Accord UE-Mercosur: un traité maltraité

Accord UE-Mercosur: un traité maltraité

L’accord commercial conclu en juin entre l’UE et l’Amérique du Sud va mal. Les agriculteurs français s’y opposent. Et la politique de Bolsonaro en Amazonie menace de le torpiller.

1. L’agriculture hostile

L’accord de principe conclu au bout de vingt ans de discussions sur le libre-échange entre l’Union européenne et les pays du Mercosur (Brésil, Argentine, Uruguay, Paraguay) en juin dernier a été salué à Bruxelles à la fois comme un heureux aboutissement et un avertissement à Donald Trump, engagé dans des guerres commerciales tous azimuts. Pourtant, l’euphorie a été de courte durée: durant l’été, les nuages se sont accumulés au-dessus du futur traité entre les deux blocs. Et désormais, l’optimisme officiel a laissé place à de sérieuses préoccupations.

L’obstacle numéro 1 se dresse dans les pays européens à forte activité agricole, avec la France en première ligne. Les paysans français, comme leurs homologues irlandais, autrichiens ou slovaques, notamment les éleveurs, redoutent l’arrivée sur le marché de bœuf et de volaille du Brésil. Didier Guillaume, ministre de l’Agriculture, n’y est pas allé par quatre chemins. «Je ne veux pas qu’on échange des BMW et des Mercedes contre de la viande bovine, de la volaille», a-t-il averti. Une allusion à peine voilée à un traité qui servirait d’abord les intérêts allemands tout en nuisant à ceux de la France.

2. Un premier veto autrichien

Le 18 septembre dernier, la commission parlementaire autrichienne chargée des affaires européennes a voté contre l’accord commercial UE-Mercosur. La motion avait été déposée par le Parti socialiste, et le Parti démocrate-chrétien ÖVP l’avait soutenue. Cette décision s’impose donc au gouvernement de Vienne. Or, il suffit qu’un seul membre des 27 États de l’Union s’oppose au traité pour que celui-ci n’entre jamais en vigueur. Certes, les traductions officielles de l’accord de principe ne sont pas encore terminées et le Conseil des ministres de l’UE doit encore se prononcer avant que le processus de ratification devant le Parlement européen et les 27 parlements nationaux débute. Un calendrier qui s’étale au moins jusqu’à la fin de 2020, voire au-delà. Mais à Vienne, toutes les formations politiques, à l’exception d’un petit parti libéral, ont mis leur veto. Et les élections générales du 29 septembre dernier ont renforcé le poids du parti de Sebastian Kurz, ÖVP, proche des lobbys agricoles. Autant dire que les députés fraîchement élus ne devraient pas désavouer le choix de la législature précédente.

3. L’épouvantail Bolsonaro

On l’a vu au sommet de Biarritz: les relations entre Emmanuel Macron et le président brésilien Jair Bolsonaro sont tendues. Quand le premier a souhaité internationaliser la protection de l’Amazonie, le second a explosé. Derrière cette querelle, née des incendies de forêts au Brésil, se dissimulait l’accord commercial. En effet, les négociateurs européens ont lié la mise en œuvre du traité au respect de diverses conditions dont les accords de Paris sur le réchauffement climatique. Or, Bolsonaro s’est fait élire, entre autres, sur la promesse de réduire les obstacles à l’exploitation de l’Amazonie. Et dès son accession au pouvoir, il a rogné les pouvoirs de l’agence gouvernementale chargée de sa protection.

Les organisations mondiales de défense de l’environnement avaient déjà critiqué l’accord UE-Mercosur en soulignant qu’il ne comportait aucune sanction en cas de non-respect des accords de Paris. Les tensions avec Brasília permettent à Emmanuel Macron de se poser en champion des intérêts agricoles et en avocat de la forêt tropicale sans passer aux yeux des Allemands comme un ennemi du libre-échange. Le traité attendra…

 

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