chute, s’établissait à 39,5 % en juin, après un taux d’approbation historique à plus de 85 % au tout début de pandémie, selon le cabinet privé Acierto Consultora.

Tandis qu’une inflation galopante, un taux de pauvreté de 42 % et le seuil symbolique des 100 000 morts liés au coronavirus (et plus de 110 000 aujourd’hui) ternissent le bilan du gouvernement, ce dernier défend notamment l’accélération de la vaccination et évoque des signes de récupération de l’économie. Dans moins de trois mois, les élections législatives feront office de test, à deux ans du prochain scrutin présidentiel.

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