Amérique latine : les promesses du Pacifique

Amérique latine : les promesses du Pacifique

Le Mercosur n'a plus la cote : pour faire des affaires en Amérique du Sud, mieux vaut se tourner vers l'Alliance du Pacifique. Une analyse parue dans Phébé, la veille d'idées internationale du « Point ».

Le Mercosur n'a plus la cote : pour faire des affaires en Amérique du Sud, mieux vaut se tourner vers l'Alliance du Pacifique. Une analyse parue dans Phébé, la veille d'idées internationale du « Point ».

 Pensez aux opportunités d'investissement en Amérique latine, et le Brésil ou l'Argentine viennent à l'esprit. Le gigantisme de leur territoire, l'exubérance de leur nature ainsi que l'exotisme de leurs cultures font rêver l'entrepreneur audacieux. C'est oublier que les géants de l'Amérique latine sont accablés par une lourde bureaucratie, une fiscalité excessive, une corruption endémique et une récupération économique fragile en conséquence des gouvernements des Kirchner en Argentine et du duo Lula-Rousseff au Brésil. Les opportunités du continent se trouvent en réalité ailleurs, dans des pays tout aussi vastes, exubérants et exotiques, mais moins bureaucratisés, à la fiscalité plus sage, où la corruption est en baisse et la croissance alléchante après des réformes consciencieuses. Il s'agit de l'Alliance du Pacifique, un bloc économique créé en 2012 par le Chili, la Colombie, le Mexique et le Pérou.

Même si l'Alliance du Pacifique a seize ans de retard par rapport à l'autre grand bloc latino-américain, le Mercosur (Argentine, Brésil, Paraguay, Uruguay et Venezuela), elle dépasse déjà son rival en termes d'exportation : 574 milliards de dollars pour l'Alliance du Pacifique, contre 439 milliards pour le Mercosur en 2015. En effet, comptant en son sein 35 % des 640 millions de Latino-Américains, l'Alliance du Pacifique représente pratiquement 40 % du PIB du continent et un PIB par tête d'un peu plus de 17 000 dollars. Le Mercosur, avec 45 % de la population, représente 45,5 % du PIB du continent et un PIB par tête de 15 000 dollars. En outre, les membres de l'Alliance du Pacifique ont de bien meilleurs résultats que ceux du Mercosur dans les indices mondiaux de compétitivité et de facilité à investir.

Instabilité politique

Selon Spillan, Virzi et Morales, le succès de ce bloc régional s'explique par la simplicité à y investir, sa fiscalité favorable et une volonté d'intégration économique et d'ouverture commerciale. L'ouverture d'une PME de 60 employés avec un capital de plus de 1 million d'euros ne prend que quelques semaines, voire quelques jours, dans n'importe quel État membre de l'Alliance, contre des mois dans les pays du Mercosur. Les impôts additionnés des sociétés et des revenus personnels peuvent atteindre facilement plus de 40 % des recettes nettes en Argentine et au Brésil, tandis qu'ils tournent autour de 30 % dans l'Alliance. La moyenne des droits de douane dans l'Alliance est inférieure à 6 %, contre 12 % dans le Mercosur. Finalement, les pays membres de l'Alliance ont éliminé plus de 90 % des droits de douane de leur commerce régional et comptent plus d'une vingtaine de traités de libre-échange chacun, avec les États-Unis, le Japon, l'Union européenne et la Chine. Le Mercosur possède de son côté une liste considérable de biens et services exclus de son traité de libre-échange interne et peine à signer des traités avec de grands pays et d'autres blocs régionaux en dehors de l'Amérique latine. Sans oublier que l'Alliance du Pacifique a procédé à une intégration boursière qui a donné naissance au Mercado Integrado Latinoamericano avec une capitalisation boursière de 1,25 milliard de dollars, supérieure à celle de São Paulo.

Pour les auteurs, si les pays de l'Alliance du Pacifique ont fait le choix du développement capitaliste et de l'ouverture du marché, c'est en partie à cause de l'instabilité politique passée de la région : la Colombie a été en état de guerre civile pendant au moins soixante ans à la suite des soulèvements de guérillas communistes. Le Pérou a souffert de guérillas meurtrières dans les années 1970-1990. Le Chili a été politiquement instable pendant une bonne partie du XXe siècle, période qui s'est achevée avec la chute du gouvernement de Salvador Allende.

Protectionnisme

Par ailleurs, avant les années 1990, ces pays ont vécu une série d'expériences collectivistes et protectionnistes traumatisantes. Au Mexique, des politiques centralisatrices et interventionnistes ont retardé le développement du pays jusqu'aux années 1980. Après l'échec de la centralisation et de l'interventionnisme, ces pays ont fait le choix de la libéralisation de leurs économies, à commencer par le Chili. Le succès chilien, malgré la dictature de Pinochet dans les années 1980, a servi de modèle à ses voisins, qui l'ont suivi dans les années 1990 et 2000. Le Mexique a aussi profité de son intégration au Nafta pour encourager des réformes d'ouverture commerciale.

Aujourd'hui, un des avantages de l'Alliance du Pacifique par rapport au Mercosur est l'absence de rivalité industrielle entre ses membres. L'Argentine et le Brésil, deux géants dans ce domaine, produisent pratiquement les mêmes biens et de même qualité : automobiles, textiles, agroalimentaire. En outre, ce sont deux pays extrêmement protectionnistes, malgré des ouvertures timides dans les années 1990. Si le Paraguay et l'Uruguay restent largement plus ouverts économiquement, leurs économies sont trop petites pour exercer une quelconque influence sur leurs voisins protectionnistes. En revanche, les économies de l'Alliance du Pacifique sont très complémentaires, avec une pêche industrielle bien développée, un riche secteur minier, une industrie des services puissante et une industrie de transformation performante (automobile, électronique, alimentaire). Cela assure une synergie que les géants argentin et brésilien peinent encore à imiter. Dans ce contexte, il n'y a rien d'étonnant que les flux d'investissements étrangers migrent vers le Pacifique latino-américain plutôt que vers l'Atlantique protectionniste et centralisé.

Ce qu'il faut retenir

Face à un Mercosur (Argentine, Brésil, Paraguay, Uruguay et Venezuela) en perte de vitesse, l'Alliance du Pacifique, qui regroupe depuis 2012 le Chili, la Colombie, le Mexique et le Pérou, a le vent en poupe. Depuis une vague de libéralisation dans les années 1990, ces pays sont moins bureaucratiques que leurs voisins, la corruption y est en baisse et la fiscalité plus sage. Convertis au libre-échange, ils se distinguent d'un Mercosur aux tendances protectionnistes. Résultat : la croissance, le PIB par tête et la compétitivité y sont supérieurs, ce qui attire toujours plus les investissements étrangers.

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